52

Tavistock Square

w.c.1.

Telephone : Museum 2621

13th dec 36

 

Dear Princesse de Polignac,

How very good of you & of Louise de Vilmorin to send me the book. Will you thank her from me for writing my name in it ? I am taking it away to the Sussex Downs this week, where I hope to read it in peace. London is not a place for reading.

 But I greatly enjoyed my luncheon with you, all the same - in London- & hope that some day you will come & see us in our flat.

I am sending your correction of the Mallarmé to Charles Mautron. I am so glad you liked it.
Yours sincerely

Virginia Woolf 

 

(Chère Princesse de Polignac,

Comme c'est gentil à vous et à Louise de Vilmorin de m'avoir envoyé le livre. Pourrez-vous la remercier de ma part d'avoir écrit mon nom à l'intérieur ? Je l'emporte avec moi au Sussex Downs cette semaine, où j'espère pouvoir le lire en paix. Londres n'est pas un endroit pour la lecture.

Mais j'ai énormément apprécié mon déjeuner avec vous, tout de même, à Londres, et j'espère qu'un jour vous viendrez nous voir à notre appartement.

J’envoie votre correction du Mallarmé à Charles Mauron : je suis si heureuse que vous l'ayez aimé.

Sincèrement vôtre

Virginia Woolf)

Laboratoire de Physique

74, rue de Vaugirard

Madame,

Vous avez dû me trouver bien long dans la construction du petit appareil que je vous avais fait espérer. Une maladie de mon mécanicien a été la cause de ce retard exagéré. Il est enfin terminé. Je me suis proposé de le rendre aussi simple que possible, afin d’en rendre l’emploi aisé. Mais rien ne prouve qu’il n’y aura pas encore lieu de le retoucher.

Mon préparateur ira le faire fonctionner chez vous quand vous aurez fixé le jour et l’heure qui vous conviendront pour le recevoir. Il le placera où vous désirerez qu’il soit disposé. Il est d’ailleurs transportable. Je compte bien que vous ne trouviez aucune difficulté à vous en servir pour la réception de l’heure de la tour Eiffel, en province aussi bien qu’à Paris. Veuillez agréer, Madame, l’expression de mes sentiments respectueux et dévoués.

E. Branly

  1er mai 1913

J'ai attendu quelques jours ; l'appareil ne s'est pas déréglé. Une communication devra être établie chez vous par un fil soit avec une conduite d'eau soit avec une conduite de gaz.

5 mai 1913

 

Paris 8 avril 1888.

Madame la Princesse,

Je n’ai pas trouvé ces Lureau. Mais je sors de chez Melchissedec qui persiste à me conseiller Melle Ploux. Or, elle joue demain le Prophète, cette demoiselle (rôle de Bertha) ; j’irai l’entendre, et mardi, à 2h, si cela ne vous gêne pas, je viendrai vous dire ce que j’en pense.

Toutefois, comme le retard apporté par les Lureau pourrait devenir préjudiciable à la bonne interprétation de l’ouvrage, & que le temps passe, je crois (et ce serait notre dernière limite) qu’il serait prudent de prendre comme jours les mardi 15 et 22 ; le jeudi 10, c’est l’Ascension, c’est-à-dire un mauvais jour ; beaucoup de personnes partent pour qq jours à leur campagne ou à celle des autres ; alors, il me semble préférable de remettre, d’une manière tout à fait définitive, aux 15 et 22 mai. Mardi, vous voudrez bien me dire si vous adoptez cette proposition.

Veuillez, Madame la Princesse, présenter à Monsieur de Scey mes meilleurs compliments et agréer l’hommage de mon respectueux dévouement

Emmanuel Chabrier

13 avenue Trudaine

Grand Hôtel d'Evian Evian-les-Bains (Haute-Savoie)

GOY Frères et soeurs propriétaires                                                         Vendredi (23 juin 1914)

Winn chérie,

je ne pense pas qu'Eleusis même pyisse être plus beau que la grosse turquoise chaude et crémeuse où je suis, et qu'entoure une verdure heureuse et visitée par les abeilles, qui fait penser à l'enfance du monde, tandis qu'une vieille cloche d'église remue tout le sentimental en suspens.  Seulement, dans cet endroit divin, l'âme est plus rêveuse que chez les héros d'Athènes. Et c'est à la fois doux et embêtant !

