7 jan 1904

100 boulevard Maillot

Neuilly s/Seine

Madame,

Je (?) bien que dès le premier (moment ?), je vous ai offert la Mort de Venise. Permettez-moi de vous donner un livre assez italien, mais où manque le jardin Eden. Grâce à vous, je pourrai le joindre à une prochaine édition. Si vous avez le temps; regardez la petite brochure sur ( ?) : C'est assez tragique, un peu dans le goût des faits divers de la Renaissance italienne. Le thème fait tout l'intérêt.

Daignez agréer, madame, je vous prie, les plus respectueux hommages de votre dévoué serviteur

Barrès

14 avril 1896

Chère Madame,

J'ai vu Bordes hier et je viens en son nom et au mien vous remercier de votre générosité pour notre petite "Schola" naissante.

Nous avons examiné les voies et moyens pour mener à bien notre entreprise de "Johannès Passion", et nous avons constaté que, tout bien considéré, ce concert coûtera environ 3, 000 francs (car je n'avais pas compté dans mon devis les frais de publicité). Si, (étant donné que vous voulez bien nous faire largesse d'un billet de mille francs), vous croyez pouvoir nous répondre qu'il vous sera possible de placer sûrement mille autres francs de billets, dans ce cas, nous pouvons marcher, car, avec la recette de la porte nous couvrirons au moins les mille francs de frais restants et il faut espérer que la recette même dépassera ces mille francs, quoique à cette époque tardive de l'année, bien des gens ne se soucient plus guère d'aller au concert.

Je vous serais donc extrêmement reconnaissant de nous faire savoir si outre les mille francs que vous donnez généreusement, vous croyez pouvoir nous assurer d'un placement de billets pour la somme de 1 000 francs, car ce n'est que dans cette hypothèse que nous pouvons nous permettre d'engager les musiciens, choristes, etc.. et, sans cela, nous risquerions d'endetter notre malheureuse "Schola", qui est déjà assez misérable comme cela !

Encore une prière : dans le cas où nous pouvons marcher en avant pour ce concert, vous m'avez dit que d'Harcourt nous donnerait une salle, mais il serait bon qu'il vous en donnât l'assurance par écrit, car avec lui il faut prendre ses précautions, et nous vous serions extrêmement reconnaissants de lui demander sa salle avec l'orgue pour le vendredi soir 28 mai, pour deux répétitions à fixer postérieurement.

Mille pardons, chère Madame, de vous importuner ainsi, mais notre "Schola" nous passionne tellement et votre bonté pour la vraie musique nous a été si souvent prouvée que nous n'hésitons pas à abuser, espérant que vous absoudrez notre importunité en faveur du double but très élevé à atteindre.

Veuillez agréer, chère Madame, l’expression de mes plus sympathiques hommages,

Vincent d’Indy

PS : Il est bien entendu que nous chanterons entre les deux parties de la Passion, Marthe et Marie, qui fera un très bon intermède au milieu des hautes sévérités de Bach.

Granada, le 20 février 1923

Princesse Ed. de Polignac

Chère Madame,

Je vous remercie de votre aimable réponse à ma lettre dernière et serais heureux de savoir que vous vous trouvez tout à fait rétablie.

Les auditions du Retablo à la Sté Philarmonique de Séville auront lieu le 23 et le 24 mars, et nous faisons des voeux pour qu'elles soient honorées de votre présence.

J'ai dû envoyer à Séville la première copie de mon manuscrit pour l'étude de la partie chantée. Maintenant je m'occupe de faire la copie de la partition d'orchestre, dont j'ai également déjà envoyé une bonne partie. N'ayant personne à m'y aider, et malgré que j'occupe tout mon temps dans ces travaux, il ne me sera pas possible - bien à mon regret - de faire la nouvelle copie avant le mois prochain. Mais, si comme je le souhaite si sincèrement, vous venez à Séville, je ferai tout mon possible pour la terminer à la date de la première audition. De toute façon, j'aurai le plaisir de vous envoyer dans quelques jours une copie du livret qui vous permettra de voir tout ce qu'il faut pour la représentation au point de vue scénique.

La date de votre projet de représentation chez vous me semble excellente, car j'espère me trouver au mois de mai à Paris, et, peut-être, il ne me sera pas possible d'y retourner qu'un an après. En ce qui concerne le long retard souffert par la composition de cet ouvrage (indépendamment des soins exigés par ma santé et de toutes les raisons que vous connaissez) la cause a été le développement inattendu pour moi-même - je parle au point de vue travail - d'un ouvrage commencé avec l'intention de faire un simple divertissement. Tel qu'il est maintenant, il représente, peut-être, parmi mes ouvrages, celui où j'ai mis plus d'illusion.

