Giverny par Vernon Eure

Madame,

Je viens vous remercier de l'envoi des cinq mille francs que Sargent m’a transmis de votre part et vous dire en même temps combien je suis heureux et flatté que mon tableau vous plaise. Sargent m'a fait part de votre désir de participer à la souscription que nous faisons entre amis et admirateurs de Manet pour acheter son Olympia, et l'offrir au Louvre. C'est très aimable à vous, Madame, et je vous en remercie au nom des organisateurs de la souscription et au mien. Vous priant de me faire savoir le plus tôt possible pour quelle somme je dois vous inscrire, agréez, Madame, l'expression de mes sentiments distingués

Claude Monet

22 juillet 89. 

PS. Je vous enverrai la liste des premiers souscripteurs.

36, rue Ballu 9e
Téléph : Trinité 20-17
sans date.

Chère Princesse,

Comme votre affection m'est douce - ces derniers jours ont été si durs, si terribles et me laissent si "fatiguée". Maman a été, comme toujours, oublieuse d'elle-même, à un degré incroyable. Sa seule pensée maintenant est de me persuader que, après elle, rien ne doit changer. Et je me retrouve 17 ans en arrière - Comme jadis ma petite Lili, Maman aujourd'hui n'a qu'un souci, moi, ma paix, et encore moi.

Je ne sais si je mérite de si lumineux privilèges, qui me donnent de la vie un tel respect - et en Dieu, une telle foi - mais... tant de deuils, de tristesses, d'efforts, de renoncements se sont accumulés que mon coeur est à bout de forces. Et il faut pourtant travailler, sourire et tenir. Je crois que j'y réussirai encore - mais comment y parvenir "à l'intérieur". Vous m'aiderez, chère Princesse, j'en suis sûre, aux heures où le courage m'abandonnera - vivre encore avec cette angoisse, c'est une telle terreur !

Maman , encore très faible, est mieux. Vous l'aimeriez plus encore, si tranquille, oublieuse d'elle-même si totalement . Son coeur est moins inquiétant et elle garde un ressort étonnant. Mais cette crise - et cette menace !

Je suis d'un coeur profondément attaché, votre

Nadia

Non daté.

Princesse,

J’ai retrouvé, à la faveur de cette musique si vivante et si supérieurement distinguée, l’image et le prestige singulier de leur auteur, j’ai revu dans son charme vénérable et fascinant, celui à qui je me sentais attaché, après un court commerce, comme à un être dès longtemps connu et aimé, et dont le souvenir revient bien souvent à ma mémoire.

Il y a bien des pages de l’Orient Judaïque qui valent les plus belles choses musicales qui soient, pour leur expression intense et leur couleur. C’est de l’art intellectuel au plus haut point, et il semble que les vibrations de cette musique traduisent les mouvements mêmes d’un cerveau exceptionnel ; on y sent la pensée dans toute son évolution. Merci du plaisir de vous voir, Princesse, et merci de m’avoir associé à cette manifestation envers la mémoire de M. de Polignac.

Votre respectueux Reynaldo Hahn

Paris 28 avril 1901

Chère Princesse

En arrivant à Paris, je trouve votre lettre si affectueuse et qui me touche au plus haut point. Forcé de repartir pour Londres, il ne m’est pas possible d’aller vous rendre mes devoirs mais mon absence sera courte et à mon retour j’aurai l’honneur d’aller vous présenter mes respects dont je vous prie en attendant d’agréer l’expression la plus choisie.

C. Saint-Saëns

(mi-juillet mi-août 1891 non daté)

Chère Princesse,

La mélodie m'est enfin rendue et je vous l'envoie, plein de crainte, plein de terreur !

Ai-je bien traduit ce merveilleux cantique d'adoration ? Je ne sais.

"Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches" 

Et si la première lecture ne vous satisfaisait pas, voulez-vous me promettre de ne pas perdre courage et de la relire de nouveau ? L'interprétation en est difficile : lente de mouvement et agitée d'expression, heureuse et douloureuse, ardente et découragée !

Que de choses dans trente mesures ! Et n'allez-vous pas trouver que je fais mille embarras ?

J'ai eu le bien grand plaisir de parler de vous et du merveilleux séjour à Venise avec d'Indy de passage à Paris. Bientôt il ira à Tencin ? et ce projet, quand il en parle, met un peu de rouge à ses pommettes. Sans succès, hélas, j'ai essayé de lui arracher le secret de cette force dont il a le monopole exclusif et qui fait de lui le Samson de la musique !!

