Affaires Etrangères  16 janvier 1931

Madame et respectée Amie,

Stanislas m'avait dit que ne souhaitiez qu'une recommandation de moi, et j'en suis fier. Permettez-moi de vous dire combien j'ai été heureux que mon ami Grinda se soit honoré en signant votre décoration.

La France vous doit beaucoup et la gratitude est un devoir très doux

Votre respectueux ami et admirateur

Philippe Berthelot

(septembre 1894 ? non daté)

Chère Princesse

J'ai reçu votre lettre si affectueuse et j'en ai été bien sincèrement touché. Si je ne vous ai pas répondu c'est que je suis tellement submergé par le spleen que la crainte de la communiquer à mes amis m'enlève tout désir d'écrire ! Comme travail, j'ai terminé le 6eNocturne dont je vous parlais et j'en suis aux dernières mesures d'une 5e Barcarolle. Ceci fait, je vais reprendre pour ne plus le quitter le quintette, espérant que la première audition aura lieu chez vous cet hyver !

Mon petit Philippe est toujours couché et je ne prévois pas quand le médecin lui permettra de se lever. Le grand va mieux. Maison peu gaie comme vous pouvez le penser ! Est-ce-que vous n'approuvez pas mon entêtement à écrire pour le piano ? Ne pensez-vous pas qu'on finira bien par jouer ces pièces avec le temps, de même qu'on a mis bien du temps à se décider pour mes pièces de chant ? La musique moderne de piano un peu intéressante est rarissime, n'existe pour ainsi dire pas !

Que fait le Prince ? Travaille-t-il ? Je ne sais pas s'il se doute de la réelle impression produite par son Pilate sur les gens pas imbécilles !

Rappelez-moi je vous prie à son souvenir ! Et tant qu'il vous plaira de me donner de vos nouvelles, croyez que vous me ferez toujours un immense plaisir, et n'oubliez pas que le plaisir est rare dans ma cage d'écureuil !

Vous êtes dans un joli pays. J'y voudrais bien être aussi près de vous.

A bientôt n'est-ce-pas ? Recevez l'expression de mon profond et bien respectueux dévouement

Gabriel Fauré

 

Madame,

Je viens vous prier d’agréer mes plus sincères remerciements pour l’excellente audition de mon Trio, que vous avez bien voulu donner dimanche dernier. Je sais quel sanctuaire de bonne musique est votre salon, et j’en suis d’autant plus flatté que mon oeuvre y ait été aussi bien accueillie.

Veuillez agréer, Madame, l’expression de mes hommages les plus respectueux,

Albert Roussel

Paris 31 janvier 1906 

(1895 ? non daté)

Ce lundi, St-Gervais Hôtel du Mt Blanc, Hte-Savoie.

Je n'ai pas pu vous écrire hier, ahuri par l'arrivée dans un pays où je dois séjourner quelque temps et préoccupé des installations assez compliquées en cette station balnéaire mal aménagée. J'apprends que les lettres ne partent qu'à 11h du matin, celle-ci ne partira donc que demain.

A mon arrivée, consultation Wisard. Il paraît que je suis une machine qui pèche par combustion imparfaite. ( Comme : mauvaise assimilation et élimination.) Outre bains et boissons, il recommande surtout l'exercice à pied, comme à Bismarck le Dr Schudeminger. C'est, paraît-il, ce qu'on appelle "la cure de terrain". De mon temps, cela s'appelait tout bonnement faire de l'exercice.

Il proscrit le café, liqueurs, poissons, fruits rouges crus, surtout salaisons et fromages, il tolère ou permet salade, fruits cuits, compotes et confitures, même de framboises... oh ma tête (petit dessin amusant), si j'avais su çà en face du joli compotier Cortambert en cristal.

Comme vous le voyez, il n'y a pas qu'à Paris que la Faculté compte de bonnes blagues ; du reste, je me sens mieux dans ce bon air. J'ai pris mon premier bain ce matin, installation très propre, neuve, assez confortable, mon fidèle Hippolyte m'assiste utilement. J'ai beaucoup marché cette après-midi, je me sens plus solide à la marche, il fait un temps superbe et une forte chaleur. Dear Winn, on m'apporte une lettre de vous, bleue allongée. Je vais l'ouvrir pour la savourer.

Phénomène : quand je vous perds de vue et suis sans nouvelles écrites, j'ai l'impression et l'appréhension que je compte moins, ou même point pour vous.

J'ai lu votre lettre. J'espère que votre départ pour Londres ne vous fatiguera pas malgré ce retard prudent. Quelle ennuyeuse déveine que d'avoir manqué à vos projets. Vos embarras de nez n'ont pas obstrué votre cerveau, je vous retrouve avec votre entrain d'esprit habituel dans votre lettre.