Je vous prie, Princesse, d'agréer tous mes hommages très respectueusement dévoués,

Manuel de Falla.

                                                                                                              43 Avenue Henri Martin

Monsieur, Je m'excuse de n'avoir pu encore vous remercier de votre lettre, et vous dire mon regret d'avoir été obligée de remettre mon voyage en Espagne. Les nouvelles que vous me donnez de votre ouvrage me font bien grand plaisir, et j'ai hâte de le connaître. Ne devez-vous pas venir à Paris prochainement ? Des amis communs me l'avaient fait espérer. Je ne quitterai Paris qu'au mois d'août, et je serais très heureuse si d'ici là j'avais l'occasion de vous rencontrer.

Croyez je vous prie Monsieur à toute la part que je prends au deuil qui vous a si cruellement frappé, et que j'ai appris avec beaucoup de respect.

J'espère vous voir bientôt à Paris, ou en Espagne plus tard - et je vous envoie en attendant l'expression de mes sentiments très distingués

Pcesse Ed de Polignac

15 mai 19 

(sans date)

Très chère Winnie,

J'étais juste allée à l'appartement nouveau, quand vous êtes venue ! Si j'avais été ici, vous auriez, en prenant la peine de monter, vu le plus navrant spectacle. Ce lieu est devenu, même extérieurement, inhabitable. Outre les travaux de jour et de nuit, la "Ville" depuis ce matin, fait dépiquer l'avenue. Vous connaissez ce bruit des fraiseuses mordant l’asphalte ? Un bruit de dentiste grossi vingt mille fois.

Mais oui, le 16, avec joie et appétit ! Ayez la bonne grâce de me dire un peu avant le nombre des convives. Avez-vous été sans moi aux Arts ménagers ?

Je commence à croire que le petit appartement sera plaisant - grâce au divan ! Sur le tard, je consens à des facilités étranges : on m’a donné (« on », c’est lady Westmacott, cloîtrée au Vendôme Hôtel avec une toute petite perruche en liberté) une table qui roule, pour le thé, - traduisez vin chaud. Ne dois-je pas rougir de mon emménagement coopératif ? Je vous écris appuyée sur une hypothèse, sur l’aile d’une chimère, sur une synecdoque ; j’avais peu de meubles et on me les enlève.

Avant le 16, vous viendrez bien jeter un oeil critique sur ma « tranche » de building ? L’adresse la plus pratique est je crois « Building Marignan, 29 Champs-Elysées » et le téléph : Elysées 00 34. Si on m’avait dit que j’habiterais un « building  !...

Je n’en finis pas de vous écrire, c’est pour me consoler de ma situation. Je vous embrasse, très chère Winnie, et je suis votre

Colette.

 

 

24 janvier 1934

Princesse,

Merci mile fois pour votre lettre et le programme de votre soirée que j’ai infiniment aimé pour la perfection de son choix, et ceci d’autant plus que la musique manque beaucoup ici. Cependant Bruno Walter a donné un fort beau concert à Lausanne et lundi prochain on jouera les Noces, ce qui me semble une chance bien rare. A part cela un chef d’orchestre nommé Ansermet a donné à la radio de Genève une exécution si traître de notre Partita que j’en ai pleuré devant l’appareil - inutilement bon car il n’y pouvait rien - que l’on m’avait prêté pour cette occasion. Triste soirée causée par la nullité d’Ansermet car je me réjouissais beaucoup, mais j’ai été récompensé par deux articles de presse arrivés par hasard ensemble le lendemain ; le premier commentait un concert de Barcelone où Partita a, dit-on, eu un succès sans précédent, le second, du critique de la feuille de Vevey relatant le concert d’Ansermet et disant qu’il n’avait jamais entendu quelque chose d’aussi horrible et d’inutilement bolcheviste, textuel ! Vous me dites que l’on vous a annoncé la première de Psaume pour le 6 février et cela m’étonne beaucoup car Madame de Casa Fuerte a parlé du 27 du même mois. Naturellement je serais désolé que vous n’assistiez pas à cette première et je ne l’envisage même pas. Aussi vous serais-je reconnaissant de me dire (au cas où il y ait malentendu au sujet du 6) si le 27 vous trouverait à Paris ; et si cela ne vous convenait pas non plus, à quel moment vous me conseilleriez de fixer cette première ; je crois que Madame de Casa Fuerte n’a rien décidé encore au sujet de ce concert, et qu’elle sera enchantée de tout conseil qui puisse la fixer. Le mois de février me semblait propice d’autant plus que je serai à Rome en mars (le Psaume s’y joue le 8) ; maintenant il est possible aussi de remettre carrément la première du Psaume à Paris à plus tard.

