(mi-avril ? 1891non daté)

Chère Princesse

J’ai reçu votre bien aimable lettre et le chèque qu’elle contenait. Je vous en remercie de tout coeur ! Mais combien je suis fâché de vous avoir contristée au sujet de Verlaine ! Mais ne vous devais-je pas la vérité ? Je ne veux pas cependant jeter le manche après la cognée et, tant que nous n’aurons pas trouvé mieux, je continuerai résolument le siège du terrible poète !

J’ai lu, ces derniers jours, un livre de vers qui m’a beaucoup frappé Le règne du Silence de Rodenbach ! Je vous le fais envoyer et je vous serai reconnaissant de le lire et de me dire ce que vous en pensez. Il m’a paru que l’auteur est très digne d’une attention particulière, disant des choses bien nouvelles et si justes en même temps !

Je voulais déjà vous écrire hier mais au moment où je prenais la plume ma femme venait d’apprendre que nos amis Roger Jourdain étaient tourmentés de la santé de Pierre : on parlait d’une angine ! J’ai voulu laisser passer vingt-quatre heures pour pouvoir vous donner des renseignements précis et je me félicite de l’avoir fait car les nouvelles sont bien meilleures ce matin, et tout état grave est écarté ! Mais vous pensez si cette alerte a alarmé nos pauvres amis !

Je me suis promis le régal de deux agréables visites pour la semaine prochaine : lundi chez Mme de Monteynard que je n’ai pas vue depuis son retour, et mercredi chez Mme la Duchesse de Camposelice qui m’a écrit un très aimable billet pour me remercier de mes mélodies que je l’avais priée d’accepter. J’espère que chez l’une et chez l’autre on me parlera beaucoup de vous et je m’en réjouis bien vivement !

Je vous raconterai cela.

Je vais me rendre, de ce pas, chez le préfet de la Seine, où je fais parti du jury pour le Concours de la Ville de Paris avec d’Indy et Chabrier. Jusqu’ici je ne puis pas vous annoncer qu’une grande oeuvre ni un grand auteur nous sont nés ! Tout ce que nous avons vu est fort misérable !

Chère Princesse, je vous écrirai bientôt. Je vous recommande le Rodenbach et je serai bien heureux de savoir ce que vous en pensez. Votre bien reconnaissant et bien sincèrement affectionné et dévoué ! Gabriel Fauré

Nous ne laisserons pas de paix aux Duez pour les décider à partir le 18 ! Savez-vous que c’est bientôt !

Laboratoire de Physique

74, rue de Vaugirard

Madame,

Votre notaire m’a prévenu que vous mettiez à ma disposition chaque année chez lui pendant sept années consécutives, en deux versements, le 15 juillet et le 15 décembre, une somme de quatre mille francs. En attendant que j’aie l’honneur de vous être présenté lundi, je vous adresse mes vifs remerciements. Je suis heureux d’être délivré des soucis matériels pour mes achats d’appareils.

Veuillez agréer, Madame, l’expression de ma respectueuse reconnaissance.

E. Branly

23 mai 1912 

A samedi

Chère et encore plus chère Winnie, je reçois le gros panier printanier et je vous remercie mille fois. Prenons toutes les décisions que commande la situation ! Madame de Noailles m'a téléphoné d'une manière ravissante. La semaine prochaine, êtes-vous un peu libre ? Je vous embrasse et vous aime . Colette.

Paris, 14 nov. 1928

Princesse,

Je vous dois encore cette belle et suggestive pensée de Pascal. Cet homme a deviné l’âme humaine.

Et en nous apprenant à voir plus clair en nous-même, il nous donne la paix.

L’angoisse, en toutes choses, n’est qu’une forme ou un effet de l’ignorance.

Je viendrai demain entendre votre orgue, et je m’en réjouis. La musique aussi est un calmant. L’Eglise a bien compris cela.

Veuillez agréer, Princesse, l’expression de votre humble et particulièrement dévoué

  a. Mugnier

Chambre des députés                                        Paris, le Dimanche (sans date)

Madame,

Un peu de grippe m'a empêché de sortir aujourd'hui. J'aurais voulu aller vous dire que j'ai été mercredi à la salle Humbert de Romans et en ai rapporté un grand souvenir. Les derniers choeurs surtout, avec ces étonnants cris de la foule, et les sonneries de trompette m'ont fait grande impression. Je ne crois pas à la critique d'art, et suis, plus que tout autre, incapable de traduire en paroles ce que je sens.

Les paroles donnent un corps aux raisonnements, mais ôtent la vie aux sentiments. Néanmoins, on aime à louer d'un mot et à séparer des nombreuses compositions vides et inutiles, l'oeuvre qui est comme celle de M. de Polignac, le fruit d'une puissante imagination, ou comme celle de Fauré, le travail d'un esprit chercheur et charmant.

