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Tavistock Square

w.c.1.

Telephone : Museum 2621

13th dec 36

 

Dear Princesse de Polignac,

How very good of you & of Louise de Vilmorin to send me the book. Will you thank her from me for writing my name in it ? I am taking it away to the Sussex Downs this week, where I hope to read it in peace. London is not a place for reading.

 But I greatly enjoyed my luncheon with you, all the same - in London- & hope that some day you will come & see us in our flat.

I am sending your correction of the Mallarmé to Charles Mautron. I am so glad you liked it.
Yours sincerely

Virginia Woolf 

 

(Chère Princesse de Polignac,

Comme c'est gentil à vous et à Louise de Vilmorin de m'avoir envoyé le livre. Pourrez-vous la remercier de ma part d'avoir écrit mon nom à l'intérieur ? Je l'emporte avec moi au Sussex Downs cette semaine, où j'espère pouvoir le lire en paix. Londres n'est pas un endroit pour la lecture.

Mais j'ai énormément apprécié mon déjeuner avec vous, tout de même, à Londres, et j'espère qu'un jour vous viendrez nous voir à notre appartement.

J’envoie votre correction du Mallarmé à Charles Mauron : je suis si heureuse que vous l'ayez aimé.

Sincèrement vôtre

Virginia Woolf)

.Madame, le projet dont je vous avais vaguement parlé sans vous en indiquer l'essence ayant paru prendre consistance ces derniers temps, je viens vous dire en quoi il vous touche, et ce que vous pouvez faire pour lui.

Notre illustre amie Sarah Bernhardt ayant exprimé le désir de réciter quelques unes de mes poésies dans une réunion choisie et nombreuse strictement composée de noms par elle et par moi désignés, et sur un terrain à la fois neutre et brillant, votre magnifique hall m'est apparu comme un idéal lieu de réalisation de ce rêve et j'ai songé  à vous demander de me l'abandonner pour une soirée, au nom de la gracieuse sympathie que vous m'avez témoignée et de votre haute bienveillance acquise à toute digne manifestation d'art.

Veuillez bien voir en la présente démarche un fruit de cette noble réputation, Madame, et me savoir d'avance parfaitement soumis à toute circonstance pouvant entraver votre acquiescement.

avec mes plus distingués compliments

Comte Robert de Montesquiou

P.S. La séance pourrait avoir lieu un soir de septembre et se recommande, en tout cas près de nous, Madame, du plus absolu secret.

Engadine. 20 août 92 

Dear Winnie,

Il y a bien longtemps que je ne vous ai vue, et je ne cesse de penser à vous. J’ai la certitude que vous allez aller mieux, vous avez touché le fond de votre abîme, insensiblement le progrès va avoir lieu, l’avenir qui réserve quelque chose à tous les humains ne peut être vide pour vous pleine de vie, d’espoirs, d’imagination, de tendresse. Faites dire quand vous viendrez, votre vieille Anna.

(janvier 1896 ? non daté)

Chère Princesse,

Je veux vous remercier encore pour la belle soirée d'hier. Je vous suis bien sincèrement reconnaissant !

Tâchez que je vous voie souvent : votre esprit me fait du bien ,même quand vous vous moquez de moi! et vous me donnez le désir de travailler.

Pour vous deux mes sentiments les plus dévoués et affectueux.

Gabriel Fauré

J'ai rêvé de votre Prélude. Mais comme il dénonce une âme agitée !

.Paris, 11 rue Soufflot 8 Xbre 1926

Monsieur l'ambassadeur,

 Voici quelques renseignements que je suis heureux de vous communiquer. 

1°) L'Histoire du Collège de France depuis ses origines jusqu'à la fin du premier Empire, par Abel Lefranc (1 vol 8° de XIV-332 pagzes, Paris, Hachette, 1893) est un ouvrage excellent.

