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... lorsque je me suis présenté chez vous, tout ceci n'aurait pas existé devant deux minutes d'entretien.
Si vous voulez bien, Madame, ne pas me faire un grief de ce malentendu qui me peine infiniment, je me permettrai de me rendre chez vous lundi à 1h 1/2 sauf contrordre de votre part.
Veuillez, Madame, agréer l'expression de mon respect et de mon regret

Alfred Cortot.

Laboratoire de Physique

74, rue de Vaugirard.

Madame,

Je vous remets ma récente communication à l'Académie des Sciences. Elle vous doit en grande partie sa terminaison heureuse. J'ai pu m'engager sans crainte dans de nouvelles dépenses et construire directement des appareils de précision dont j'avais besoin. Ce sont des recherches patientes, il en faut beaucoup de ce genre pour une compréhension un peu moins imparfaite des phénomènes naturels.

Je me permets d'y joindre un exemplaire de récepteur qui a permis les premiers essais de télégraphie sans fil, il vous rappellera votre généreuse intervention. Au point de vue du goût, son aspect présente quelques imperfections. Elles ne vous choqueront pas trop pour un modèle établi par un mécanicien de laboratoire.

Veuillez agréer, Madame, l'expression de mes sentiments reconnaissants et dévoués,

Edouard Branly

24 novembre 1912

Le manchon de bois doit être soulevé avec précaution.

Paris, le 4 avril 1892.

Chère Madame

Je m'empresse de vous faire parvenir la carte d'entrée pour le concert de demain mardi, très heureux que vous veuillez bien m'honorer de votre bienveillante présence.

Vous y rencontrerez M. R. de Bonnières , un de nos Apôtres en commune foi.

Je me permets de vous envoyer le morceau que vous entendrez, chanté par Madame Caron.

C'est là une version primitive que j'ai dû agrémenter de broderies, à l'accompagnement, selon l'esprit du jour. Il y a, notamment, à la troisième strophe :

" Les Belles de Nuit demi-closes",

un artifice que je crois presque unique en Littérature Musicale consistant à faire entendre sous le chant, le motif initial, aux choeurs (bouche fermée) et à l'orchestre simultanément, en ces quatre valeurs différentes ( notes de musique).

Ainsi qu'il convient aux suggestives et simples paroles, la couleur musicale s'emprunte plus tôt du Diatonique Oriental Latin, que du Chromatisme Romantique Germain, lequel est peut-être trop exclusivement pratiqué aujourd'hui.

A égale distance kilométrique, le Diatonique Latin portera toujours davantage.

Excusez, Madame, cette très pédantesque digression, je risque de passer, auprès de vous, pour un "Professional" comme je vous sais les éviter.

Je vous prie d'agréer, Madame, avec tous mes remerciements, mes très respectueux hommages Edmond de Polignac.

Paris, ce 27 sept. 93

Ne sachant si cette lettre vous serait parvenue en l'adressant à Badenwailer  je prends le parti de vous l'adresser à Paris avec "faire suivre".

Merci des bonnes nouvelles, sauf celle de votre indisposition récente, est-ce que cette forte santé dont nous nous moquions un peu injustement (les deux malades) à Londres, commencerait à décliner ? Merci pour la bonne annonce du prochain retour.

Vous me flattez outre mesure en me décernant cet exceptionnel brevet de Bonté ; je ne sais si je le mérite, peut-être préférerais-je une pointe de perversité toujours moins banale ; maintenant c'est peut-être vous qui me l'inspirez, cette bonté, en tout cas je désire fermement que vous sachiez et sentiez près de vous (au milieu des torrents et ravins, des lacs bleus ou des Fêtes mondaines, et à travers les temps et les distances) toujours, le souvenir d'un attachement (raisonné et irraisonné) que rien ne pourra atténuer, je l'espère, et aussi attentif que fidèle.

Et vous me ferez grand honneur aussi en acceptant ce dévouement et cette dévotion ; je puis m'excuser en me disant qu'il est toujours bon de sentir qu'on n'est pas seul, et qu'il est bien rare et précieux de savoir que l'on se comprend ; quant à moi, je reconnais l'évidence de cette similitude de pensée à chaque instant. Constamment une parole dite par vous me revient, et je l'enregistre ; ainsi à Cordes, au piano, je venais de jouer "Am see" de Schubert, et vous m'avez dit :"Voici une pensée qui vient de nous être transmise intacte, intense comme au jour de son émission, et c'est le procès des progrès de la science moderne tant vantés, des machines, de la vapeur etc... qui se modifient et se détruisent".

