(1895 ? non daté)

mercredi.

Bien chère et bien-aimée Winnie,

J'ai lu les premières pages, les très belles premières pages de votre lettre, au risque de vous paraître ridicule, j'en ai été très ému, et, plein de joie, j'ai baisé le dernier mot qui termine cette partie de votre lettre ainsi : "Je vous écris mes pensées sans les examiner et les refroidir, - je sais que vous les comprendrez et les respecterez".

Merci pour les illustrations de Bob dans les "Gens chic". Je viens de parcourir en hâte les deux premiers chapitres, "Un beau mariage et L'allée des potins", il y a là une baronne en tabac d'Espagne qui attend son amoureux qui est étonnante. Les yeux (?) d'animaux m'amusent beaucoup. Ce livre m'a fait passer ce soir un bien bon moment. Je l'aborderai demain moins hâtivement.

Je continue à supporter assez bien ma cure. J'ai eu hier quelques petites agitations du pouls, difficultés au sommeil. Au reste, je ne dors pas bien, ici. Nous traversons une série de jours d'une chaleur étouffante et on est dévoré par de mauvaises grosses mouches qui m'ont déjà dévoré. Tenez-moi toujours bien au courant de vos changements de projets d'été.

Good bye, ma bien-aimée et chère unique Amie. Je vous embrasse bien tendrement et mets dans mes baisers tout ce que le sort m'a (illis) de joie et tout ce que je trouve de bonheur enfin sur le tard de ma vie.

A vous, Edmond.

31 décembre 1917.

Madame,

Malgré la guerre, vous n'avez pas cessé d'apporter à mon laboratoire une aide de pure bienveillance, alors que ceux qui en avaient la charge directe s'exemptaient de leurs obligations ; je ne pourrai pas oublier que c'est à vous que j'ai dû et que je dois encore d'avoir poursuivi mes recherches.

Je serais heureux de parvenir à donner à mes travaux tous leurs développements, car j'aurais la satisfaction de vous avoir exprimé ma reconnaissance de la façon qui vous serait la plus sensible.

Veuillez agréer, Madame, mes sentiments respectueusement dévoués,

E. Branly.

Très chère Winnie, j'étais inquiète. Je croyais que vous m'oubliiez. Un charmant télégramme me rassure. Mais vous êtes dans un pays où il fait bien mauvais temps !

C'est peu de dire que je me languis de vous. On ne ment pas sur un tel papier, - on n'oserait pas. Il est fait pour l'affirmation de grands sentiments absolus, indéformables et éternels. Il me convient donc tout à fait, ma très chère Winnie, quand c'est à vous que j'écris. Je vous embrasse, et vous suis toujours constamment attachée. Si vous le voulez bien, dites à Marie-Blanche et à Jean de Polignac que je suis de bon coeur leur vieille amie. Votre Colette

Laboratoire de Physique

74, rue de Vaugirard.

Madame,

Je vous remets ma récente communication à l'Académie des Sciences. Elle vous doit en grande partie sa terminaison heureuse. J'ai pu m'engager sans crainte dans de nouvelles dépenses et construire directement des appareils de précision dont j'avais besoin. Ce sont des recherches patientes, il en faut beaucoup de ce genre pour une compréhension un peu moins imparfaite des phénomènes naturels.

Je me permets d'y joindre un exemplaire de récepteur qui a permis les premiers essais de télégraphie sans fil, il vous rappellera votre généreuse intervention. Au point de vue du goût, son aspect présente quelques imperfections. Elles ne vous choqueront pas trop pour un modèle établi par un mécanicien de laboratoire.

Veuillez agréer, Madame, l'expression de mes sentiments reconnaissants et dévoués,

Edouard Branly

24 novembre 1912

Le manchon de bois doit être soulevé avec précaution.

Paris, ce 27 sept. 93

Ne sachant si cette lettre vous serait parvenue en l'adressant à Badenwailer  je prends le parti de vous l'adresser à Paris avec "faire suivre".