2°) M. Abel Lefranc vient d'en récrire le premier chapitre : les commencements du Collège de France (1529-1544) (mémoire publié dans les Mélanges d'Histoire offerts à Henri Pirenne, 1926, p. 291-306)

3°) Je ne saurais trop recommander à votre ami de lire le bel article où notre administrateur actuel, M. Maurice Croiset, expose au grand public ce qu'est le Collège. Cet article a paru cette année même dans la Revue des Deux-Mondes (1er mai 1926).

4°) Je regrette de n'avoir pas un exemplaire de cet article  à vous adresser. Mais je mettrai à la Poste en même temps que la présente lettre un exemplaire de l'Annuaire du Collège de France que vous pourrez offrir à votre ami et qu'il sera inutile de me retourner : c'est l'annuaire de l'année dernière. Il y trouvera bien des renseignements sur l'activité du Collège et en tête une Notice sommaire, rédigée par M. Maurice Croiset, et qui dit l'essentiel sur notre statut.

5°) Je joins à cet envoi un exemplaire (il sera pareillement inutile de me le retourner) du Règlement du  Collège de France. Renan disait qu'il n'existe en France que deux institutions dont aucun évènement politique (guerre, révolution, etc) n'ait entravé, fût-ce un seul jour, le fonctionnement et dont le règlement s'est maintenu, à peu près le même,  depuis les origines : les Halles et le Collège. A vrai dire, notre règlement a été modifié en 1911, mais selon l'esprit du règlement primitif et pour en renforcer les dispositions libérales.

6°) Le Collège a la "personnalité civile", c'est-à-dire qu'il peut recevoir des legs ; mais il n'a pas encore "l'autonomie financière" ; il espère l'obtenir très prochainement.

Je me réjouis de l'intérêt qu'un étranger veut bien porter à notre maison : il n'en est guère dont notre pays doive tirer plus de juste fierté. Je connais assez bien les Universités étrangères : les vieilles Universtés anglaises, Oxford et Cambridge mises à part, le Collège de France est à peu près le seul établissement d'enseignement du monde où les professeurs ne soient pas "exploités", où ils puissent faire librement leur tâche de savants.

Je vous suis reconnaissant, Monsieur l'Ambassadeur, de l'honneur que vous m'avez fait en m'interrogeant, je reste à votre dispositions et à celle de votre ami pour tout supplément d'information et je vous prie de vouloir bien agréer l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

Joseph Bédier

 

24 Jan (1923 ? non daté) photocopieconfiée par la fondation Manuel de Falla

43, Avenue Henri-Martin, XVIe

Cher Monsieur-

Je m'excuse d'avoir tant tardé à répondre à votre lettre du 10 Jan. mais j'ai été assez souffrante de la grippe.

Je suis enchantée que la Sté Philarmonique de Séville ait l'intention de faire entendre le "Retablo" au mois de mars, et je vous prie de m'indiquer la date de l'audition quand elle sera fixée. J'accepte bien volontiers votre aimable proposition de me dédier le "Retablo". Je trouve l'idée d'une représentation par des marionnettes excellente. Peut-être pourrait-elle avoir lieu chez moi au mois de mai (fin) ou de juin.

J'étais, je l'avoue, surprise du long retard, (bien involontaire, j'en suis sûre,) que vous aviez apporté à l'exécution de nos petites conventions. Vous me remettrez sans doute plus tard la partition autographe ainsi qu'il était convenu, et j'espère que j'aurai la joie d'entendre votre délicieux ouvrage chez moi vers la fin du printemps. Avec tous mes voeux de nouvel an croyez je vous prie cher Monsieur à mes sentiments d'admiration et de sympathie

La Pcesse Ed de Polignac.

Papier à en-tête de PLEYEL

 

Très heureux, ma chère Grande Amie, de vos bonnes lignes, et très touché et reconnaissant pour le cadeau que vous me faites.

J’aimerais venir un jour chez vous, et vous jouer dans la plus absolue intimité ma Sonate. Je reste encore 2, 3 semaines à Paris, et si vous y restez aussi, je tâcherai de m’entendre avec vous pour une heure dans une des après-midis.