Je vois les terrains, tous séduisants par l'absence de nos plus ennuyeux contemporains, et crépitants de soleil et de papillons.

Vous savez, dearest, avec quel tendre dévouement je pense à vous. 

Anna

Vendredi

Dearest Winn,

J'ai eu trop de hâte ce matin, - dans le touchant (?) plaisir que me causait votre voix, - à accepter la fête de demain soir. Ma fatigue, mon affreux vertige qui me donne l'aspect d'avoir bu autant que Ginet, - m'obligent à quitter le moins possible mon étage. J'ai dû refuser déjà d'aller déjeuner demain avec Briand (?) chez Madame Bulteau , et je crois raisonnable de garder quelques forces pour le chagrin que me causera, malgré tout, ces jours-ci, le départ de Tom (?)

Si dimanche soir, vous n'aviez rien à faire, vous trouveriez à dîner chez moi Hélène, Geneviève de Tinan, quelques autres encore, le tout dans la stricte intimité que commande l'apparition toujours probable de l'huissier, - qui est peut-être un homme charmant, et justement tout à fait ce qu'il faudrait. N'oubliez pas que le 5 février, en dépit de cet officier ministériel, - il y a chez moi un gala avec vous et tout le toutim.

Elisabeth Greffulhe et vous êtes déjà prévues pour les bouts de table ! Mais peut-être que les ministresses s'abstiendront, ce qui remettrait tout à sa place. J'espère beaucoup que peut-être vous êtes encore libre après-demain. Je pense à vous de tout mon coeur dévoué, Anna.

Corsier s/Vevey, Suisse

le 22 février 1937

Chère Princesse,

J’étais fort triste de devoir quitter Paris sans pouvoir vous faire visite. Ma femme se remet très lentement des suites de son accouchement et j’étais obligé de la rejoindre pour l’assister. Et pourtant j’avais grand besoin de venir vous parler en ami, à coeur ouvert et en toute simplicité. Il m’a semblé depuis un an sentir un peu d’éloignement à mon égard de votre part, et je dois vous avouer que j’en ai vraiment souffert car je me l’expliquais mal. Vous savez comme je me suis toujours appliqué à vous témoigner loyalement ma reconnaissance et mon attachement, et comme de tout coeur j’ai tâché de justifier votre confiance en écrivant les Hymnes et Partita. D’autre part, Princesse, vous êtes un des rares êtres à l’estime duquel je tienne vraiment, et il me semblait la mériter plus qu’avant, maintenant que je porte mon attention à vivre dans un sens toujours plus vrai et en toute franchise avec moi-même. C’est tout ceci que je vous aurais dit et dont je me serais soulagé le coeur, si j’avais pu vous voir, Princesse, puis je vous aurais parlé d’une autre chose, encore plus délicate, et que je vais essayer de vous dire dans cette lettre.

Vous savez sans doute que j’ai décidé d’orienter ma vie dans un sens nouveau et de faire une carrière de chef d’orchestre. Ce n’est pas sans peine que j’ai pris ce parti qui me privera de beaucoup de loisirs, nécessaires à la création de mes oeuvres. Mais j’entraîne maintenant deux êtres dans mon aventure, et cela me donne un tel souci de dignité et un tel désir qu'ils ne puissent jamais me reprocher le moindre de mes actes, que j’ai été obligé de rompre avec une existence d’incertitude et de compromis. Mes engagements commencent au mois de septembre, et voilà où je voulais en venir, car d’ici là je dois traverser six mois encore, six mois sans travail, six mois où il faut vivre, six mois où je voudrais mener à terme une oeuvre que j’ai en tête, une oeuvre de musique de chambre qui sera certainement de loin la meilleure que j’aurais imaginée.