Merci des bonnes nouvelles, sauf celle de votre indisposition récente, est-ce que cette forte santé dont nous nous moquions un peu injustement (les deux malades) à Londres, commencerait à décliner ? Merci pour la bonne annonce du prochain retour.

Vous me flattez outre mesure en me décernant cet exceptionnel brevet de Bonté ; je ne sais si je le mérite, peut-être préférerais-je une pointe de perversité toujours moins banale ; maintenant c'est peut-être vous qui me l'inspirez, cette bonté, en tout cas je désire fermement que vous sachiez et sentiez près de vous (au milieu des torrents et ravins, des lacs bleus ou des Fêtes mondaines, et à travers les temps et les distances) toujours, le souvenir d'un attachement (raisonné et irraisonné) que rien ne pourra atténuer, je l'espère, et aussi attentif que fidèle.

Et vous me ferez grand honneur aussi en acceptant ce dévouement et cette dévotion ; je puis m'excuser en me disant qu'il est toujours bon de sentir qu'on n'est pas seul, et qu'il est bien rare et précieux de savoir que l'on se comprend ; quant à moi, je reconnais l'évidence de cette similitude de pensée à chaque instant. Constamment une parole dite par vous me revient, et je l'enregistre ; ainsi à Cordes, au piano, je venais de jouer "Am see" de Schubert, et vous m'avez dit :"Voici une pensée qui vient de nous être transmise intacte, intense comme au jour de son émission, et c'est le procès des progrès de la science moderne tant vantés, des machines, de la vapeur etc... qui se modifient et se détruisent".

Je vous appelle souvent à part moi la Clairvoyante à l'oeil bleu.

Avez-vous pris quelques pochades dans votre merveilleuse traversée des montagnes ? Je l'espère pour vous et pour nous.

J'ai vu hier Guy, à son passage. Je lui ai transmis votre souvenir. J'ai écrit un mot à Misia pour m'excuser d'avoir manqué ma visite à Tencin, je tiens à ne jamais mériter l'épithète de lâcheur. A bientôt j'espère ; votre bien affectueux et toujours constant Edmond.

Non daté                                                                                                      9, rue Alfred de Vigny

Votre charmante lettre m’a été au coeur, chère Princesse, comme tout mot affectueux qui me vient de vous. Ce que vous me dites de mon style musical me rend très fier et répond à ce que je voudrais qu’il fût ! Merci. Votre affectionné et respectueux

Reynaldo

Paris 23 janvier 1895

Mon cher Président (ce titre à seule fin de vous rappeler le concours musical de Lyon où je vice-présidais sous votre commandement en chef, ô joyeux Victorin, en compagnie du savant Gustinel, lequel fut fort marri d’avoir un Wagnérien pour collègue).

Blague à part,... hélas « je suis tout à fait incapable » (cette citation est-elle tirée d’un opéra de Wagner, je ne saurais le dire) de faire, même pour vous, ce que vous me demandez si gentiment - ce, pour plusieurs raisons dont la première est que pas plus que vous je ne connais les oeuvres d’Holmès...vous me direz qu’en ma qualité de professionnel, je devrais le connaître, mais, fait-on toujours ce qu’on doit dans cette p...de vie ?

Or, je ne connais de la dite Augusta que:

1° Un vieux prélude d’Héro et Léandre, joué il y a longtemps, très longtemps, à la Soc.Nat.

2° Plusieurs mélodies, interprétées à vomir par Madame de Trédern qui ne se préoccupait que de faire un sort érotique à chaque note, on cherchait le marlou...

3° Les Argonautes, chez Pasdeloup, vers 1878, je crois, çà date... et de cette audition, il ne me reste que deux souvenirs bien précis, le 3ème acte de Nana à l’Ambigu (je vous expliquerai çà un jour chez Kimkelmann, çà serait trop long ici) et une phrase dite avec obstination par les choristes - dames- , dans la 2ème partie (je crois) des Argonautes, ce vers était :

« Mets ton membre à l’eau !

