Genève, 3 février (1931)

51 Ch. de la Roseraie

Chère Madame,

Je dois, hélas, revenir vous entretenir de mes concerts des 20 et 24 février aux Champs-Elysées. Je les ai entrepris avec l’assurance d’une part de Mme Victoria Ocampo, d’autre part de Melle Chanel, qu’elles en garantiraient la réalisation financière. Or Mme Ocampo m’a bien envoyé la somme qu’elle m’avait promise, mais Melle Chanel ne répond pas à mes rappels et je me trouve de ce fait dans une situation extrêmement critique. Il faut que je trouve une somme de 30 à 50. 000 francs à très bref délai pour faire face aux engagements que j’ai pris. Est-ce que vous consentiriez à m’aider à réaliser cette somme ?

Je puis ajouter que je ne tirerai aucun profit matériel quelconque de ces concerts. En voici en gros les données:

orchestre                50. 000

choeurs                  20. 000

salle, matériel      15. 000

publicité                 35. 000

cachet Stravinsky 25. 000

         dépenses  145.000

recettes possibles 152. 000 -

Théoriquement ils pourraient se solder. Pratiquement on peut prévoir un déficit de 50 à 70. 000 -

Et d’autre part, je dois fournir près de 100. 000 francs d’avance.

Comme vous vous intéressez sans doute à ce qu’on puisse donner à Paris la Symphonie des Psaumes, ainsi que les 4 Etudes et le Capriccio, je me permets de vous prier de me venir en aide, me trouvant abandonné par l’une de mes commanditaires au moment de la réalisation du projet.

Dans l’espoir de votre réponse, je vous prie de croire, chère Madame, à mes sentiments respectueux et dévoués,

E. Ansermet.

Littré 05 34                                                                                                     3, impasse Valmy

 16 janvier 1931                                                                                                46, rue du Bac

 

 Chère Princesse,

C'est une grande joie pour nous tous qui avons pour vous une admiration sincère et une affection profonde que vous ayiez été décorée. Et nous en sommes reconnaissants à notre gouvernement. Vous avez tant fait pour la France, et pour sa musique et pour ses sciences que l'on vous devait bien ça ! Mais il fallait le reconnaître ; il est bien heureux que ce soit fait. J'ai eu le plaisir de dîner à côté de vous le soir du jour où vous aviez fait une donation pour notre hellénisme ; je n'ai jamais oublié votre joie, votre enthousiasme, la manière dont vous parliez de la Grèce ; ce soir, j'ai commencé d'avoir pour vous ces sentiments de respect ému qui me rendent aujourd'hui si content pour vous. Donc servir la France et l'art comme vous l'avez fait, avec tant d'amour, c'est s'assurer une place dans la mémoire des êtres et notre reconnaissance se matérialise aujourd'hui.

Chère Princesse, je vous écris tout cela parce que je sais bien que je ne vous le dirai jamais de vive voix.

Ma femme se joint à moi pour vous adresser nos félicitations et vous assurer de nos sentiments bien dévoués

Edmond Jaloux.

Fourques 1935-

Princesse,

Laissez-moi vous dire ma longue et profonde et respectueuse tendresse, faite de souvenirs du coeur, tous précieux et forts.

votre Jean Cocteau

Madrid, le 9 Debré 1918

Madame,

Je ne réponds qu'aujourd'hui à votre lettre du 16 novembre parce que je voulais pouvoir vous donner le projet de sujet pour la pièce. Je l'ai, enfin, trouvé réunissant à toute ma satisfaction les conditions que je crois nécesaires pour votre théâtre et pour mon travail.

Ce sujet, vous le trouverez en lisant le chapitre XXVI de la 2ème partie de Don Quijote : El Retablo de Maese Pedro (Le Tréteau de maître Pierre). Je suivrai le texte de Cervantès du commencement de la représentation - faite par des marionnettes sur un petit théâtre placé sur la scène. On supposera que les spectateurs cités dans le texte se trouvent devant le tréteau. On les entendra mais on ne les verra pas. C'est seulement à la fin que Don Quijote monte violemment sur la scène pour punir ceux qui vont à la poursuite de Melisendra et Don Gayferos, et la représentation finirait sur les paroles qu'il prononce (Don Quijote) à la gloire de la chevalerie. Je serai content de savoir que ce sujet vous plaît, comme je l'espère, et en attendant votre réponse - ainsi que celle que vous avez bien voulu m'annoncer au sujet des représentations en spectacle public - je vous prie, Madame, d'agréer mes hommages et de croire à mes sentiments bien respectueusement dévoués. Manuel de Falla.

Lagasca 119

(6 juillet 1898 ?non daté) Samedi.

On étouffe ! 30 degrés à l'ombre ! J'ai néanmoins beaucoup à vous dire, non comme nouvelles ou faits divers, mais comme pensées en moi sur vous, vers vous, autour de vous. D'abord merci de la bonne lettre ! merci pour les nouvelles du dîner gai, sur l'eau, et qui vous a fourni l'occasion d'une jolie impression de paysage. Merci encore de penser à moi par ces effluves de chaleurs forestières qui me sont les plus funestes, et par ce bruit de canon vraiment trop matinal. Aujourd'hui Madeleine vous rejoint. Peut-être pourrez-vous travailler. Je vous sais plus vaillante que moi. Je ne me suis attelé à rien encore, car c'est pour moi un vrai joug que le travail.