Chère Princesse, ce que je vais vous demander maintenant, sachez  que j'ai retardé des semaines avant de vous en parler ; j'ai essayé cent combinaisons, cherché mille solutions, aucune n'était possible ni conforme à ce besoin d'honnêteté que je vous exprimais. J'avais tout de suite pensé à vous mais ce n'est que maintenant que je puis vous dire en toute sincérité qu'il n'y a qu'à vous que je puisse demander sans  fausse honte un geste qui sera autant un encouragement moral que le moyen matériel d'atteindre l'autre rive. Ce n'est ni un don ni une aumône que je désire, mais un emprunt que je m'engage sur mon honneur à vous rendre dans le courant de l'année prochaine. Je désirerais que cela reste absolument entre nous, mais je vous prierai d'accepter en témoignage de reconnaissance la dédicace de l'oeuvre que j'écrirai grâce à votre bonté. Et Princesse, je vous affirme de toute mon âme que vous aurez fait une action profondément bonne en offrant votre appui à un artiste qui a eu besoin déjà d'un grand courage pour lutter contre une détresse que la vie rend chaque jour plus poignante.

J’ai compté au plus juste, j’ai ma famille qui réclame beaucoup de soins à cause de mon petit qui est très délicat, et ma mère que je dois aider. Il faudrait pour que je puisse travailler en toute tranquillité cinq mille francs par mois jusqu’en septembre, somme que je m’engage, comme je l’ai dit, à rembourser en totalité l’année prochaine. Quelque chose me dit que vous voudrez bien faire l’effort que je viens vous demander avec tout mon coeur, que vous n’abandonnerez pas quelqu’un qui s’est appliqué à ne jamais tromper votre confiance, que vous serez fière de l’oeuvre qui répondra à votre geste. Le comité des festivals de Venise vient de m’écrire son désir de monter une nouvelle oeuvre de moi en septembre. Quelle joie ce serait pour moi de leur proposer justement cette oeuvre écrite pour vous honorer. Oserais-je avouer que j’attends votre réponse avec angoisse mais confiance ? Je crois que les choses obéissent à des lois secrètes, à des ressorts divins, et qu’il est juste que cette grandeur qu’il y a en vous permette à l’idéal de grandeur que je poursuis de s’épanouir avec un peu de paix. Je fais mille voeux pour votre santé, chère Princesse, et me signe, d’un coeur respectueux, votre Igor. 

Madame

Vous devancez gracieusement les voeux que je formais moi-même de n'en point demeurer là de notre rencontre aimable de l'an dernier.

Mais plusieurs sortes de mises en oeuvre de mes travaux m'ont grandement absorbé jusqu'ici.

Veuillez donc bien me savoir dès aujourd'hui très désireux de vous aller voir, ou recevoir moi-même, selon tel rendez-vous qu'il vous plairait de fixer, pour donner suite à des propos esthétiques dans la bonne acception d'un grand mot souvent profané.

Je vous salue, Madame, avec l'affectueuse assurance de mes respectueux sentiments. Comte Robert de Montesquiou Fezensac

8 rue Franklin.

12 mai 82

Chère Princesse,

voudriez-vous me permettre d'amener chez vous, au concert d'aujourd'hui, deux de mes amis : l'admirable violoncelliste Barjansky et le très singulier dessinateur Alastair, qui hier soir a dansé mystiquement la Danse des images gothiques, semblable à une interprétation visible du'ne séquence ou d'un déchant ?

Je vous en rends mille grâces

Votre tout dévoué 

Gabriele D'anunzio

44, avenue Kléber, ce jeudi

18/VI/1927

Chère Princesse,

Merci de vos lettres si gentilles, ainsi que du chèque. Je regrette beaucoup que nous ne puissions pas déjeuner ensemble mardi.

