(sans date)

Très chère Winn,

Je suis si malade que je ne puis écrire qu'un mot. Je tâcherai de téléphoner ce soir ou demain. Merci tendrement pour les paroles si touchantes et pour les belles fleurs. Je serai bien heureuse de vous revoir Anna.

102 bd Haussmann

Madame,

Vous voir, ainsi que Monsieur Dupré, est une des très rares choses qui aurait pu me faire plaisir. Malheureusement j'ai eu votre télégramme quand votre matinée était finie. De ce retard je n'ai pas trop de regrets parce que je viens d'être si malade que je n'aurais sans doute pas pu venir. Il me reste le grand plaisir que vous ayiez bien voulu penser à moi. En effet je n'ai plus le téléphone. Je ne sais même pas si j'ai encore un logis car on me dit que le propriétaire de la maison où j'habite l'a vendue à une banque !

Tout de même, si vous aviez la bonté de songer à moi (pour un soir de préférence) (vers 9 h 1/2 ou 10 1/2) c'est encore 102 bd Haussmann qu'il vaudrait le mieux m'écrire. Mais d'abord vous n'aurez aucune envie de me "faire signe", comme on dit, et c'est mieux ainsi car je suis si mal partout en ce moment que j'aurais de grandes chances (mauvaises) de ne pouvoir aller chez vous.Et ce serait un nouveau regret. Veuillez Madame redire à Monsieur Dupré toute ma vive sympathie pour lui et accepter mes respectueux hommages. Marcel Proust

Paris, Dimanche (21 juin 1891? non daté)

Chère Princesse

Je suis désolé qu’une dépêche de vous ait été perdue à l’hôtel de France ! Nos amis n’ont pa permis que nous nous y arrêtions, le lieu leur paraissant insuffisant pour votre suite ! C’est donc à l’hôtel Isotta que nous sommes descendus. Du reste, toute cette fin de voyage à eu l’incohérence que je prévoyais. Votre commandement faisant défaut l’anarchie a régné sans frein et notre court séjour à Gênes s’est passé à perdre notre temps. La ville nous a fort déplu : belle de loin, nous l’avons trouvée en réalité, triste, laide, sale, avec une insuportable odeur de poisson malade ! Il est vrai que nous étions si prédisposés à trouver tout odieux depuis la séparation de Florence !

Quelques heures du soir, passées au bord de la mer, avec l’admirable lune, m’ont plus attristé que réjoui : le même spectacle peut paraître joyeux ou profondément mélancolique suivant les circonstances, comme le pourrait dire Mr de La Palisse, mais tout ce que disait Mr de La Palisse n’était pas si bête, étant l’éternelle vérité ! Croyez-vous que dans les inoubliables inpressions qui me tiennent toujours à Venise et à Florence, Venise et Florence soient même pour la moitié ??

La journée d’hier depuis l’arrivée à Paris s’est passée à reprendre contact ! Cependant, dans l’après-midi, la fatigue a été la plus forte, j’ai dormi et je n’ai pas pu vous écrire assez tôt ! Naturellement des ennuis me guettaient ici : cela n’est pas long de passer de la lumière radieuse aux teintes grises ! Et puis le temps nous donne le même spectacle : noir et froid après l’étincelante Italie !

Votre dépêche et votre lettre m’ont délicieusement ému ! alors vous avez pensé que je pensais, sans y manquer une minute, à tant d’heures si délicieuses, si in-retrouvables, c’est à-dire à vous, à vous, à vous ? Et votre amitié si indulgente à voulu m’apporter un lointain secours ! Je vous en suis mille fois reconnaissant et je ne puis vous dire combien j’en suis touché !

J’ai vu Mme Baugnies quelques instants à peine : elle est, notre pauvre amie, plongée dans les soucis d’affaires les plus désagréables, ventes de maisons, de propriétés ! Elle désire bien vivement vous voir. Plus que moi-même ? Vous ne le croiriez pas j’espère ! Comme je voudrais encore revivre les quelques minutes qui ont précédé votre départ ! Si vous vous souvenez de ce que je vous disais à la portière de votre wagon, pensez que c’est l’expression très affaiblie par le langage humain de toutes mes pensées !! Ecrivez-moi ! Revenez ! mais revenez vite ! et dites tous mes souvenirs à tous les coins du Palazzo ! Votre mille fois dévoué Gabriel Fauré.

Tous mes souvenirs les plus amicaux à Mistress Gilbert.

