Lettre de Prince Edmond de Polignac à la Princesse de Polignac n°82

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  Dimanche matin (1895 ? non daté)

Dearest Winn,

Ayant eu tout mon temps pris par les courses et préparatifs de départ prochain, je n’ai pu vous écrire hier.

En me retrouvant ici, j’ai eu la première impression connue de tristesse de (illis) dans la maison vide. J ’ai trouvé  votre petite carte postale qui m’a mis au point visuel du paysage de Kreuznach (un peu étroit  je l’avoue : « un pour une Eglise et une croix" - nous avons mieux que çà en Hollande). Hier, téléphonage Blanche - "Venez dîner en (illis) à l'Exposition" - "Impossible, souffrant, fatigué voyage !!" - ? - "A propos... vous savez, le pauvre Doasan ?" - "Non, eh bien ?" - "Eh bien ! il est mort !:" Froid dans mon dos ! C'est étonnant comme certaines catégories d'esprits, ou mieux, certaines catégories tout court, s'empressent à annoncer les morts !....

Sur demande toujours téléphonique, j’ai été voir son portrait par Pausinger (portraitiste de Lili de Noailles, etc).

Vous devinez ce que c’est, de la calligraphie habile, très courante, de l’habileté de main même pas, mais de patte. Rencontré là Bussine, Raoul de Gontaut, Mme Harry. C’est comme si on m’avait offert un bouquet de chardons !

La « Questionnite » s’est emparée de moi : « D’où venez-vous ? où allez-vous ? Où est Winnie ? Ce n’est pas gentil, elle est partie sans me dire adieu ! » Mais il y a longtemps que l’adieu est donné, pensais-je à part moi !

A l’Exposition avec Gontaut, vu un très beau Rops.

Je n’ai pas besoin d’appuyer de détails mon éloge par dépêche de l’influence sanitaire du climat de Hollande. C’est pour moi une vraie cure de Région .

L’influence est immédiate. Je me sens calmé, rajeuni, mon inflammation des yeux a été balayée en 24 heures, toutes mes irritations au visage et aux mains, améliorées et presque disparues aujourd’hui, mais tendant à renaître au retour de l’air aigre et âcre de cette région-ci. La preuve est faite de la bienfaisante influence de la Hollande et j’y reviendrai. Je suis bien heureux aussi que vous partagiez ma sympathie pour ce charmant pays.

J’ai rencontré hier à l’Exposition Monsieur Jean de Ganay et sa soeur Mme de Béarn, laquelle m’a beaucoup parlé de mes meubles qu’elle ne connaît pas, elle doit venir les voir à notre retour d’installation ici. Je dois alors faire la connaissance de son Hall.

J’irai donc voir demain, lundi matin, Sorbais. Je lui proposerai de votre part 6 000 Fr. Mathey trouve l’affaire très exceptionnelle, même à 7 500.

Comme je vous l’ai télégraphié, je tiens à verser une part (minime il est vrai) dans le prix que sera payé le tableau, ...une part de deux mille francs. Ce sera toujours un allègement d’autant, en effort commun.

Je revendique ma part de satisfaction à l’hommage rendu à notre illustration de famille la plus proche, ainsi que je vous le dois et le dois à moi-même. Voilà bien des embarras pour vous dire que je veux contribuer pour ma quote-part à l’honneur de la décoration de nos palais futurs, et ce tout en participant, au dire de l’expert, Mathey, à une bonne opération d’affaire.

Mon adresse à St-Gervais-les-Bains sera Hôtel du Mont-Blanc, à St-Gervais les bains - Village, Haute-Savoie.

Adieu, dearest Winn.

Je vous embrasse bien bien tendrement et vous suis en pensée à Kreuznach devant le clocher, sur le pont et près de la petite croix. Ne vous ennuyez pas de m’écrire, donnez-moi de bonnes nouvelles de votre santé par dépêches. Mille souvenirs à Baby Wash.

Your Edmond 

 

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