Dearest Winn, je vous embrasse bien tendrement, c'est-à-dire de quoi vous faire un trou dans la joue en poussant beaucoup de petits cris convenus . Donnez-moi bientôt de tout à fait bonnes nouvelles de votre santé. Votre Edmond.

2 janvier

Pardon de ce papier, mais nous sommes en guerre !

Ma chère Princesse, Votre lettre charmante (et trop flatteuse) m’a causé un double plaisir : celui de l’amitié satisfaite, et celui de l’intelligence ravie. J’ai trouvé excellente votre expression : lutte avec certaines oeuvres. Lutte qui pourrait faire pendant à celle de Jacob avec l’Ange - mais avec un ange qui se servirait de gaz asphyxiants !

Je suis très heureux que vous me mettiez en opposition avec ces gens-là. Vous savez quel soin j’ai toujours apporté à pas m’inféoder à leurs odieuses associations. Ma musique est ce qu’elle est, mais elle ne sera jamais celle qu’ils aiment, et j’en suis bien heureux ! Le mot du Prince est très juste, comme tout ce qu’il disait et pensait. Le goût véritable n’indique pas, certes, qu’on ait du coeur ; mais il signale, dans le coeur, un petit coin secret et privilégié ; malheureusement, ce petit coin-là est très sensible, très douloureux, et ceux qui le cultivent connaissent rarement le « parfait bonheur » !

Au revoir. J’ignore si Lady Ripon1 est vivante ou morte ; ce dernier état pourrait seul justifier son silence après certaine lettre que je lui écrivis il y a un an ! Never mind ! Elle perd un ami qui l’aimait beaucoup. -

Votre respectueux et affectionné Reynaldo Hahn.

16 novembre 1932

8 place Charles Fillion XVIIe

 

Chère Princesse,

Je vous remercie beaucoup de m’avoir écrit avec autant de bonté ; naturellement je n’avais pas oublié votre invitation pour le concert Stravinsky et je m’en réjouis beaucoup. Je me permettrai seulement de vous téléphoner, si je n’ai pas eu le plaisir de vous voir d’ici là, pour savoir comment vous rencontrer le soir du 8 déc.

Je vous suis très reconnaissant aussi d’avoir pensé à me donner un acompte le 1er Décembre. Cela m’arrange très bien d’autant plus que je suis très inquiet de ce côté pour mon hiver ; à ce propos je veux vous demander quelque chose si ce n’est pas abuser de votre bienveillance : vous serait-il possible de me dire les dates éventuelles que vous envisageriez pour le reste, et cela pourrait-il être un quart le 1er Janvier, un quart le 1er Février et le reste à la remise du manuscrit ?

Je m’excuse de vous demander cela aussi simplement, mais je me le permets uniquement parce que l’assurance de ces dates me donnerait une tranquillité si nécessaire pour mon travail, qui sera durant quelques mois mon plus cher effort.

J’espère seulement, chère Princesse, que vous n’y verrez aucun inconvénient, et je vous prie de recevoir mes très respectueux hommages

Igor Markevitch.

Lettre à en-tête Frankfurt 

23 août. Non daté.

Chère Madame,

Je me permets cette lettre sur la foi de votre aimable invitation, pour vous tenir au courant de mes mouvements.

J’accompagne Paul Helleu jusqu’à Cologne, d’où je rentrerai directement à Compiègne après-demain. Le lendemain 26, je viendrai déjeuner comme vous me l’avez demandé.

Il me semble vous avoir quittée il y a cent ans. Mes souvenirs de Bayreuth se pressent en foule - surtout ceux de ce dernier jour. Que je voudrais vous dire tout ce que j’ai au coeur en dépit des conventions - Je suis maladroit aux sourdines discrètes et aux vibrations contenues. J’en suis tout secoué, de ces souvenirs, - ils ne me quittent pas -, pourront-ils me quitter jamais ! Ils sont les plus chers de ma vie - nés au milieu de telles extases qu’ils en sont pour toujours divinisés. Ne riez pas de mon lyrisme - il est la sincérité même. Ce sont des éternités qui me séparent du moment où je vous reverrai. Si vous avez quelque chose à me mander, mon adresse est Compiègne, Oise, tout simplement. Francfort est une ville cossue et juive - on sent que l’usure y a fleuri et que ces gens y jouissent dans l’aisance et la considération du fruit de leurs forfaits. Paul Helleu dîne dehors. J’ai passé moi-même ma soirée au Palmengarten0, avec mes souvenirs, parmi les bourgeois, les jets d’eau et les valses de Strauss. En être réduit à vous dire ces choses... Je vous baise les mains, Chère Madame, du plus respectueux de mon coeur. Pardonnez-moi cette lettre : si elle est bête, vous savez pourquoi, et croyez-moi

Your ever devoted

Robert d’Humières1 .