« Mets ton membre à l’eau ! »

sur le rythme sautillant : citation musicale, portée)

On m’a affirmé depuis que dans le livret, il y a « Mêlons l’ombre à l’eau », mais je suis cependant sûr davoir entendu la susdite phrase.

Franchement, ces souvenirs très vagues, comme la mer Egée, peuvent-ils fournir le sujet d’un travail critique sérieux comme tout ce qui sort de votre plume, autorisée, ô chevalier Victorin ?

Je ne le pense pas.

Maintenant, je vous vois d’ici me demander, avec un certain air de reproche qui m’est sensible, je l’avoue, : « Mais pourquoi ne connaissez-vous pas autre chose de la bonne déesse Augusta ? »

Ah voilà - çà, je suis très embarrassé pour le dire - mais je vous le dirai tout de même, à vous.

C’est que, lorsque plusieurs productions d’un Monsieur ( ou d’une dame) ne me sont pas très sympathiques, (çà n'empêche pas les productions en question d’être bonnes) je n’éprouve pas le désir d’en connaître d’autres, c’est chez moi un vice honteux de conformation intellectuelle, je le reconnais ; ainsi par exemple, je suis persuadé que Madame Trélort connaît beaucoup plus de Widor que moi... cependant je ne veux pas comparer ce mâle du condor à la bonne Augusta, car j’estime infiniment plus celle-ci. Hein , ai-je assez développé ma première raison de ne pas vous donner de renseignements ?... je passe à la seconde qui a aussi sa valeur : c’est que Holmès ayant été réellement très gentille et très bonne camarade pour moi lors du Concours de la Ville qui donna le prix au « Chant de la cloche », car,c’est grâce à son interprétation très chaude que ma partition eut l’heur d’attirer l’attention des membres du Jury, je ne puis être impartial dans mon jugement sur ses oeuvres et, bien qu’ainsi que je vous l’ai dit, ce que j’en connais ne me soit pas très sympathique esthétiquement (j’aime tout de même mieux çà que du Pierné) je ne puis m’empêcher de sentir la reconnaissance glisser au bout de ma plume pour m’empêcher d’en dire du mal. Et maintenant, si vous persistez à me demander un avis que pour plusieurs excellentes raisons je ne puis pas vous donner, je ne pourrai que vous présenter sur elle un compte en partie double qui est, alors, bien réellement l’impression de ma pensée sur ce que je connais de ses oeuvres : Avoir

A/ Des aspirations d’un ordre élevé qui lui font dédaigner les petits succès faciles et chercher les vastes plans et les oeuvres longues.

B/ La ténacité dans l’exécution de ces vases plans, et c’est une réelle qualité, car combien de nos amis n’avons-nous pas vu tenter une grande oeuvre et s’arrêter, fatigués, au milieu de l’exécution ?

C/ La préoccupation de faire de l’art élevé et décoratif, ce qui pourrait absoudre les lâchages harmonqiues reprochés par Kerval.

D/ Son admiration profonde pour Franck qui ne fut pourtant que très peu son maître.

Débet

A/ Etant femme et manquant par nature de ce que les choristes Argonautiques voulaient voir mettre à l’eau, n’être préoccupée que de faire comme si elle en avait.

Résultat : des oeuvres grosses plutôt que grandes, avec des érections en baudruche  (probe pudor !)

Il y a un dénommé La Fontaine qui a parlé de çà sous le titre La Grenouille qui... mais pour Holmès, il faudrait choisir un exemple plus rapproché du boeuf que la grenouille (ne voyez aucune intention méchante dans ce que je dis là, je veux dire seulement qu’elle est aussi artiste et aussi haute de pensée que peut l’être une femme, mais que malgré tout cela, il lui manquera toujours quelque chose)

B/ Pas assez de discernement dans le choix de ses idées musicales qui sont malheureusement souvent peu distinguées, en raison du défaut précédent qui lui fait considérer la violence comme l’équivalent de la force, ce qui est cependant essentiellement différent, et alors, pour faire viril, elle fait commun. Même défaut dans son instrumentation où les timbres excessifs dans la sonorité sont toujours crûment employés (je ne parle que des oeuvres que je connais, bien entendu)