Marie-Laure est ici pour quelque temps et vous remercie beaucoup pour vos messages. Nous sommes tous gais, nous lisons et travaillons beaucoup et nous nous disputons comme des enragés sur Milton, qu’elle se refuse d’aimer à mon désespoir, avec un esprit de contradiction passionné et peut-être aussi un peu taquin.

Chère Princesse, je vous serais donc reconnaissant de me fixer pour ce condert du Psaume, car vraiment je serais trop triste que vous n’y soyez pas ; et je vous prie de croire à mon toujours respectueux dévouement.

Igor Markevitch.

.Madame, le projet dont je vous avais vaguement parlé sans vous en indiquer l'essence ayant paru prendre consistance ces derniers temps, je viens vous dire en quoi il vous touche, et ce que vous pouvez faire pour lui.

Notre illustre amie Sarah Bernhardt ayant exprimé le désir de réciter quelques unes de mes poésies dans une réunion choisie et nombreuse strictement composée de noms par elle et par moi désignés, et sur un terrain à la fois neutre et brillant, votre magnifique hall m'est apparu comme un idéal lieu de réalisation de ce rêve et j'ai songé  à vous demander de me l'abandonner pour une soirée, au nom de la gracieuse sympathie que vous m'avez témoignée et de votre haute bienveillance acquise à toute digne manifestation d'art.

Veuillez bien voir en la présente démarche un fruit de cette noble réputation, Madame, et me savoir d'avance parfaitement soumis à toute circonstance pouvant entraver votre acquiescement.

avec mes plus distingués compliments

Comte Robert de Montesquiou

P.S. La séance pourrait avoir lieu un soir de septembre et se recommande, en tout cas près de nous, Madame, du plus absolu secret.

Engadine. 20 août 92 

Bien chère Princesse,

Nous serons ravis. Je serai heureux (et c’est vrai). Nuit sans sommeil : je porte ma vie comme par un stupide matin de printemps trop chaud, un havresac plein de ferraille, qui démantibule l’épaule, blesse les reins. Je vais voir des gens, le portier et divers gentilshommes de toutes nationalités. En moi, quelle fadeur désespérée ! Ce mal me tue minutieusement, ma destruction m’est tout à fait sensible, j’en note tous les signes. Pourquoi, diable, vous envoyer ce petit morceau d’accablement ? Un seul luxe : le sommeil. Qu’est-ce que des soucis qui meurent de 10 heures du soir à 7 heures du matin ? Qu’est-ce-qu’un jour de création, de succès, de plaisir, stérilisé par cet amoindrissement abominable, et sans aucun espoir de miracle ? Tendres respects.

Henry Bernstein.

Giverny par Vernon Eure

Madame,

Je viens vous remercier de l'envoi des cinq mille francs que Sargent m’a transmis de votre part et vous dire en même temps combien je suis heureux et flatté que mon tableau vous plaise. Sargent m'a fait part de votre désir de participer à la souscription que nous faisons entre amis et admirateurs de Manet pour acheter son Olympia, et l'offrir au Louvre. C'est très aimable à vous, Madame, et je vous en remercie au nom des organisateurs de la souscription et au mien. Vous priant de me faire savoir le plus tôt possible pour quelle somme je dois vous inscrire, agréez, Madame, l'expression de mes sentiments distingués

Claude Monet

22 juillet 89. 

PS. Je vous enverrai la liste des premiers souscripteurs.

2 janvier

Pardon de ce papier, mais nous sommes en guerre !

Ma chère Princesse, Votre lettre charmante (et trop flatteuse) m’a causé un double plaisir : celui de l’amitié satisfaite, et celui de l’intelligence ravie. J’ai trouvé excellente votre expression : lutte avec certaines oeuvres. Lutte qui pourrait faire pendant à celle de Jacob avec l’Ange - mais avec un ange qui se servirait de gaz asphyxiants !

Je suis très heureux que vous me mettiez en opposition avec ces gens-là. Vous savez quel soin j’ai toujours apporté à pas m’inféoder à leurs odieuses associations. Ma musique est ce qu’elle est, mais elle ne sera jamais celle qu’ils aiment, et j’en suis bien heureux ! Le mot du Prince est très juste, comme tout ce qu’il disait et pensait. Le goût véritable n’indique pas, certes, qu’on ait du coeur ; mais il signale, dans le coeur, un petit coin secret et privilégié ; malheureusement, ce petit coin-là est très sensible, très douloureux, et ceux qui le cultivent connaissent rarement le « parfait bonheur » !

Au revoir. J’ignore si Lady Ripon1 est vivante ou morte ; ce dernier état pourrait seul justifier son silence après certaine lettre que je lui écrivis il y a un an ! Never mind ! Elle perd un ami qui l’aimait beaucoup. -

Votre respectueux et affectionné Reynaldo Hahn.