La "porte monumentale"

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La genèse de cette porte reste mal connue. Selon Montesquiou, Winnaretta, qui était passionnée par la musique de Wagner, envisagea un jour, en hommage au musicien, de faire poser dans son atelier une "porte de Parsifal". Mais nulle part dans la correspondance qui a trait à ce projet, l’on ne trouve la moindre allusion ni à Wagner ni à Parsifal. Winnaretta ne parle que de son projet d’une « porte monumentale » (8 m de large sur 6 m de haut) à installer dans l’atelier.

Le projet

Trois de ses amis les plus proches, Montesquiou, Helleu et Sargent, lui recommandèrent chaudement le sculpteur et céramiste Jean Carriès, alors très prisé des collectionneurs. Ce dernier fit appel à Eugène Grasset, dessinateur et créateur d’affiches de l’Art nouveau, qui conçut un projet dont il reste un dessin daté du 16 janvier 1890. On y voit donc une porte monumentale habillée de carreaux de céramique représentant des visages masculins et féminins et un bestiaire assez étrange. Au centre, un pilier porte une statuette à l’effigie de Winnaretta, elle-même assez curieuse, car elle est représentée comme une très jeune fille belle et altière, qui foule aux pieds un serpent, et porte sur le bras gauche… un chat.

Le 22 mars 1890, Winnaretta, apparemment très satisfaite, adresse à Carriès une lettre de commande, précisant que « ce travail coûtera 60 000 francs et que [Carriès le terminerait] d’ici 18 mois ou deux ans ».

La déception 

Les premiers carreaux furent, en fait, très éloignés du projet qui avait reçu l’assentiment de Winnaretta. Les personnages, sortes de gnomes inquiétants, affichent des faciès grimaçants aux expressions sardoniques. Quelques éléments de décoration de feuillage et de fleurs entourent un bestiaire étrange, d’animaux composites, de grenouilles monstrueuses etc. Dans une lettre du 14 décembre 1890 adressée à Carriès, Winnaretta fait part de ses réticences :

 « J’ai été d’abord un peu inquiète devant tous ces masques si grands et si terribles, et j’ai presque regretté qu’il n’y ait pas par-ci, par-là, quelques figures plus consolantes. »

L'échec

Carriès ne vint hélas jamais à bout de cet énorme travail : incapable de maîtriser les phénomènes de rétractation du grès au refroidissement, il ne parvenait pas à assembler les carreaux entre eux.

Une salle entière du musée du Petit-Palais est aujourd’hui consacrée à de nombreux éléments qui devaient composer cette porte et une exposition présentera en octobre 2007 sa reconstitution totale.

Au début de l’année 1894, après quelques échanges épistolaires, Winnaretta semble décidée à dénoncer le contrat passé avec Carriès. Mais celui-ci meurt de pleurésie et d’épuisement au mois de juillet. En 1904, Georges Hoentschel, son exécuteur testamentaire, donne la majeure partie de son fonds d’atelier au nouveau musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, le musée du Petit-Palais. La seule trace qui reste de ce projet dans l’atelier est le chambranle en chêne.