J'irai, si vous me le permettez, vous remercier dimanche prochain, Madame, et je vous prie de vouloir bien agréer mes respectueux hommages

Denys Cochin.

Paris le 2 juin 1891 

 

Mon cher Monsieur Fauré,

J'ai le plaisir de vous annoncer que j'ai trouvé l'idée de notre p!èce. Ce serait dans l'ordre comique et intitulé L'hopital Watteau. J'espère avoir l'avantage de vous voir bientôt et de vous soumettre les premiers morceaux de cette opérette qui conservera tout le respect dû à nos deux talents et à la bonne société qui, souhaitons-le, nous applaudira.

Tout à vous,

P. Verlaine

 

18 rue Descartes.

(juillet 1894 ? non daté)

Louveciennes

4 chemin de Prunay (?)

Je n'ai pas reçu immédiatement votre lettre, chère Princesse, d'où mon retard à vous répondre. Je suis un simple humain et je ne prétends valoir ni mieux ni moins qu'un autre humain. Cependant, j'ai la quasi certitude que je suis supérieur à ce que vous paraissez croire !

Je n'ai pas tenu ma promesse mais j'ai le plus vif désir de l'accomplir. Je voudrais que l'oeuvre promise fût à votre gré et au mien.

Mes dernières mélodies ne pouvaient pas vous être offertes puisque vous aviez bien voulu accepter les cinq que j'avais composées précédemment. Je n'ai écrit de plus que deux morceaux de piano qui ne vous auraient pas intéressée, et quelques morceaux d'église.

Je vous promets, et je le fais de tout coeur, que la première oeuvre importante que je composerai vous sera soumise. Vous me reprochez très affectueusement de n'être pas resté le même depuis dix-huit mois et je crois bien sincèrement que vous vous imaginez ce changement. Vous avez été, vous, plus occupée, plus entourée qu'il y a deux ans et vous m'avez aussi, si vous voulez bien vous en souvenir, beaucoup moins appelé près de vous. Je ne suis pas ingrat ; j'ai, très vivant, le souvenir de vos témoignages d'amitié et je vous en garde la plus profonde et la plus affectueuse reconnaissance. Je suis malheureux que vous ayez pu en douter.

Veuillez donc je vous prie, chère Princesse, compter sur toute ma bonne volonté à m'acquitter envers vous leplus tôt que je le pourrai, et croyez toujours à mes sentiments de vive gratitude et de dévouement

Gabriel Fauré

Vous me ferez le plus grand plaisir si vous voulez bien m'écrire et je vous prie de vouloir bien me rappeler au souvenir du Prince de Polignac. On aura pu vous dire, rue Cortambert, que j'étais venu le demander il y a une quinzaine de jours.

Paris 23 janvier 1895

Mon cher Président (ce titre à seule fin de vous rappeler le concours musical de Lyon où je vice-présidais sous votre commandement en chef, ô joyeux Victorin, en compagnie du savant Gustinel, lequel fut fort marri d’avoir un Wagnérien pour collègue).

Blague à part,... hélas « je suis tout à fait incapable » (cette citation est-elle tirée d’un opéra de Wagner, je ne saurais le dire) de faire, même pour vous, ce que vous me demandez si gentiment - ce, pour plusieurs raisons dont la première est que pas plus que vous je ne connais les oeuvres d’Holmès...vous me direz qu’en ma qualité de professionnel, je devrais le connaître, mais, fait-on toujours ce qu’on doit dans cette p...de vie ?

Or, je ne connais de la dite Augusta que:

1° Un vieux prélude d’Héro et Léandre, joué il y a longtemps, très longtemps, à la Soc.Nat.

2° Plusieurs mélodies, interprétées à vomir par Madame de Trédern qui ne se préoccupait que de faire un sort érotique à chaque note, on cherchait le marlou...

3° Les Argonautes, chez Pasdeloup, vers 1878, je crois, çà date... et de cette audition, il ne me reste que deux souvenirs bien précis, le 3ème acte de Nana à l’Ambigu (je vous expliquerai çà un jour chez Kimkelmann, çà serait trop long ici) et une phrase dite avec obstination par les choristes - dames- , dans la 2ème partie (je crois) des Argonautes, ce vers était :

« Mets ton membre à l’eau !

« Mets ton membre à l’eau ! »

sur le rythme sautillant : citation musicale, portée)

On m’a affirmé depuis que dans le livret, il y a « Mêlons l’ombre à l’eau », mais je suis cependant sûr davoir entendu la susdite phrase.

Franchement, ces souvenirs très vagues, comme la mer Egée, peuvent-ils fournir le sujet d’un travail critique sérieux comme tout ce qui sort de votre plume, autorisée, ô chevalier Victorin ?