Kurt Weill

9bis place Ernest Dreux

Louveciennes (S. et O.)

Téléphone (?)                                                                           15 décembre, 1933

 

Princesse,

Je me réjouis beaucoup de pouvoir vous communiquer que je viens d'achever le brouillon de ma première symphonie que j'écris pour vous. J'espère que la partition sera finie à la fin du mois de janvier.

J'écrirai maintenant à R...(illis) pour lui proposer le projet dont je vous ai parlé.

Sincèrement le vôtre,

Kurt Weill 

St Gervais, 17 juillet (1896 ? non daté)

Bien chérie Winn-Winn,

merci de ta bonne lettre affectueuse. Je vous adresse cette lettre à Fantaisie, vous y serez déjà installée (?!!) depuis deux jours ; c’est triste de manquer d’eau, j’espère que nous en aurons tout de même un peu pour boire avec Paris. Je n’ai pas pensé à apporter des serviettes de toilette, peut-être en avez-vous apporté suffisamment, ou pourrai-je en trouver là-bas. Merci pour le petit coin que vous me promettez de me préparer. Je suis sûr que, par vos soins, il sera très campagnard.

Je serai bien heureux de retrouver ma chère Winn, avec la grosse natte par-derrière en catogan.

Et je pense aussi souvent à nos promenades matinales sur la terrasse des orangers à Tencin quand vous avez sur le dos le paletot de prédilection. Nous reverrons aussi ce bon temps-là, n’est-ce-pas ? Quand Mme BIBI voudra bien reprendre ses pinceaux trop longtemps abandonnés pour les pédaleries et retours nocturnes des cabarets avec les jeunes amoureux et les Dames Foulque !

Merci de penser d’avance à me chercher à la gare. Nous sommes à citer comme ménage modèle, d’être, après trois années bientôt de chaîne commune, aussi peu usés et toujours neufs l’un pour l’autre ; tandis que tant d’autres, après même une année seulement, déjà repus l’un de l’autre, quand ils se dérangent pour venir aux stations, ne se retrouvent en voiture qu’avec tristesse, écoeurement, et de longs silences en voiture, dégoûtés souvent de trop se connaître, se sentant amoindris et honteux comme des gens qui ont fait ensemble quelque chose de sale.

Je sais bien que la thèse oposée peut se soutenir, après boire !! mais ce que l’on pourra toujours affirmer, c’est que la réalité ne vaut jamais l’illusion...

Je vous envoie mon sale griffonnage qui doit représenter ce que l’on voit de ma fenêtre. Adieu dearest Winn,

Plus je vais, plus je sais que des liens indissolubles m’attachent à vous, et c’est ma fin de vie.

Je t’embrasse tendrement

Edmond.

Arcueil. Cachan, le 10 oct. 1918

 

Chère & Bonne Princesse ---- Je viens vous demander un grand service. Lors de ma condamnation, vous m'avez remis très amicalement une somme de onze cents francs. Sur cette somme, j'ai payé 211F, 26. Il reste donc 888F, 74.

C'est ici que je m'adresse à vous - -

A la suite des malheurs & des originalités de la présente guerre, je me trouve dépourvu de sous, ducats & autres objets de ce genre. Le manque de ces bibelots fait que je ne suis pas très à mon aise. Oui, - --  & La Nécessité* (*un bien drôle d'animal) me fait, Chère Madame, me tourner vers vous, & m'incite à vous prier de m'autoriser à me servir des 888F, 74 dont il est question plus haut.

Vous savez, Princesse, que je n'ai nullement l'intention de donner un sou au noble critique cause de mes maux judiciaires. Cent francs me suffiront pour le mener en référé & pour parer ses mauvais coups, & lui tenir tête, s'il m'attaque.

Puis-je disposer de ce reliquat ?

Comme avance ?

------ Comment allez-vous ? j'ai eu de vos nouvelles par Madame Cocteau. Picasso m'a dit vous avoir vue. Quand aurai-je ce plaisir ?

Je ne compte pas vous envoyer "Socrate" avant de vous l'avoir soumis (lire : de vous l'avoir soumis à l'audition). Je remets l'orchestre au net. L'ouvrage reste ainsi que nous en avions parlé tous deux, Chère & Bonne Princesse.

Nous aurons un joli spectacle avec le Renard, car l'oeuvre de Stravinsky est bien, très bien. Revenez vite, Madame ; portez-vous bien; & croyez-moi votre respectueux et dévoué,

Erik Satie.