Montjoye,

Rambouillet

Seine et Oise                                                                              Le 29 juin

 

Ton mot aimable et spirituel a été, par moi, communiqué à la maîtresse de cette maison qui t'y a reconnu. Le mari n'a pas eu le temps d'apprécier le charme de ton esprit tu le lui pardonneras en raison de ses laborieuses préoccupations. Suivi d'un valet de chambre tapissier qu'il a ajouté à son personnel, il parcourt du matin au soir les appartements décrochant et accrochant les rideaux ou les tentures et étudiant avec "anxiété" les plis plus ou moins solennels qui résultent du nouvel accrochage - puis il fait comparaître successivement chacun de ses serviteurs et les interroge sur l'effet produit par son opération. Inutile de te dire qu'ils s'écrient toujours : " Monsieur vous avez raison." La propriété est toute petite. La maison a été reconstruite par les La Tremoïlle - puis habitée par la Baronne de Santos qui l'a vendue à Madame Standish. La maison se compose de grands et petits morceaux, vaste salle à manger- une pièce grande comme les trois grandes qu'elle contient - très confortable - fraîche en été chaude en hiver - au paté qui contient les pièces monumentales est accolé une petite maison avec des chambres suffisantes. J'habite à vingt pas du monument un petit pavillon qui gît aux pieds d'un énorme réservoir. Ce réservoir contient les eaux que lui amène une machine à vapeur construite dans la vallée. Le tout est baroque, fantasque, décousu - très confortable -très soigné dans le détail par Madame Standish - beaucoup de roses partout. Dedans et dehors - placé sur une hauteur, en très bon air, et à petite distance d'Esclimont, de Bonnelles, de Dampierre et de Rambouillet. Standish flanqué de son élève tapissier y joue les Lords à la jubilation des habitants de ce Palais. Seuls, le Prince et la Princesse de Galles manquent à son tableau. Inutile d'ajouter qu'aucun gibier ne fréquente dans le parc ou jardin planté d'arbres.Le père d'Escars venu récemment s'est écrié en arrivant : mais c'est une mosquée !! - Je partirai prochainement pour faire à Marienbad ma saison contre les rhumatismes - Veinard ! tu en es dépourvu - du Lau revient de Londres où il a béni les Aoste.

Sur ce je te la souhaite à tes souhaits

amitiés

Galliffet

 

Vendredi . (sans date)

Mes excuses au Royaume-Uni pour ce papier beurre-frais, nous ne sommes pas encore en deuil de Loubet de ce côté-ci de l’eau.

Dearest Winn,

j’espère que votre traversée aura été bonne en dépit des pronostics du New-York Herald.

Je ne vous ai pas écrit, étant encore ravagé par mon fléau dentaire ; aujourd’hui, ma vieille mâchoire s’est un peu améliorée. Je n’ai guère d’aliment à donner à ma correspondance en fait de nouvelles. Je ne vois personne et poursuis patiemment mon petit labeur quotidien par habitude et par conscience. J’espère que vous aurez l’occasion de voir le Défilé Funèbre de samedi. Avez-vous eu, en fin de compte, votre flirt épileptiforme pour vous aider à l’installation du bord ; la désarticulation doit être incessante et inquiétante dans les cahots de la traversée.

Bien chère Winn, ma tendresse et mon vieux souvenir vous suivront à Paignton, pensez-y un peu à moi qui vous aime si profondément et chaque jour davantage. Tendresses à Paris, à tous les siens et les vôtres.

Je t’embrasse de tout mon coeur. Edmond.

Granada, le 10 janvier 1923

Princesse Ed. de Polignac

Chère Madame,

La réduction pour piano de la partition du Retablo de Maese Pedro étant - enfin! - terminée, j'espère pouvoir vous en envoyer la copie que je suis en train de faire dans les premiers jours du mois prochain.

A cette occasion, je me permets de vous prier de bien vouloir accepter la dédicace de cette musique faite à votre intention, l'honorant de votre nom.

La Sociedad Filarmonica de Sevilla a l'intention de faire une audition avec voix et orchestre du Retablo (sans représentation, bien entendu) au mois de mars, et bien que vous m'avez donné toute liberté pour les auditions en concert de l'ouvrage, je ne voudrais consentir à celle-ci (malgré ma vive reconnaissance au désir de mes amis de Sevilla) que dans le cas où vous n'y auriez le moindre inconvénient.