Je ne le pense pas.

Maintenant, je vous vois d’ici me demander, avec un certain air de reproche qui m’est sensible, je l’avoue, : « Mais pourquoi ne connaissez-vous pas autre chose de la bonne déesse Augusta ? »

Ah voilà - çà, je suis très embarrassé pour le dire - mais je vous le dirai tout de même, à vous.

C’est que, lorsque plusieurs productions d’un Monsieur ( ou d’une dame) ne me sont pas très sympathiques, (çà n'empêche pas les productions en question d’être bonnes) je n’éprouve pas le désir d’en connaître d’autres, c’est chez moi un vice honteux de conformation intellectuelle, je le reconnais ; ainsi par exemple, je suis persuadé que Madame Trélort connaît beaucoup plus de Widor que moi... cependant je ne veux pas comparer ce mâle du condor à la bonne Augusta, car j’estime infiniment plus celle-ci. Hein , ai-je assez développé ma première raison de ne pas vous donner de renseignements ?... je passe à la seconde qui a aussi sa valeur : c’est que Holmès ayant été réellement très gentille et très bonne camarade pour moi lors du Concours de la Ville qui donna le prix au « Chant de la cloche », car,c’est grâce à son interprétation très chaude que ma partition eut l’heur d’attirer l’attention des membres du Jury, je ne puis être impartial dans mon jugement sur ses oeuvres et, bien qu’ainsi que je vous l’ai dit, ce que j’en connais ne me soit pas très sympathique esthétiquement (j’aime tout de même mieux çà que du Pierné) je ne puis m’empêcher de sentir la reconnaissance glisser au bout de ma plume pour m’empêcher d’en dire du mal. Et maintenant, si vous persistez à me demander un avis que pour plusieurs excellentes raisons je ne puis pas vous donner, je ne pourrai que vous présenter sur elle un compte en partie double qui est, alors, bien réellement l’impression de ma pensée sur ce que je connais de ses oeuvres : Avoir

A/ Des aspirations d’un ordre élevé qui lui font dédaigner les petits succès faciles et chercher les vastes plans et les oeuvres longues.

B/ La ténacité dans l’exécution de ces vases plans, et c’est une réelle qualité, car combien de nos amis n’avons-nous pas vu tenter une grande oeuvre et s’arrêter, fatigués, au milieu de l’exécution ?

C/ La préoccupation de faire de l’art élevé et décoratif, ce qui pourrait absoudre les lâchages harmonqiues reprochés par Kerval.

D/ Son admiration profonde pour Franck qui ne fut pourtant que très peu son maître.

Débet

A/ Etant femme et manquant par nature de ce que les choristes Argonautiques voulaient voir mettre à l’eau, n’être préoccupée que de faire comme si elle en avait.

Résultat : des oeuvres grosses plutôt que grandes, avec des érections en baudruche  (probe pudor !)

Il y a un dénommé La Fontaine qui a parlé de çà sous le titre La Grenouille qui... mais pour Holmès, il faudrait choisir un exemple plus rapproché du boeuf que la grenouille (ne voyez aucune intention méchante dans ce que je dis là, je veux dire seulement qu’elle est aussi artiste et aussi haute de pensée que peut l’être une femme, mais que malgré tout cela, il lui manquera toujours quelque chose)

B/ Pas assez de discernement dans le choix de ses idées musicales qui sont malheureusement souvent peu distinguées, en raison du défaut précédent qui lui fait considérer la violence comme l’équivalent de la force, ce qui est cependant essentiellement différent, et alors, pour faire viril, elle fait commun. Même défaut dans son instrumentation où les timbres excessifs dans la sonorité sont toujours crûment employés (je ne parle que des oeuvres que je connais, bien entendu)

Pouvez-vous vous contenter de çà ? cher Monsieur Victorin,...j’en doute, mais très sincèrement, je ne puis en dire plus sur Holmès parce que d’abord je ne connais pas et qu’ensuite, si je connaissais et que tout me parût mauvais, je ne voudrais pas. Sérieusement, il y avait de bonnes choses dans les Argonautes, ou l’excessif empêchait souvent d’apprécier d’une façon juste, et il me semble qu’il est équitable de ne pas trop jeter la pierre à une artiste qui, en somme, a été en son temps l’équivalente de l’actuel Charpentier de la Vie du Poète, présentant les mêmes qualités et les mêmes gros défauts, avec cette circonstance atténuante qu’elle était femme et manquait en conséquence de secrétions productives. Ca sera peut-être très bien à l’Opéra. Avec mes regrets de ne pouvoir vous fournir plus de matière, croyez, chère Madame Victorin (c’est un joli nom d’ouvreuse) à mes plus amicaux sentiments. Vincent d’Indy Guérissez-vous vite !