Je vous appelle souvent à part moi la Clairvoyante à l'oeil bleu.

Avez-vous pris quelques pochades dans votre merveilleuse traversée des montagnes ? Je l'espère pour vous et pour nous.

J'ai vu hier Guy, à son passage. Je lui ai transmis votre souvenir. J'ai écrit un mot à Misia pour m'excuser d'avoir manqué ma visite à Tencin, je tiens à ne jamais mériter l'épithète de lâcheur. A bientôt j'espère ; votre bien affectueux et toujours constant Edmond.

Madame la Princesse de Polignac

 

 

Madame,

Vous m’aviez fait le grand honneur de m’inviter à une soirée au bois de Boulogne.

J’étais mal à l’aise et j’ai dû me priver d’un si grand plaisir : dans un frais décor, voir les plus jolies femmes, les plus distinguées,

Spectacle digne d’un Léonard.

Mes déférences cordiales

Aug Rodin

17 juillet 1907

Mardi (23 juin 1891 ? non daté)

Chère Princesse,

Je me suis enfin décidé à faire ma rentrée à la Madeleine ce matin et vous savez ce qu'on m'y a dit ? Que j'avais eu bien tort de rentrer si tôt ! C'est désolant ! On me croyait à Rome ! Et vous savez si formidablement combien je voudrais y être allé !

A la Madeleine aussi j'ai trouvé cette lettre de Verlaine, datée du 2 juin et que le concierge de l'Eglise n'a pas songé à envoyer chez moi d'où on me l'eût adressée à Venise.

Je l'aurais reçue près de vous et nous eussions pu tout de suite demander des éclaircissements nécessaires sur ce titre inquiétant "L'hôpital Watteau" ! Dès que j'aurai votre réponse, j'irai ou je n'irai pas voir Verlaine suivant ce que vous m'aurez dit. Peut-être vaudrait-il la peine d'aller voir de près cet étrange projet ! Ne sera-t-il pas toujours temps, s'il ne me paraît pas en harmonie avec vos aspirations et les miennes, (permettez-moi de rêver que nous sommes d'accord !) de lui dire que vous n'avez jamais songé à une fantaisie comique et que vous ne la désirez pas ! Bouchor avec qui j'ai rendez-vous demain, comprendrait avec son extrême délicatesse que nous laissions en suspens, jusqu'à nouvel ordre, nos agréables projets de collaboration.

Voici des nouvelles d'ici : Duez est douloureusement mais non gravement souffrant depuis 24 heures. Il a l'estomac malade et comme tous les géants, rarement entamés par le mal, il geint beaucoup ! Henriette est fort occupée de son départ pour Croissy, de sa mère malade, de mille choses. Il paraît qu'elle vous a envoyé hier une dépêche que vous n'avez pas comprise ; je n'en suis pas surpris et je ne l'aurais pas comprise davantage ! Mais je sais que son intention était bonne et qu'en vous envoyant le nom du morceau que Roger chantait tout le temps à Venise, elle voulait simplement vous égayer !

Est-ce-que je ne vous ennuie pas avec tant de lettres, de dépêches ! Il semble que je frappe constamment à votre porte tandis que vous voudriez la paix et la tranquillité ? Si vous saviez comme il me tarde, comme il me tarde ! Votre mille fois reconnaissant Gabriel Fauré

(mi-avril ? 1891non daté)

Chère Princesse

J’ai reçu votre bien aimable lettre et le chèque qu’elle contenait. Je vous en remercie de tout coeur ! Mais combien je suis fâché de vous avoir contristée au sujet de Verlaine ! Mais ne vous devais-je pas la vérité ? Je ne veux pas cependant jeter le manche après la cognée et, tant que nous n’aurons pas trouvé mieux, je continuerai résolument le siège du terrible poète !