Combien je serais heureux si vous pouviez assister à cette audition ! J'en ai quelque espoir, me rappelant de votre intention de faire un voyage en Andalousie. L'époque serait tout à fait favorable : quelques jours avant la Semaine Sainte.

C'est entendu - je me permets de vous le dire encore - qu'il n'y aurait pas de représentation scénique de l'ouvrage, bien que celle-ci entrait dans les premières intentions de la Filarmonica de Sevilla. A propos de la représentation et à conséquence d'un petit essai de théâtre de marionnettes que nous venons de faire ici à Granada, je pense que (le cas arrivé) nous pourrions faire jouer l'ouvrage exclusivement par des marionnettes, les trois voix se mêlant au petit orchestre. Cela faciliterait beaucoup la représentation et même l'effet serait peut-être meilleur qu'en mêlant le jeu des artistes à celui des marionnettes du Retablo.

Je vous envoie ci-joint un programme (imprimé en style populaire andalou) de la fête pour enfants dont je viens de vous parler.

Je vous prie, Princesse, d'agréer tous mes respectueux hommages et de croire à mes sentiments très dévoués Manuel de Falla

Avec mes meilleurs voeux pour 1923 ! J'ai l'intention d'aller à Paris au printemps prochain.

8-10 avril 1889

Princesse,

Mes camarades du Comité et moi-même désirons bien vivement aller vous remercier dès que vous serez de retour de Bruxelles. Voudriez-vous bien nous accorder un instant vendredi, vers 1h1/2 ? Nous avons à coeur de vous offrir l’expression de notre reconnaissance afin de vous dire que, de l’avis général, le Concert de samedi a été le plus intéressant et le plus réussi que nous ayons eu depuis bien longtemps. Parmi nos auditeurs nous avions Mr Garcin, chef d’orchestre du Conservatoire qui m’a paru prendre bonne note de quelques noms de nos morceaux, et Tchaïkovsky également très satisfait.

Nous avons été stupéfiés par la nouvelle que Chabrier était à la soirée de la Présidence vendredi. Pourquoi pas à notre concert samedi, et pourquoi, surtout n’y avoir pas voulu figurer ? C’est là un mystère qu’il m’est impossible d’éclaircir !

Permettez-moi de vous remercier encore tout particulièrement et soyez bien assurée que j’apprécie très vivement vos bontés pour moi,

Votre très reconnaissant et très respectueusement dévoué.

Gabriel Fauré

Voudriez-vous me dire si vous pouvez nous recevoir vendredi à 1h1/2 ? J’espère que vous aurez eu une belle représentation à Bruxelles.

(juillet (?) 1891 ? non daté)

Chère Princesse

Je n'aurais jamais cru que j'aurais à ce point la nostalgie de l'Italie ! Mon esprit se promène toujours en gondole dans une barcarolle ininterrompue ! Cela est fort triste car rien ne ressemble moins à une barcarolle que mes occupations et rien n'est plus dissemblable que la Madeleine et l'Eglise des Frari! J'en arrive à ne plus même vous parler de ce délicieux passé tant je sens que nos autres compagnons ne sont plus à l'unisson. Leurs esprits, probablement plus actifs que le mien, se contentent des éléments ordinaires que chaque jour leur apporte. Je leur envie cette faculté d'attendre une distraction de chaque heure nouvelle au lieu de s'enfoncer à plaisir dans des regrets stériles ! Mais ce qui me paraît le plus cruel c'est la constatation absolue qu'aucun de vous n'est resté complètement le même. Tous vous avez changé plus ou moins. Pour vous qui avez mille soucis et qui avez traversé de véritables ennuis, ce petit changement s'explique trop, hélas ! Et combien je voudrais qu'il fût en mon pouvoir de dissiper toutes vos pénibles préoccupations!

i je ne vous en parle jamais ne croyez pas que je n'y pense pas sans cesse ? Malheureusement je n'y puis que penser, ce qui ne vous est que d'un bien mince secours ! Revenez : nous ferons beaucoup de musique. Cette semaine j'en ai entendu énormément. Trois symphonies de Beethoven entre autres. Cela c'est déconcertant tant çà reste puissant et gigantesque ! La musique qui contient véritablement de la musique devient de plus en plus rare et je suis plus résolu que jamais à tâcher d'en mettre dans tout ce que j'écrirai. Mes contemporains sont trop enclins à se contenter de l'effet orchestral !