Je baise vos mains et vous envoie, chère Princesse, mes fidèles affections

Igor Stravinsky

Paris, le 16 juin/25 

102 bd Haussmann

Princesse

Il y a un temps infini que je veux vous voir. Mais vous n’êtes plus jamais à Paris. Les derniers temps, ne voyant plus d’amis communs qui pussent me renseigner, je croyais que le silence de votre téléphone tenait peut-être aux heures où je vous demandais et où vous étiez peut-être sortie pour dîner en ville. Mais voici que Reynaldo me dit que vous êtes dans les Pyrénées. Je vous écris à tout hasard, car il est déjà probablement trop tard pour ce que je veux vous demander, l’éditeur ayant donné le bon à tirer de mon volume, avant de partir pour l’Amérique, et l’imprimeur m’ayant refusé des corrections que je jugeais nécessaires. Malgré cela, il est possible qu’une dédicace, prenant une page à part, puisse être ajoutée, même le volume fait. Je me permets donc de vous demander votre avis, sans être certain de pouvoir en profiter : je comptais faire paraître tous les volumes de mon Swann ensemble, et pour des raisons que je comptais vous expliquer, je voyais des inconvénients à les dédier à la mémoire du Prince.

En réalité, en restant dans la vérité du livre et des faits, c’eût été fort bien. Mais vous avez un ami qui est mon ennemi, et j’ai un ami (qui ne sera plus longtemps un ami, pour des raisons où vous n’êtes pour rien) avec lequel vous êtes brouillée. Or je craignais qu’ils ne tâchassent à l’occasion de cette dédicace de renouveler les mauvais sentiments injustifiés que vous avez eus autrefois à mon égard. L’un d’eux eût été d’autre part heureux, s’il avait pu feindre de trouver quelque ressemblance entre un personnage de mon livre (ressemblance qui n’existe à aucun degré) et le Prince. Car cette fois, on n’eût pas pu, comme pour un ancien article, dire que c’était pour vous que je n’étais pas aimable. Il n’y a pas dans les cinq volumes de Swann une seule femme qui, de si loin que ce soit, ait un rapport quelconque avec vous. Aucun personnage ne rappelle non plus, même dans la plus faible mesure, le Prince. Mais comme l’un - entièrement différent du Prince, tout l’opposé de lui - est un grand seigneur qui a le goût des choses d’art, la dédicace eût pu, non pas induire en erreur, mais servir de prétexte et donner à deux personnes l’occasion de mentir sciemment. Or, quelqu’admiration que j’aie pour votre caractère, (je l’égale à votre esprit, ce qui n’est pas peu dire) j’ai gardé d’autrefois l’impression peut-être inexacte et que vous m’excuserez en tout cas de dire franchement, que vous vous laissez quelquefois tromper par les méchants.

Bref pour toutes ces raisons, et peut-être moins pour la peine que j’aurais à être de nouveau brouillé avec vous, que pour celle, plus grande encore, que le nom du Prince fût prononcé autrement qu’avec la piété qui sied, je trouvais plus sage de m’abstenir. D’ailleurs le temps ne pressait pas ; cinq volumes à corriger, alors que les imprimeurs font défaut et que les éditeurs ne viennent pas, cela me laissait tout le temps de causer avec vous. Mais voici qu’à la demande de mon éditeur, et en même temps qu’un recueil d’articles, le 2e volume de Swann paraîtra séparément, et les trois derniers plus tard, ensemble. Or, ce second volume : « A l’ombre des jeunes filles en fleurs » ne me semble pas, même en essayant pour un instant de me faire l’âme du plus impudent médiseur, pouvoir fournir un prétexte quelconque. Il commence par la description d’un diplomate genre Cambon (M.de Norpois). Puis le petit garçon du 1er volume, devenu adolescent, va chez M. Swann, aime Gilberte, est malheureux par elle ; longues pages sur le salon Swann, M. Cottard, etc.. Puis Balbec où on entrevoit M. de Charlus (c’est-à-dire ce qui a paru dans la Nouvelle Revue Française) et n’est pas un sixième du volume. Enfin les jeunes filles en fleurs, des jeunes filles sportives que le petit garçon rencontre à Balbec (ceci n’était pas dans la N.R.F.) et de chacune desquelles il s’éprend successivement. Vraiment je crois que les objections que je vous disais tout à l’heure, ne peuvent pas se poser pour ce volume-là. D’autre part il ne me semble pas tout à fait indigne d’être dédié à la mémoire du Prince. Naturellement j’aimerais mieux pouvoir lui dédier, et avoir écrit, La Chartreuse de Parme ou les Frères Karamasov. Mais on ne peut donner que ce qu’on a. Or c’est ce que j’ai de moins mal. Je crois que quand les cinq volumes auront paru, ce second-là qui au premier abord fait l’effet de ce qu’on appelle en art militaire une opération excentrique, prendra une certaine signification. S’il est alors lu et aimé par des êtres qui n’ont pas connu le Prince et par lesquels il eût mérité d’être admiré, il me serait précieux que son nom fût là. (« Je lui donne ces vers afin que mon nom Aborde heureusement aux époques lointaines »).