J’ai lu, ces derniers jours, un livre de vers qui m’a beaucoup frappé Le règne du Silence de Rodenbach ! Je vous le fais envoyer et je vous serai reconnaissant de le lire et de me dire ce que vous en pensez. Il m’a paru que l’auteur est très digne d’une attention particulière, disant des choses bien nouvelles et si justes en même temps !

Je voulais déjà vous écrire hier mais au moment où je prenais la plume ma femme venait d’apprendre que nos amis Roger Jourdain étaient tourmentés de la santé de Pierre : on parlait d’une angine ! J’ai voulu laisser passer vingt-quatre heures pour pouvoir vous donner des renseignements précis et je me félicite de l’avoir fait car les nouvelles sont bien meilleures ce matin, et tout état grave est écarté ! Mais vous pensez si cette alerte a alarmé nos pauvres amis !

Je me suis promis le régal de deux agréables visites pour la semaine prochaine : lundi chez Mme de Monteynard que je n’ai pas vue depuis son retour, et mercredi chez Mme la Duchesse de Camposelice qui m’a écrit un très aimable billet pour me remercier de mes mélodies que je l’avais priée d’accepter. J’espère que chez l’une et chez l’autre on me parlera beaucoup de vous et je m’en réjouis bien vivement !

Je vous raconterai cela.

Je vais me rendre, de ce pas, chez le préfet de la Seine, où je fais parti du jury pour le Concours de la Ville de Paris avec d’Indy et Chabrier. Jusqu’ici je ne puis pas vous annoncer qu’une grande oeuvre ni un grand auteur nous sont nés ! Tout ce que nous avons vu est fort misérable !

Chère Princesse, je vous écrirai bientôt. Je vous recommande le Rodenbach et je serai bien heureux de savoir ce que vous en pensez. Votre bien reconnaissant et bien sincèrement affectionné et dévoué ! Gabriel Fauré

Nous ne laisserons pas de paix aux Duez pour les décider à partir le 18 ! Savez-vous que c’est bientôt !

Claridge, Champs-Elysées.

Pourquoi vous souciez-vous de l'avis d'âme qui vive ? Soyez à la fois la raison même, le caprice et une certaine espèce d'humour imprévisible - comme le Tout-Puissant, quoi !

Si samedi ne vous plaît pas, il y a mercredi ? Car mardi, je parle à la radio avec Frédéric Lefèvre. Je vous embrasse, très chère Winnie, et je suis du fond du coeur, votre

Colette

Madame,

Pour tous les écrivains à leur début, la difficulté est la même. A mon avis. Le meilleur moyen c'est d'écrire quelques pages qui fassent dire aux connaisseurs : "c'est remarquable". Si  madame Isvolsky dispose d'une revue, qu'elle se préoccupe d'y donner une collaboration saisissante, et des propositions lui arriveront. Son nom est une force. Son nom lui donne une espèce d'autorité et de compétence supplémentaires. "Moi qui ai vu le déluge", voilà ce que dit une telle signature, et c'est une indication sur ce qu'on attend au dessus d'une telle déclaration. Nous avons eu d'innombrables détails matériels, extérieurs sur les personnages des diverses classes russes, mais nous avons eu peu d'intérieurs d'âmes. On s'intéresse beaucoup aujourd'hui aux émigrés de 1793, à ces Français qui couraient l'Europe (je viens de voir le récit des français émigrés à Moscou). Est-il trop tôt pourt nous donner des notes sur l'émigration russe ? Peut-être, autre question : qui étaient les jeunes filles russes ? Mais j'ai tort de m'engager dans ces apparentes précisions qui pourraient mettre madame Isvolsky sur une voie qui n'est pas la sienne. Je n'ai qu'une idée claire : le succès est décidé uniquement par des travaux, voire par un seul travail, par quelques pages qui intéressent les connaisseurs, et tout alors va tout seul.

Je me rappelle comment, le jour du retour de Poincaré, dans le cabinet de Viviani, j'ai rencontré l'ambassadeur de Russie. Je serai heureux d'être agréable à madame Isvolsky . Veuillez agréer, Madame et amie, l'expression de mon vieil et respectueux attachement, Barrès.

Charmes 14 septembre 1922

Je vous retourne une lettre dont la belle écriture claire et bien ordonnée dégage de la sympathie et signifie, ce me semble, le calme, le courage.