non daté                                                                                                      9, rue Alfred de Vigny

and how, please, could I help taking notice of such a kind and charming letter as yours? It gives me the greatest pleasure to think that I have such good and true friends là bas, en Egypte ! Fancy young Shattuck (whom I know very well) playing my sonata and precisely before you in a beautiful arabian house. And you say you enjoyed it and still you want me to take no notice of it all ? Je ne suis pas encore aussi racorni que cela! Et je vous remercie, ainsi que Shattuck ! à bientôt Reynaldo Hahn

Amsterdam, mercredi  matin 4 juillet 1900

Dearest Winn

deux mots avant de sortir ; enfin ce matin un temps charmant, l'atmosphère baignée de la lumière limpide, légère, particulière à ce "doux pays". Je vous adresse une carte-souvenir qui vous montrera mieux que tout ce que je pourrais dire dans les millions d'impressions où je suis.

Hier, visite au Plantazoo, retrouvé les ours blancs d'un si beau blanc, et plusieurs autres bêtes amies. Une petite fleur, une pensée, a été cueillie en mon souvenir de vous. J'y ai fait connaissance d'un Paon de Java, superbe, de grande taille, avec des ailes en saphir et une énorme queue aux plumes d'or éblouissant. Vu aussi deux étonnantes chouettes à robe blanc d'ivoire mouchetée de sépia clair, très suggestives personnes avec de grands yeux ronds fascinants.

Je suis retourné au musée . Revu la "Ronde de nuit" et l'admirable "Syndic des drapiers" - Aussi la charmante "Liseuse" de Vermeer avec les bleus délicats de la robe et des deux sièges. J'y ai retrouvé et fait plus ample connaissanceavec Hendrick Avercamp (surnommé le muet) par deux tableaux de patineurs, les deux seuls du musée, d'une exquise délicatesse de couleur ; paysage de neige aux horizons perdus dans les brumes roses - avec juxtaposition de toits de maisons plus chauds de ton, et de murailles et clochers d'églises gris-bleu clair, toute la (?) du tableau d'un blanc lumineux, avec ciel roux abricot clair, en bas la foule des bourgeois et paysans patineurs aux plaisants costumes de l'époque. (petit dessin)

Je serai de retour à Paris vendredi à 6h du soir comme je vous l'ai télégraphié hier. Peut-être vous y trouverai-je encore. J'y ferai rapidement mes préparatifs de départ pour St- Gervais.

Good bye bien chère Winn. Pensez un peu à moi qui pense à vous à chaque heure du jour. Je t'embrasse tendrement

Edmond.

(1895 ? non daté)

Ce lundi, St-Gervais Hôtel du Mt Blanc, Hte-Savoie.

Je n'ai pas pu vous écrire hier, ahuri par l'arrivée dans un pays où je dois séjourner quelque temps et préoccupé des installations assez compliquées en cette station balnéaire mal aménagée. J'apprends que les lettres ne partent qu'à 11h du matin, celle-ci ne partira donc que demain.

A mon arrivée, consultation Wisard. Il paraît que je suis une machine qui pèche par combustion imparfaite. ( Comme : mauvaise assimilation et élimination.) Outre bains et boissons, il recommande surtout l'exercice à pied, comme à Bismarck le Dr Schudeminger. C'est, paraît-il, ce qu'on appelle "la cure de terrain". De mon temps, cela s'appelait tout bonnement faire de l'exercice.

Il proscrit le café, liqueurs, poissons, fruits rouges crus, surtout salaisons et fromages, il tolère ou permet salade, fruits cuits, compotes et confitures, même de framboises... oh ma tête (petit dessin amusant), si j'avais su çà en face du joli compotier Cortambert en cristal.

