Le 7 mai 1887, deux mois et demi avant son mariage avec le prince Louis de Scey Montbéliard, Winnaretta Singer acheta son premier hôtel particulier, situé au 3, rue Cortambert – alors rue des Sablons à l’époque – à Paris, pour la somme de 350 000 F.
Cet hôtel a été construit à la demande du diplomate Eugène Pelletier vers 1869 puis a été racheté par le Britannique William Thomas Wright en 1881 qui le revendra ensuite à Winnaretta.
Nous n’avons pas connaissance de plans détaillés, de photographies ou gravures représentant cet hôtel. Cependant, l’annonce de mise en vente de cette propriété nous donne quelques éléments :
Cet hôtel, avec jardin et dépendances, occupe près de 2 000m2.
Maisonneuse, Le Figaro le 30 mars 1887
L’hôtel comprend : au sous-sol, cuisines et dépendances diverses avec distribution d’eau chaude et froide à volonté dans toute la maison. Au rez-de-chaussée, élevé de 4 mètres, grand et petit salon, salle à manger et salle de billard. Le grand salon, avec plafond et portes peints par un de nos meilleurs artistes ; la salle de billard, en décor japonisant, donnant sur un jardin d’hiver orné de vitraux de même style. Toutes ces pièces peuvent se réunir pour composer un immense appartement de réception.
Au premier étage, cinq chambres de maître avec dépendances et salle de bains pourvue d’appareils d’hydrothérapie complets […].
Au second étage, nursery comprenant sept pièces.
Enfin auprès de l’entrée se trouvent le logement du concierge et les écuries, aménagées entièrement à l’anglaise. […] Ajoutons un jardin merveilleusement planté, avec rochers, kiosque, potager, deux serres etc.
Dans le jardin de la propriété, un grand chalet abritait un atelier d’artiste que Winnaretta transforma en atelier de peinture et de musique. Pour le rendre plus confortable, Winnaretta commanda à Maple des boiseries de chêne naturel qui sont toujours en place aujourdhui. Dès la fin de l’année 1887, elle acheta deux Steinway, un piano à queue et un demi-queue. Et en 1892, elle ajouta, sur la coursive, un orgue de salon de Cavaillé-Coll.

L’orgue de la princesse
Commandé à Aristide Cavaillé-Coll, l’orgue fut installé en août 1892 dans l’atelier. A la mort de la princesse, l’instrument fut légué à la comtesse Jean de Polignac qui le céda ensuite au séminaire de Merville (59).
Ont joué sur cet orgue : Winnaretta Singer, Louis Vierne, Albert Decaux, Alexandre Guilmant, Jules Bouval, Eugène Gigout, Nadia Boulanger, Marcel Dupré…
Sources
- Cendron Philippe, L’hôtel Singer-Polignac, Cahiers de la Muette, mars 2025
- Kahan Sylvia, Winnaretta Singer-Polignac, princesse, mécène et musicienne, Les Presses du Réel, 2018