Hier soir j'étais convié à une fête chez Mme de Montebello où M. de Montesquiou devait montrer en liberté toute sa Lyre !

Mais je m'ennuie trop pour bien écouter et j'ai profité d'une belle averse pour aller passer la soirée à Croissy chez nos amis qui vont très bien, tous.

J'ai fait aussi mes adieux à Mme Greffulhe en déplacement pour la Cité Sacrée d'où elle reviendra, je l'espère, blessée d'amour pour Parsifal ! Son mari ne l'accompagne pas, ce dont il nous faut féliciter. Il n'eût pas manquer de nous servir, au retour, maintes Clairinnades.

Dites-moi bien vite, je vous en prie, si Green vous satisfait ? Je mourrai d'impatience, ayant voulu vous être agréable et redoutant plus que tout de vous déplaire.

Votre bien profondément reconnaissant

Gabriel Fauré

Lettre à en-tête Frankfurt 

23 août. Non daté.

Chère Madame,

Je me permets cette lettre sur la foi de votre aimable invitation, pour vous tenir au courant de mes mouvements.

J’accompagne Paul Helleu jusqu’à Cologne, d’où je rentrerai directement à Compiègne après-demain. Le lendemain 26, je viendrai déjeuner comme vous me l’avez demandé.

Il me semble vous avoir quittée il y a cent ans. Mes souvenirs de Bayreuth se pressent en foule - surtout ceux de ce dernier jour. Que je voudrais vous dire tout ce que j’ai au coeur en dépit des conventions - Je suis maladroit aux sourdines discrètes et aux vibrations contenues. J’en suis tout secoué, de ces souvenirs, - ils ne me quittent pas -, pourront-ils me quitter jamais ! Ils sont les plus chers de ma vie - nés au milieu de telles extases qu’ils en sont pour toujours divinisés. Ne riez pas de mon lyrisme - il est la sincérité même. Ce sont des éternités qui me séparent du moment où je vous reverrai. Si vous avez quelque chose à me mander, mon adresse est Compiègne, Oise, tout simplement. Francfort est une ville cossue et juive - on sent que l’usure y a fleuri et que ces gens y jouissent dans l’aisance et la considération du fruit de leurs forfaits. Paul Helleu dîne dehors. J’ai passé moi-même ma soirée au Palmengarten0, avec mes souvenirs, parmi les bourgeois, les jets d’eau et les valses de Strauss. En être réduit à vous dire ces choses... Je vous baise les mains, Chère Madame, du plus respectueux de mon coeur. Pardonnez-moi cette lettre : si elle est bête, vous savez pourquoi, et croyez-moi

Your ever devoted

Robert d’Humières1 .

Granada, le 20 février 1923

Princesse Ed. de Polignac

Chère Madame,

Je vous remercie de votre aimable réponse à ma lettre dernière et serais heureux de savoir que vous vous trouvez tout à fait rétablie.

Les auditions du Retablo à la Sté Philarmonique de Séville auront lieu le 23 et le 24 mars, et nous faisons des voeux pour qu'elles soient honorées de votre présence.

J'ai dû envoyer à Séville la première copie de mon manuscrit pour l'étude de la partie chantée. Maintenant je m'occupe de faire la copie de la partition d'orchestre, dont j'ai également déjà envoyé une bonne partie. N'ayant personne à m'y aider, et malgré que j'occupe tout mon temps dans ces travaux, il ne me sera pas possible - bien à mon regret - de faire la nouvelle copie avant le mois prochain. Mais, si comme je le souhaite si sincèrement, vous venez à Séville, je ferai tout mon possible pour la terminer à la date de la première audition. De toute façon, j'aurai le plaisir de vous envoyer dans quelques jours une copie du livret qui vous permettra de voir tout ce qu'il faut pour la représentation au point de vue scénique.

La date de votre projet de représentation chez vous me semble excellente, car j'espère me trouver au mois de mai à Paris, et, peut-être, il ne me sera pas possible d'y retourner qu'un an après. En ce qui concerne le long retard souffert par la composition de cet ouvrage (indépendamment des soins exigés par ma santé et de toutes les raisons que vous connaissez) la cause a été le développement inattendu pour moi-même - je parle au point de vue travail - d'un ouvrage commencé avec l'intention de faire un simple divertissement. Tel qu'il est maintenant, il représente, peut-être, parmi mes ouvrages, celui où j'ai mis plus d'illusion.

Je vous prie, Princesse, d'agréer tous mes hommages très respectueusement dévoués,

Manuel de Falla.