Comme vous le voyez, il n'y a pas qu'à Paris que la Faculté compte de bonnes blagues ; du reste, je me sens mieux dans ce bon air. J'ai pris mon premier bain ce matin, installation très propre, neuve, assez confortable, mon fidèle Hippolyte m'assiste utilement. J'ai beaucoup marché cette après-midi, je me sens plus solide à la marche, il fait un temps superbe et une forte chaleur. Dear Winn, on m'apporte une lettre de vous, bleue allongée. Je vais l'ouvrir pour la savourer.

Phénomène : quand je vous perds de vue et suis sans nouvelles écrites, j'ai l'impression et l'appréhension que je compte moins, ou même point pour vous.

J'ai lu votre lettre. J'espère que votre départ pour Londres ne vous fatiguera pas malgré ce retard prudent. Quelle ennuyeuse déveine que d'avoir manqué à vos projets. Vos embarras de nez n'ont pas obstrué votre cerveau, je vous retrouve avec votre entrain d'esprit habituel dans votre lettre.

Dearest Winn, je vous embrasse bien tendrement, c'est-à-dire de quoi vous faire un trou dans la joue en poussant beaucoup de petits cris convenus . Donnez-moi bientôt de tout à fait bonnes nouvelles de votre santé. Votre Edmond.

(juillet (?) 1891 ? non daté)

Chère Princesse

Je n'aurais jamais cru que j'aurais à ce point la nostalgie de l'Italie ! Mon esprit se promène toujours en gondole dans une barcarolle ininterrompue ! Cela est fort triste car rien ne ressemble moins à une barcarolle que mes occupations et rien n'est plus dissemblable que la Madeleine et l'Eglise des Frari! J'en arrive à ne plus même vous parler de ce délicieux passé tant je sens que nos autres compagnons ne sont plus à l'unisson. Leurs esprits, probablement plus actifs que le mien, se contentent des éléments ordinaires que chaque jour leur apporte. Je leur envie cette faculté d'attendre une distraction de chaque heure nouvelle au lieu de s'enfoncer à plaisir dans des regrets stériles ! Mais ce qui me paraît le plus cruel c'est la constatation absolue qu'aucun de vous n'est resté complètement le même. Tous vous avez changé plus ou moins. Pour vous qui avez mille soucis et qui avez traversé de véritables ennuis, ce petit changement s'explique trop, hélas ! Et combien je voudrais qu'il fût en mon pouvoir de dissiper toutes vos pénibles préoccupations!

i je ne vous en parle jamais ne croyez pas que je n'y pense pas sans cesse ? Malheureusement je n'y puis que penser, ce qui ne vous est que d'un bien mince secours ! Revenez : nous ferons beaucoup de musique. Cette semaine j'en ai entendu énormément. Trois symphonies de Beethoven entre autres. Cela c'est déconcertant tant çà reste puissant et gigantesque ! La musique qui contient véritablement de la musique devient de plus en plus rare et je suis plus résolu que jamais à tâcher d'en mettre dans tout ce que j'écrirai. Mes contemporains sont trop enclins à se contenter de l'effet orchestral !

Adieu, chère Princesse, et à bientôt n'est-ce-pas ?

Votre tout dévoué et profondément affectionné Gabriel Fauré.

Les Roger Jourdain reviennent à Paris dans deux ou trois jours.

Vers 1932 (non daté)

 

Claridge, Champs-Elysées

Me voilà, me voilà ! très chère Winnie, que c'est agréable d'être eng... par vous ! C'est le seul masochisme que je me connaisse. Attrapez-moi encore ! Il faisait un froid indicible à Valence, ciel vert et glacé, mistral qui balayait tout à 75 à l'heure.