(septembre 1891? non daté)

Je vous prie, Chère Princesse, d'excuser le manuscrit que je vous envoie et qui a passé par les mains du graveur. J'en ferai un autre pour vous et je ne vous fais parvenir celui-ci que pour faire plus tôt connaître la dernière mélodie. Vous verrez que comme pour "Clymène" , j'ai essayé une forme qui je crois renouvelle, du moins je n'en connais pas de semblable, et c'est bien le moins que j'essaie de créer du nouveau quand je travaille pour vous qui êtes la personne du monde qui ressemble le moins aux autres !

Après un thème initial qui ne reparaît plus j'introduis pour la 2de strophe un retour de "Green" calmé et radouci ; et pour la 3ème un retour du "en sourdine" exaspéré au contraire, encore plus intense et plus profond, jusqu'à la fin. Cela forme une sorte de conclusion et fait des cinq mélodies une manière de Suite, une histoire, et ç'en est une en réalité ! Malheureusement le dernier chapitre n'est pas vrai ! çà n'est pas ma faute !

J'ai donné "Mandoline" au Figaro avec la dédicace que vous m'aviez indiquée au mois de juillet : "A Madame Winnaretta Singer".

Si je me suis trompé, vous me le direz, n'est-ce-pas? J'ai huit ou dix jours pour faire les corrections que je voudrais. J'avais quelques scrupules parce que vous signez toujours vos lettres : Scey. Encore une fois rien n'est plus simple que de rectifier si j'ai commis une erreur qui puisse vous être désagréable, ce que je redoute le plus au monde !

Comment se porte ma bonne amie, Mistress Gilbert ? Voulez-vous bien lui dire que je ne l'oublie pas et que je souhaite n'être pas oublié non plus !

Adieu, chère Princesse, toujours absente, toujours envolée, toujours sous d'autres cieux ! Je vous réclame et je vous baise les mains de tout coeur

Gabriel Fauré

Paris 8 avril 1888.

Madame la Princesse,

Je n’ai pas trouvé ces Lureau. Mais je sors de chez Melchissedec qui persiste à me conseiller Melle Ploux. Or, elle joue demain le Prophète, cette demoiselle (rôle de Bertha) ; j’irai l’entendre, et mardi, à 2h, si cela ne vous gêne pas, je viendrai vous dire ce que j’en pense.

Toutefois, comme le retard apporté par les Lureau pourrait devenir préjudiciable à la bonne interprétation de l’ouvrage, & que le temps passe, je crois (et ce serait notre dernière limite) qu’il serait prudent de prendre comme jours les mardi 15 et 22 ; le jeudi 10, c’est l’Ascension, c’est-à-dire un mauvais jour ; beaucoup de personnes partent pour qq jours à leur campagne ou à celle des autres ; alors, il me semble préférable de remettre, d’une manière tout à fait définitive, aux 15 et 22 mai. Mardi, vous voudrez bien me dire si vous adoptez cette proposition.

Veuillez, Madame la Princesse, présenter à Monsieur de Scey mes meilleurs compliments et agréer l’hommage de mon respectueux dévouement

Emmanuel Chabrier

13 avenue Trudaine

Bien chère Princesse,

Nous serons ravis. Je serai heureux (et c’est vrai). Nuit sans sommeil : je porte ma vie comme par un stupide matin de printemps trop chaud, un havresac plein de ferraille, qui démantibule l’épaule, blesse les reins. Je vais voir des gens, le portier et divers gentilshommes de toutes nationalités. En moi, quelle fadeur désespérée ! Ce mal me tue minutieusement, ma destruction m’est tout à fait sensible, j’en note tous les signes. Pourquoi, diable, vous envoyer ce petit morceau d’accablement ? Un seul luxe : le sommeil. Qu’est-ce que des soucis qui meurent de 10 heures du soir à 7 heures du matin ? Qu’est-ce-qu’un jour de création, de succès, de plaisir, stérilisé par cet amoindrissement abominable, et sans aucun espoir de miracle ? Tendres respects.

Henry Bernstein.

 

Laboratoire de Physique

74, rue de Vaugirard

Madame,

Je n’ai pas eu l’occasion, depuis longtemps, de vous mettre au courant de mes travaux. Mes investigations sont théoriques, c’est d’ailleurs ainsi que se préparent habituellement les applications. Depuis que j’ai été en mesure d’attacher à mon laboratoire un mécanicien exercé, mes appareils se sont perfectionnés comme il était désirable, et je suis heureux, grâce à votre intervention, de poursuivre, sans aucune difficulté, mes recherches.

Je me permets de vous adresser mes souhaits pour l’année qui va commencer, et je vous prie, Madame, d’agréer l’expression de mes sentiments respectueusement dévoués.

Edouard Branly

31 décembre 1913