Je n’irai malheureusement pas à Londres maintenant, et ne pourrai donc vous voir là-bas non plus. Pourtant j’aurais tellement aimé vous remercier de vive voix de toute votre si gentille amabilité envers moi, de la belle soirée chez vous, et d’avoir arrangé aussi pour moi la soirée chez M. de Rothschild où j’espère encore vous rencontrer.

Je quitterai Paris le 27 je pense - et ne rentrerai que l’année prochaine au mois de mai - mais je serai très heureux de vous voir peut-être en Italie, ou en Amérique.

Recevez, chère Princesse, l’expression des sentiments les plus sincèrement affectueux

de votre très dévoué

Wl Horowitz

(Dimanche 28 juin 1891 ? non daté)

Que l'homme lutte de toutes ses forces -pour le prix qu'il se propose dans la vie, quelqu'il soit.-

c'est parfait ! 

Chère Princesse, votre amie du yacht arrive bien à propos pour vous, fort mal à propos pour nous : je la déteste ! Peut-être fussiez-vous rentrée plus tôt à Paris si elle n'était pas venue à Venise !

J'ai été voir votre maison de l'avenue Henri Martin et par-dessus la grille j'ai regardé le jardin, la pelouse, les arbres avec une ombre si attirante !

Si j'étais mieux connu du concierge j'aurais demandé la permission d'entrer.

Avenue Kléber je n'ai pas rencontré votre mère. Cette visite est nulle, je la recommencerai.

Je recherche tout ce qui vous connaît, que ce soit des êtres vivants ou de simples murailles !

N'avez-vous rien entendu depuis Venise, vendredi soir ? Mme Baugnies faisait entendre à Bussine la seconde mélodie ! J'en suis désolé, malgré mon vif désir de faire le beau, il m'est impossible de vous dire moi-même leur opinion !

Je vais la recopier et vous envoyer l'original qui vous appartient autant que s'il était de vous-même !

Une troisième mélodie est commencée. Je vous la donnerai ici, voulez-vous ? Cela vous ferait-il revenir plus vite à Paris ? Non, hélas, et je ferai ce que vous voudrez : la lutte ne doit pas être entre vous et moi !

Vous ne sauriez croire combien je suis touché, et reconnaissant du labeur matériel de votre traduction. Si je ne m'apitoie pas sur le labeur intellectuel, c'est que cela a un tour si naturel, si facile, si coulant, avec un choix d'expressions si coloriées qu'on y retrouve la façon aisée avec laquelle vous réussissez tout ce que vous tentez. Ce poème me ravit, je ne puis guère vous en parler aujourd'hui : je vous écris rapidement entre messe et vêpres ! Soyez mille fois remerciée pour le plaisir que vous m'avez fait, rien ne me pouvait toucher davantage que ces heures dépensées en pensant à moi !

Duez va beaucoup mieux : je ferai là votre commision et celle d'Henriette quand je le verrai. Elle a quitté Paris mercredi déjà : çà a été la fin archi-finale de notre heureux voyage ! Dispersion complète ! avec la pensée bien triste mais trop vraie que pareille chose ne pourra plus jamais se recommencer ! Et connaissez-vous un plus terrible mot que jamais ?

Je vous écrirai de nouveau demain : je n'ai pas mon compte de bavardages aujourd'hui. J'ai répondu à notre charmante Yvette sous l'impression d'une méchante humeur ! Je serais désolé qu'elle s'en fut aperçue ! J'ai été si touché de son affectueuse lettre !

J'ai vu longuement Bouchor et j'irai demain chez Verlaine ; vous saurez mot à mot nos conversations : avec Bouchor nous avons tout laissé en suspens.

Adieu, chère Princesse, écrivez, écrivez, écrivez, je vous en supplie! chaque mot de vous devient note de musique ! Votre mille fois reconnaissant et tout dévoué Gabriel Fauré