Voulez-vous venir me blâmer au Claridge ? Venez ! Choisissez entre:  jeudi 2, vendredi 3. Et laissez-moi seulement le temps, en me le disant, de faire faire la galette salée et le vin à la cannelle ! Je vous raconterai en peu de mots mes campagnes. Venez avec tous mes produits : je bifferai sur vous ce qui sera inutile. J'espère que le charmant couple Patacharles (sic) sera libre,- je leur écris. Amenez qui vous plaira, on s'asseoira dans la baignoire, comme on fait dans toute orgie digne de ce nom. Croyez, très chère Winnie, que je vous aime de tout mon coeur,

Votre Colette

Corsier s/Vevey, Suisse

le 22 février 1937

Chère Princesse,

J’étais fort triste de devoir quitter Paris sans pouvoir vous faire visite. Ma femme se remet très lentement des suites de son accouchement et j’étais obligé de la rejoindre pour l’assister. Et pourtant j’avais grand besoin de venir vous parler en ami, à coeur ouvert et en toute simplicité. Il m’a semblé depuis un an sentir un peu d’éloignement à mon égard de votre part, et je dois vous avouer que j’en ai vraiment souffert car je me l’expliquais mal. Vous savez comme je me suis toujours appliqué à vous témoigner loyalement ma reconnaissance et mon attachement, et comme de tout coeur j’ai tâché de justifier votre confiance en écrivant les Hymnes et Partita. D’autre part, Princesse, vous êtes un des rares êtres à l’estime duquel je tienne vraiment, et il me semblait la mériter plus qu’avant, maintenant que je porte mon attention à vivre dans un sens toujours plus vrai et en toute franchise avec moi-même. C’est tout ceci que je vous aurais dit et dont je me serais soulagé le coeur, si j’avais pu vous voir, Princesse, puis je vous aurais parlé d’une autre chose, encore plus délicate, et que je vais essayer de vous dire dans cette lettre.

Vous savez sans doute que j’ai décidé d’orienter ma vie dans un sens nouveau et de faire une carrière de chef d’orchestre. Ce n’est pas sans peine que j’ai pris ce parti qui me privera de beaucoup de loisirs, nécessaires à la création de mes oeuvres. Mais j’entraîne maintenant deux êtres dans mon aventure, et cela me donne un tel souci de dignité et un tel désir qu'ils ne puissent jamais me reprocher le moindre de mes actes, que j’ai été obligé de rompre avec une existence d’incertitude et de compromis. Mes engagements commencent au mois de septembre, et voilà où je voulais en venir, car d’ici là je dois traverser six mois encore, six mois sans travail, six mois où il faut vivre, six mois où je voudrais mener à terme une oeuvre que j’ai en tête, une oeuvre de musique de chambre qui sera certainement de loin la meilleure que j’aurais imaginée.

Chère Princesse, ce que je vais vous demander maintenant, sachez  que j'ai retardé des semaines avant de vous en parler ; j'ai essayé cent combinaisons, cherché mille solutions, aucune n'était possible ni conforme à ce besoin d'honnêteté que je vous exprimais. J'avais tout de suite pensé à vous mais ce n'est que maintenant que je puis vous dire en toute sincérité qu'il n'y a qu'à vous que je puisse demander sans  fausse honte un geste qui sera autant un encouragement moral que le moyen matériel d'atteindre l'autre rive. Ce n'est ni un don ni une aumône que je désire, mais un emprunt que je m'engage sur mon honneur à vous rendre dans le courant de l'année prochaine. Je désirerais que cela reste absolument entre nous, mais je vous prierai d'accepter en témoignage de reconnaissance la dédicace de l'oeuvre que j'écrirai grâce à votre bonté. Et Princesse, je vous affirme de toute mon âme que vous aurez fait une action profondément bonne en offrant votre appui à un artiste qui a eu besoin déjà d'un grand courage pour lutter contre une détresse que la vie rend chaque jour plus poignante.