Adieu, chère Princesse, et à bientôt n'est-ce-pas ?

Votre tout dévoué et profondément affectionné Gabriel Fauré.

Les Roger Jourdain reviennent à Paris dans deux ou trois jours.

Fourques 1935-

Princesse,

Laissez-moi vous dire ma longue et profonde et respectueuse tendresse, faite de souvenirs du coeur, tous précieux et forts.

votre Jean Cocteau

Paris, 11 rue Soufflot,

2 juin 1929.

Princesse,

Le jour où j'ai eu l'honneur de vous être présenté, vous m'avez dit qu'il vous serait agréable d'être renseignée avec quelque précision sur l'appareil dont les biologistes du Collège de France souhaitent si vivement être pourvus. En conséquence, deux d'entre eux, M. André Mayer, directeur du laboratoire d'Histoire naturelle des corps organisés, et M. Henri Piéron, directeur du laboratoire de Physiologie des sensations, se sont mis en devoir de composer une notice sur l'oscillographe cathodique et son emploi en biologie. 

La rédaction en a été entravée par diverses corconstances accidentelles ; mais il n'y avait pas péril en la demeure, car le Ministre des Finances et le Ministre de l'Intérieur n'ont pris que la semaine dernière les dispositions requises par les articles 17 et suivants du Décret : en sorte qu'il nous a été impossible jusqu'ici d'informer officiellement l'Administrateur du Collège de France de la décision prise par le Conseil et de la communiquer au public.

Enfin, toutes les formalités administratives sont aujourd'hui remplies, et j'ai reçu, tirée à une trentaine d'exemplaires, la notice désirée. J'en adresse un exemplaire à chacun des membres du Conseil d'Administration, et vous en recevrez une dizaine en même temps que la présente lettre. Je garde les autres à l'intention des chroniqueurs scientifiques qui auront prochainement l'occasion de parler de la Fondation Singer-Polignac dans les revues ou les journaux.

Je souhaite, Princesse, que cette notice vous satisfasse et qu'elle vous donne le juste sentiment du grand bienfait dont la science française vous sera redevable. Ce que je puis en tous cas attester, c'est la joie qu'ont ressentie mes collègues quand ils ont appris la belle nouvelle. Le Collège de France doit célébrer dans un an, au mois de juin prochain, le 4ème centenaire de sa fondation par le roi François 1er, et des savants venus des quatre coins du monde participeront à ces fêtes. Nous serons fiers de montrer à nos hôtes étrangers, comme un rare joyau, le bel appareil, tout nouvellement installé, dont la Princesse Edmond de Polignac aura doté notre vieille maison.

Veuillez agréer, Princesse, l'hommage de mon très profond respect.

Joseph Bédier

Bien chère Princesse,

e vous remercie bien sincèrement de vos si bonnes lignes. En même temps que votre lettre, je reçois un mot de Jean Cocteau, me disant que Melle Chanel, absente depuis quelque temps, rentre à Paris dans une semaine. Comme il préfère lui exposer la besogne verbalement, cela a dû traîner un peu. Il ajoute qu’il a bon espoir et que les choses s’arrangeront selon ses désirs.

Ce qui presse surtout en ce moment, c’est de retenir les solistes et le choeur, chose qui peut être faite heureusement dès maintenant, grâce à votre garantie généreuse. L’avocat André Aron dont je vous avais parlé dernièrement nous donnera un coup de main pour toutes les questions d’organisation. Je vous serai donc très reconnaissant, chère Princesse, de mettre entre ses mains la somme de 20 mille francs que vous avez eu la grande bonté de nous offrir. Son adresse est : 68 quai des Orfèvres.

C’est avec la plus grande joie que me mettrai au piano pour exécuter Oedipe, avec les solistes et le choeur, en avant-première chez vous. Je compte être à Paris les premiers jours de mai, et nous allons fêter avec vous le jour qui vous conviendra le mieux.

Encore et encore mille mercis chère grande Amie, croyez-moi votre très fidèle

Igor Stravinsky

Nice, le 23 mars/27 

Nice, 167 Bd Carnot

 

le 26 -12-25

Ma chère grande amie,

J’ai hâte d’avoir de vos nouvelles. Comment était la traversée ? Comment allez-vous ?

Je vous envoie, avec ces lignes, mes voeux les plus sincères pour la nouvelle année. Croyez-moi, chère Princesse, votre profondément dévoué

Igor Stravinsky