(sans date)

Vendredi.

Bien chère Winnie,

Je veux trouver un moment pour vous écrire au travers d'une journée très occupée. J'ai dîné hier chez Frankie, Doasan pour convive. J'ai donné de vos nouvelles en citant quelques unes de vos bonnes saillies, qui ont toujours grand succès. Vous voyez, comme vous semblez le croire, que je ne suis pas seul à vous goûter.

Je vous écris du Jockey au milieu d'une atmosphère épaissie par les bêtises des conversations qui s'entrecroisent et m'étourdissent.

J'ai eu la visite de Melchior ; il m'a apporté un livre de Léon Daudet où il est beaucoup question de mon père, on commence de plusieurs côté à lui reconnaître une portée d'esprit élevée et de grandes vues politiques, on y revient.

Vous devez assister en ce moment aux curieuses processions de Séville. J'espère que cela ne vous ennuira pas trop de conter, par le menu, au retour, vos précieuses impressions à votre vieux, fidèle,dévoué.. unique Poivreau... Je dis unique parce qu'il est le seul à vous aimer comme il vous aime. Toutes les tendresses profondes de votre Edmond.

Granada, le 20 février 1923

Princesse Ed. de Polignac

Chère Madame,

Je vous remercie de votre aimable réponse à ma lettre dernière et serais heureux de savoir que vous vous trouvez tout à fait rétablie.

Les auditions du Retablo à la Sté Philarmonique de Séville auront lieu le 23 et le 24 mars, et nous faisons des voeux pour qu'elles soient honorées de votre présence.

J'ai dû envoyer à Séville la première copie de mon manuscrit pour l'étude de la partie chantée. Maintenant je m'occupe de faire la copie de la partition d'orchestre, dont j'ai également déjà envoyé une bonne partie. N'ayant personne à m'y aider, et malgré que j'occupe tout mon temps dans ces travaux, il ne me sera pas possible - bien à mon regret - de faire la nouvelle copie avant le mois prochain. Mais, si comme je le souhaite si sincèrement, vous venez à Séville, je ferai tout mon possible pour la terminer à la date de la première audition. De toute façon, j'aurai le plaisir de vous envoyer dans quelques jours une copie du livret qui vous permettra de voir tout ce qu'il faut pour la représentation au point de vue scénique.

La date de votre projet de représentation chez vous me semble excellente, car j'espère me trouver au mois de mai à Paris, et, peut-être, il ne me sera pas possible d'y retourner qu'un an après. En ce qui concerne le long retard souffert par la composition de cet ouvrage (indépendamment des soins exigés par ma santé et de toutes les raisons que vous connaissez) la cause a été le développement inattendu pour moi-même - je parle au point de vue travail - d'un ouvrage commencé avec l'intention de faire un simple divertissement. Tel qu'il est maintenant, il représente, peut-être, parmi mes ouvrages, celui où j'ai mis plus d'illusion.

Je vous prie, Princesse, d'agréer tous mes hommages très respectueusement dévoués,

Manuel de Falla.

mercredi (1897 ou 98 ? non daté)

Dear Winn

Merci des détails écrits en du gaulois (?) qui m’a donné un aperçu très complet de la Fête. Un des plus jolis numéros pour moi eût été de voir votre tête entre celles de vos deux dîneurs.

J’ai trouvé ici Le Figaro, merci d’avoir pensé à me l’envoyer. Je suis heureux que le dîner à Puteaux fut réussi. J’ai envoyé le prix de ma cotisation que ce carotteur de secrétaire ne manque jamais de m’adresser, moi qui n’y mets jamais les pieds, mais je tiens à en être puisque cela facilite à Madame Bibi quantité de faux en mon nom.

Vous devez être dans le coup de feu du départ. Je crains bien en effet que les détails du confort de la vie ne soient très sommaires à Bayreuth. Ce qui doit être à redouter surtout, cela doit être la mauvaise qualité des lits.

Je ne suis pas bien content de ma cure quant à l’eczéma ; je n’ai pas retrouvé la vertu sédative de l’année dernière, il faut dire que ma maladie à Paris avait totalement supprimé l’eczéma qui naturellement a reparu avec violence dès mon retour à la santé, je suis donc venu ici en moins bon état que l’année dernière, mais je vais très bien quant au reste. L’état général est meilleur, j’ai un très solide appétit.

En réponse à votre question, je ne pourrai pas être à Bayreuth avant le 26, c’est-à-dire pour la deuxième série, vous pourrez donc rendre à M. ? mes quatre premières places, à moins que vousn’en disposiez pour un amateur, ce qui me fera rentrer dans les premiers frais, de quatre vingt francs.

Je suis retardé par une suspension de cure forcée de deux jours. Je prendrai vingt-deux bains. Je resterai un jour à Genève et peut-être, si la Princesse est à Amphion irai-je lui faire une visite de deux jours ; de là je m’élancerai  par Bâle, Wurzbourg,Nuremberg,  vers le Palais de Fantaisie.

Merci bien-aimée chérie Winn, de tes tendresses, vous êtes tout pour moi et je suis bien fier d’être pour un peu dans votre vie. Je t’aime bien tendrement et t’embrasse comme je t’aime. ton Edmond.