J’ai compté au plus juste, j’ai ma famille qui réclame beaucoup de soins à cause de mon petit qui est très délicat, et ma mère que je dois aider. Il faudrait pour que je puisse travailler en toute tranquillité cinq mille francs par mois jusqu’en septembre, somme que je m’engage, comme je l’ai dit, à rembourser en totalité l’année prochaine. Quelque chose me dit que vous voudrez bien faire l’effort que je viens vous demander avec tout mon coeur, que vous n’abandonnerez pas quelqu’un qui s’est appliqué à ne jamais tromper votre confiance, que vous serez fière de l’oeuvre qui répondra à votre geste. Le comité des festivals de Venise vient de m’écrire son désir de monter une nouvelle oeuvre de moi en septembre. Quelle joie ce serait pour moi de leur proposer justement cette oeuvre écrite pour vous honorer. Oserais-je avouer que j’attends votre réponse avec angoisse mais confiance ? Je crois que les choses obéissent à des lois secrètes, à des ressorts divins, et qu’il est juste que cette grandeur qu’il y a en vous permette à l’idéal de grandeur que je poursuis de s’épanouir avec un peu de paix. Je fais mille voeux pour votre santé, chère Princesse, et me signe, d’un coeur respectueux, votre Igor. 

Dear Winnie,

Il y a bien longtemps que je ne vous ai vue, et je ne cesse de penser à vous. J’ai la certitude que vous allez aller mieux, vous avez touché le fond de votre abîme, insensiblement le progrès va avoir lieu, l’avenir qui réserve quelque chose à tous les humains ne peut être vide pour vous pleine de vie, d’espoirs, d’imagination, de tendresse. Faites dire quand vous viendrez, votre vieille Anna.

Madrid, le 9 Debré 1918

Madame,

Je ne réponds qu'aujourd'hui à votre lettre du 16 novembre parce que je voulais pouvoir vous donner le projet de sujet pour la pièce. Je l'ai, enfin, trouvé réunissant à toute ma satisfaction les conditions que je crois nécesaires pour votre théâtre et pour mon travail.

Ce sujet, vous le trouverez en lisant le chapitre XXVI de la 2ème partie de Don Quijote : El Retablo de Maese Pedro (Le Tréteau de maître Pierre). Je suivrai le texte de Cervantès du commencement de la représentation - faite par des marionnettes sur un petit théâtre placé sur la scène. On supposera que les spectateurs cités dans le texte se trouvent devant le tréteau. On les entendra mais on ne les verra pas. C'est seulement à la fin que Don Quijote monte violemment sur la scène pour punir ceux qui vont à la poursuite de Melisendra et Don Gayferos, et la représentation finirait sur les paroles qu'il prononce (Don Quijote) à la gloire de la chevalerie. Je serai content de savoir que ce sujet vous plaît, comme je l'espère, et en attendant votre réponse - ainsi que celle que vous avez bien voulu m'annoncer au sujet des représentations en spectacle public - je vous prie, Madame, d'agréer mes hommages et de croire à mes sentiments bien respectueusement dévoués. Manuel de Falla.

Lagasca 119

8-10 avril 1889

Princesse,

Mes camarades du Comité et moi-même désirons bien vivement aller vous remercier dès que vous serez de retour de Bruxelles. Voudriez-vous bien nous accorder un instant vendredi, vers 1h1/2 ? Nous avons à coeur de vous offrir l’expression de notre reconnaissance afin de vous dire que, de l’avis général, le Concert de samedi a été le plus intéressant et le plus réussi que nous ayons eu depuis bien longtemps. Parmi nos auditeurs nous avions Mr Garcin, chef d’orchestre du Conservatoire qui m’a paru prendre bonne note de quelques noms de nos morceaux, et Tchaïkovsky également très satisfait.

Nous avons été stupéfiés par la nouvelle que Chabrier était à la soirée de la Présidence vendredi. Pourquoi pas à notre concert samedi, et pourquoi, surtout n’y avoir pas voulu figurer ? C’est là un mystère qu’il m’est impossible d’éclaircir !

Permettez-moi de vous remercier encore tout particulièrement et soyez bien assurée que j’apprécie très vivement vos bontés pour moi,

Votre très reconnaissant et très respectueusement dévoué.

Gabriel Fauré

Voudriez-vous me dire si vous pouvez nous recevoir vendredi à 1h1/2 ? J’espère que vous aurez eu une belle représentation à Bruxelles.