Je suis atteint d'une indicible paresse dorsale. J'ai besoin du (illis) le dossier d'un fauteuil et c'est le contraire de l'écriture. Hier et aujourd'hui, je n'ai fait qu'un peu de copie, pour remise au propre.

Je n'ai rien reçu non plus de Melle (?) Il ne faut pas lui en vouloir, c'est sa manière de se souvenir, mais on sait bien que ce n'est pas de l'oubli !

Je serai bien heureux, bien ravi, de me retrouver avec ma chérie chérie Winn mardi. Rien ne vaut la confiance réciproque, la sécurité dans l'affection et l'indestructible certitude qu'on sera toujours l'un à l'autre, c'est la vraie bénédiction de la vie ; et puis mille points de ressemblances qui relient nos pensées chaque jour davantage et tous les sentiments de reconnaissance au détail de souvenirs rapprochés que j'ai pour toi. Dearest, je t'embrasse bien de tout mon coeur. Edmond

(janvier 1896 ? non daté)

Chère Princesse,

Je veux vous remercier encore pour la belle soirée d'hier. Je vous suis bien sincèrement reconnaissant !

Tâchez que je vous voie souvent : votre esprit me fait du bien ,même quand vous vous moquez de moi! et vous me donnez le désir de travailler.

Pour vous deux mes sentiments les plus dévoués et affectueux.

Gabriel Fauré

J'ai rêvé de votre Prélude. Mais comme il dénonce une âme agitée !

Non daté.

Princesse,

J’ai retrouvé, à la faveur de cette musique si vivante et si supérieurement distinguée, l’image et le prestige singulier de leur auteur, j’ai revu dans son charme vénérable et fascinant, celui à qui je me sentais attaché, après un court commerce, comme à un être dès longtemps connu et aimé, et dont le souvenir revient bien souvent à ma mémoire.

Il y a bien des pages de l’Orient Judaïque qui valent les plus belles choses musicales qui soient, pour leur expression intense et leur couleur. C’est de l’art intellectuel au plus haut point, et il semble que les vibrations de cette musique traduisent les mouvements mêmes d’un cerveau exceptionnel ; on y sent la pensée dans toute son évolution. Merci du plaisir de vous voir, Princesse, et merci de m’avoir associé à cette manifestation envers la mémoire de M. de Polignac.

Votre respectueux Reynaldo Hahn

(mi-avril ? 1891non daté)

Chère Princesse

J’ai reçu votre bien aimable lettre et le chèque qu’elle contenait. Je vous en remercie de tout coeur ! Mais combien je suis fâché de vous avoir contristée au sujet de Verlaine ! Mais ne vous devais-je pas la vérité ? Je ne veux pas cependant jeter le manche après la cognée et, tant que nous n’aurons pas trouvé mieux, je continuerai résolument le siège du terrible poète !

J’ai lu, ces derniers jours, un livre de vers qui m’a beaucoup frappé Le règne du Silence de Rodenbach ! Je vous le fais envoyer et je vous serai reconnaissant de le lire et de me dire ce que vous en pensez. Il m’a paru que l’auteur est très digne d’une attention particulière, disant des choses bien nouvelles et si justes en même temps !

Je voulais déjà vous écrire hier mais au moment où je prenais la plume ma femme venait d’apprendre que nos amis Roger Jourdain étaient tourmentés de la santé de Pierre : on parlait d’une angine ! J’ai voulu laisser passer vingt-quatre heures pour pouvoir vous donner des renseignements précis et je me félicite de l’avoir fait car les nouvelles sont bien meilleures ce matin, et tout état grave est écarté ! Mais vous pensez si cette alerte a alarmé nos pauvres amis !

Je me suis promis le régal de deux agréables visites pour la semaine prochaine : lundi chez Mme de Monteynard que je n’ai pas vue depuis son retour, et mercredi chez Mme la Duchesse de Camposelice qui m’a écrit un très aimable billet pour me remercier de mes mélodies que je l’avais priée d’accepter. J’espère que chez l’une et chez l’autre on me parlera beaucoup de vous et je m’en réjouis bien vivement !

Je vous raconterai cela.

Je vais me rendre, de ce pas, chez le préfet de la Seine, où je fais parti du jury pour le Concours de la Ville de Paris avec d’Indy et Chabrier. Jusqu’ici je ne puis pas vous annoncer qu’une grande oeuvre ni un grand auteur nous sont nés ! Tout ce que nous avons vu est fort misérable !

Chère Princesse, je vous écrirai bientôt. Je vous recommande le Rodenbach et je serai bien heureux de savoir ce que vous en pensez. Votre bien reconnaissant et bien sincèrement affectionné et dévoué ! Gabriel Fauré

Nous ne laisserons pas de paix aux Duez pour les décider à partir le 18 ! Savez-vous que c’est bientôt !

Les Bouleaux

par Mormant

Seine et Marne (non daté, probablement fin août 1892)

 

Madame,

Le gracieux empressement de votre bon office me fait un devoir de vous renseigner sur le statu quo de mon projet.

Diverses circonstances amiablement examinées ayant persuadé d'en retarder l'accomplissement, j'ose, Madame, compter sur cette prorogation de votre complaisance appréciée pour laquelle je vous renouvelle ici tout mon bien sensible gré.

R. de M