Très chère Princesse,

Quel plaisir vous m’avez fait avec votre si gentil mot ! Certainement, avec joie, je vous ferai entendre le même soir mon Octuor.

Je viendrai le 23 avril à Paris, où je dirige le spectacle de mon Histoire du Soldat* - le 27 - J’espère vous y voir - nous causerons alors pour organiser cette exécution de l’Octuor.

En attendant, je vous prie, chère Princesse, de trouver ici l’expression de ma fidèle amitié et de ma grande admiration

Votre Igor Stravinsky

*Théâtre des Champs-Elysées

Biarritz "Les Rochers",  2 mars 1924 

157, boulevard Haussmann

Princesse,

J’ai trouvé en revenant de la campagne le plus charmant souvenir.

Votre pensée me touche tellement, tellement...

Et me plaçant résolument à un plan inférieur, je veux tout de suite ajouter que ce cadeau me cause un pénétrant plaisir.

Depuis si longtemps, je cherchais un cachet qui pût demeurer en évidence sur une table de laque. Et je ne rencontrais que des objets de forme odieusement utilitaire et enrichis de ces mélancoliques petits attributs d’un goût exquis, de couleur hideuse, qui, aux heures de grand abattement prennent une apparence si étrangère, si hostile et semblent narguer notre misère intérieure.

Mais vous, Princesse, avec la sûreté du génie, vous avez su, et sans une hésitation, je le jurerais, choisir un cachet de rêve, transparent, pur, ailé, une petite vision d’artiste fixée dans le verre.

Je sens que je considérerai toujours avec une profonde confiance, avec beaucoup d’amitié émue ce petit illi d’air qui voudrait je crois s’envoler par-dessus les toits et arriver en même temps que les lettres d’amour, pour sceller les serments éphémères , qui bouillonnent sous l’enveloppe et sous la cire.

Princesse, je suis désespéré de n’être pas libre dimanche, mais, si vous me le permettez, je vous téléphonerai et vous demanderai de m’accorder prochainement la joie de causer avec vous. Je vous supplie de croire, je veux que vous sachiez que je vous admire profondément pour tout ce que vous valez et que tout le monde reconnaît, pour tout ce que vous pouvez être et qui est si beau et si émouvant et que je sais. Souffrez, Princesse, que je mette à vos pieds l’hommage de ma fidèle amitié consciente (?) et toute dévouée et de mon respect profond.

Henry Bernstein

Hélas! hélas!...  Heureux ceux qui ont un coeur fidèle : je les jalouse. (Ceci est une confidence attristée et que vous garderez pour vous, je le sais)

Granada, le 10 janvier 1923

Princesse Ed. de Polignac

Chère Madame,

La réduction pour piano de la partition du Retablo de Maese Pedro étant - enfin! - terminée, j'espère pouvoir vous en envoyer la copie que je suis en train de faire dans les premiers jours du mois prochain.

A cette occasion, je me permets de vous prier de bien vouloir accepter la dédicace de cette musique faite à votre intention, l'honorant de votre nom.

La Sociedad Filarmonica de Sevilla a l'intention de faire une audition avec voix et orchestre du Retablo (sans représentation, bien entendu) au mois de mars, et bien que vous m'avez donné toute liberté pour les auditions en concert de l'ouvrage, je ne voudrais consentir à celle-ci (malgré ma vive reconnaissance au désir de mes amis de Sevilla) que dans le cas où vous n'y auriez le moindre inconvénient.

Combien je serais heureux si vous pouviez assister à cette audition ! J'en ai quelque espoir, me rappelant de votre intention de faire un voyage en Andalousie. L'époque serait tout à fait favorable : quelques jours avant la Semaine Sainte.

C'est entendu - je me permets de vous le dire encore - qu'il n'y aurait pas de représentation scénique de l'ouvrage, bien que celle-ci entrait dans les premières intentions de la Filarmonica de Sevilla. A propos de la représentation et à conséquence d'un petit essai de théâtre de marionnettes que nous venons de faire ici à Granada, je pense que (le cas arrivé) nous pourrions faire jouer l'ouvrage exclusivement par des marionnettes, les trois voix se mêlant au petit orchestre. Cela faciliterait beaucoup la représentation et même l'effet serait peut-être meilleur qu'en mêlant le jeu des artistes à celui des marionnettes du Retablo.

Je vous envoie ci-joint un programme (imprimé en style populaire andalou) de la fête pour enfants dont je viens de vous parler.

Je vous prie, Princesse, d'agréer tous mes respectueux hommages et de croire à mes sentiments très dévoués Manuel de Falla

Avec mes meilleurs voeux pour 1923 ! J'ai l'intention d'aller à Paris au printemps prochain.

(Fin août 1901 ? non daté)

Chère Princesse,

Je n'ai pu vous voir qu'une minute et je voudrais pouvoir parler pendant des journées entières avec vous de celui qui restera si profondément et si tendrement regretté.

Je n'ai pu vous dire encore quel vide je devine pour vous, et quel chagrin, quand je pense à tout ce que je ressens pour moi-même.