Pouvez-vous vous contenter de çà ? cher Monsieur Victorin,...j’en doute, mais très sincèrement, je ne puis en dire plus sur Holmès parce que d’abord je ne connais pas et qu’ensuite, si je connaissais et que tout me parût mauvais, je ne voudrais pas. Sérieusement, il y avait de bonnes choses dans les Argonautes, ou l’excessif empêchait souvent d’apprécier d’une façon juste, et il me semble qu’il est équitable de ne pas trop jeter la pierre à une artiste qui, en somme, a été en son temps l’équivalente de l’actuel Charpentier de la Vie du Poète, présentant les mêmes qualités et les mêmes gros défauts, avec cette circonstance atténuante qu’elle était femme et manquait en conséquence de secrétions productives. Ca sera peut-être très bien à l’Opéra. Avec mes regrets de ne pouvoir vous fournir plus de matière, croyez, chère Madame Victorin (c’est un joli nom d’ouvreuse) à mes plus amicaux sentiments. Vincent d’Indy Guérissez-vous vite !

(La page 1 manque)

... lorsque je me suis présenté chez vous, tout ceci n'aurait pas existé devant deux minutes d'entretien.
Si vous voulez bien, Madame, ne pas me faire un grief de ce malentendu qui me peine infiniment, je me permettrai de me rendre chez vous lundi à 1h 1/2 sauf contrordre de votre part.
Veuillez, Madame, agréer l'expression de mon respect et de mon regret

Alfred Cortot.

La Maison du Sage 72, cours du Parc Dijon

Princesse,

Il n'y a point de ma faute dans mon retard à vous donner satisfaction. Le lendemain du jour où j'ai eu le grand plaisir d'être reçu par vous, j'ai été pris par une grippe violente qui se termine à peine après un mois de réclusion et de maladie fort désagréable. Du coup, j'ai été privé d'aller entendre Bach chez vous - ce qui me fut cruel- et dans l'impossibilité d'atteindre M. Guillet. D'autre part, ces jours-ci il mariait son fils fêtait un centenaire de son Ecole : il ne m'a pas paru que ce fussent des circonstances propices pour lui faire par écrit une communication en somme assez délicate. Je compte toutefois, ce vent de fêtes ayant passé, lui écrire cette semaine. C'est vous dire que j'espère bien aussi que vous aurez satisfaction prochainement.

J'espère que plus heureuse que nous, vous aurez commencé l'année sans ennuis de santé. Ma femme et moi vous envoyons nos voeux et je vous demande encore de croire à mes dévoués et très sympathiques sentiments.

E. Estaunié

Littré 05 34                                                                                                     3, impasse Valmy

 16 janvier 1931                                                                                                46, rue du Bac

 

 Chère Princesse,

C'est une grande joie pour nous tous qui avons pour vous une admiration sincère et une affection profonde que vous ayiez été décorée. Et nous en sommes reconnaissants à notre gouvernement. Vous avez tant fait pour la France, et pour sa musique et pour ses sciences que l'on vous devait bien ça ! Mais il fallait le reconnaître ; il est bien heureux que ce soit fait. J'ai eu le plaisir de dîner à côté de vous le soir du jour où vous aviez fait une donation pour notre hellénisme ; je n'ai jamais oublié votre joie, votre enthousiasme, la manière dont vous parliez de la Grèce ; ce soir, j'ai commencé d'avoir pour vous ces sentiments de respect ému qui me rendent aujourd'hui si content pour vous. Donc servir la France et l'art comme vous l'avez fait, avec tant d'amour, c'est s'assurer une place dans la mémoire des êtres et notre reconnaissance se matérialise aujourd'hui.

Chère Princesse, je vous écris tout cela parce que je sais bien que je ne vous le dirai jamais de vive voix.

Ma femme se joint à moi pour vous adresser nos félicitations et vous assurer de nos sentiments bien dévoués

Edmond Jaloux.