J'ai prié Mme Maddison de vous raconter toutes les difficultés que j'ai rencontrées ce matin. Je n'ai pas pu faire la millième partie de ce que j'aurais voulu malgré l'orgue nul dont je disposais, et les chanteurs de Saint-Germain ont été réduits également dans leurs projets. La routine l'emporte toujours !

Voudriez-vous me donner de vos nouvelles, ou m'en faire savoir ? Vous pouvez être sûre que je penserai à vous bien, bien souvent, et toujours avec la plus profonde, la plus sincère, la plus dévouée et reconnaissante affection, avec les mêmes sentiments que j'éprouvais pour notre cher Prince Edmond.

Tout à vous toujours

GabrielFauré.

Notre amie qui vous est de tout coeur, de toute âme, dévouée, et qui ressent si vivement la perte que nous faisons tous, m'a paru bien fatiguée aujourd'hui. Imposez-lui de se reposer un peu et de se soigner la gorge malade, je vous en prie ! Vous savez combien elle vous est attachée et combien elle veut vous aider dans ces si tristes jours ! mais forcez-la un peu à un repos nécessaire !

Paris 8 avril 1888.

Madame la Princesse,

Je n’ai pas trouvé ces Lureau. Mais je sors de chez Melchissedec qui persiste à me conseiller Melle Ploux. Or, elle joue demain le Prophète, cette demoiselle (rôle de Bertha) ; j’irai l’entendre, et mardi, à 2h, si cela ne vous gêne pas, je viendrai vous dire ce que j’en pense.

Toutefois, comme le retard apporté par les Lureau pourrait devenir préjudiciable à la bonne interprétation de l’ouvrage, & que le temps passe, je crois (et ce serait notre dernière limite) qu’il serait prudent de prendre comme jours les mardi 15 et 22 ; le jeudi 10, c’est l’Ascension, c’est-à-dire un mauvais jour ; beaucoup de personnes partent pour qq jours à leur campagne ou à celle des autres ; alors, il me semble préférable de remettre, d’une manière tout à fait définitive, aux 15 et 22 mai. Mardi, vous voudrez bien me dire si vous adoptez cette proposition.

Veuillez, Madame la Princesse, présenter à Monsieur de Scey mes meilleurs compliments et agréer l’hommage de mon respectueux dévouement

Emmanuel Chabrier

13 avenue Trudaine

Voeux

pour la Princesse

Edmond de Polignac

 

Princesse,

Ainsi que les pédicures habiles

de notre poésie préférée

j'aimerais me rendre à domicile

vous faire mes voeux de bonne année.

Bonne année! bonne année !

Minuit va sonner,

minuit sonne,

hélas ! Je ne puis en personne

vous remercier, vous embrasser,

vous dire : « je vous aime »,

puisque vous êtes partie,

('à quelle heure ? Quelle nuit ?)

me laissant blême

de jalousie

pour passer le nouvel an

dans le midi naturellement.

 

Ô fureur ! Ô rage !

Comme un oiseau dans sa cage,

ou comme un écureuil,

je tourne en rond,je piétine

en imaginant le paysage,

la plage (ô doux écueil

des poésies latines,

ô douce patrie des chanteurs)

ou vous passez loin de moi cette heure

des baisers et des voeux de bonheur.

 

Etre à minuit dans le midi,

pourquoi m'avoir fait cela ?

N'y a-t'il vraiment sur terre

d'autre endroit que celui-là

pour à minuit

lever son verre ?

N'y a t'il pas Verrières ?

Etre à minuit dans le midi !

Ah pour ne pas pleurer je ris !

 

A Verrières ce soir

les roses de fin d'année

sont les fées du noir

jardin, au bord des allées.

Un oiseau de nuit

vient de chanter minuit.

C'est un solitaire des espaces

tout chargé de souvenirs,

un valseur aux ailes lasses

d'avoir trop aimé le plaisir

de ses ailes, et qui sur ma fenêtre posé

regarde celle

qui va oser

sourire aux jours blancs de l'avenir.

 

Oiseau, bel oiseau,

fleurs d'hiver aux coeurs pleins d'eau,

parlez pour moi, portez mes voeux,

aidez mon coeur malheureux

à se faire entendre.

Dites lui que ma pensée est tendre,

et constante et fidèle ;

volez pétale, volez oiseau à tire d'aile.

 

Louise de Vilmorin

1er janvier 1937

Verrières.

Giverny par Vernon Eure

Madame,

Je viens vous remercier de l'envoi des cinq mille francs que Sargent m’a transmis de votre part et vous dire en même temps combien je suis heureux et flatté que mon tableau vous plaise. Sargent m'a fait part de votre désir de participer à la souscription que nous faisons entre amis et admirateurs de Manet pour acheter son Olympia, et l'offrir au Louvre. C'est très aimable à vous, Madame, et je vous en remercie au nom des organisateurs de la souscription et au mien. Vous priant de me faire savoir le plus tôt possible pour quelle somme je dois vous inscrire, agréez, Madame, l'expression de mes sentiments distingués

Claude Monet

22 juillet 89. 

PS. Je vous enverrai la liste des premiers souscripteurs.