Je vous saurais beaucoup de gré, Princesse de me répondre immédiatement (un immédiatement qui sera peut-être déjà un trop tard). Ne prenez pas la peine de me donner vos raisons, dites-moi oui ou non. Surtout ne me dites pas « oui » pour me faire plaisir. Je ne veux pas dire par là que je n’aurais pas un grand plaisir à dédier ce livre au Prince, et vous pensez bien que n’y voyant plus clair, n’écrivant aucune lettre, je ne vous en adresserais pas une de dix-huit pages si je n’attachais pas de l’importance à cela. Mais enfin il est préférable que vous fassiez abstraction de mon plaisir et que vous jugiez d’une manière objective. Je n’ai encore jamais eu et n’aurai probablement jamais l’occasion de dédier un livre à Monsieur France qui a écrit une préface pour mon premier ouvrage, ni à tant d’autres qui ont eu mille bontés pour moi. C’est vous dire que je ne serai pas « à court » de dédicaces, si je décide d’en inscrire en tête de certains volumes, et même en m’en tenant aux dédicaces qui s’imposent à moi par la reconnaissance que je dois à des maîtres et à des amis. N’hésitez donc pas, si vous voyez l’ombre d’un inconvénient à ce que je dédie ce livre au Prince, écrivez-moi : non ; si c’est oui, le télégraphier serait peut-être plus sûr. Il y aurait une autre solution qui serait peut-être la meilleure et à laquelle je pense seulement au moment de finir. Ce serait de laisser paraître « A l’ombre des jeunes filles en fleurs « sans dédicace. Vous liriez le livre, et ainsi, en connaissance de cause, quand il y aurait lieu d’effectuer un 2e tirage du livre (c’est-à-dire vers la 3e édition) on ajouterait la dédicace si vous l’aviez jugée opportune. J’ai bien en ce moment des épreuves à peu près exactes de ce livre et vous auriez tout le temps de les lire, car le volume tout prêt ne sera pas mis en vente avant un certain temps surtout si j’en donne une partie en feuilleton, dans un journal. Mais, même non mis en vente, il sera imprimé entièrement, on n’y pourra plus rien changer, c‘est peut-être déjà trop tard. De plus, à cause de cette question de feuilleton possible, il me faut garder les épreuves pour le journal. Princesse, je m’aperçois qu’il y avait quelque chose d’écrit au dos de cette page. Excusez-moi donc de ne vous envoyer qu’une demie feuille et veuillez agréer mes respectueux hommages, Marcel Proust.

La Treille muscate

 

Saint-Tropez,

 

Var

Très chère Winnie,

Votre lettre m'a touchée infiniment. On devrait tout cacher, sauf l'amour, ( et encore !) aux êtres qu'on aime. Et ne leur montrer qu'un édifice de chair solide, d'âme cristalline, de sourires et d'éternité. Pourtant, sans mentir, je puis vous dire que je vais mieux. Sans doute ne me faut-il que du repos. Mais ceci est une médication extravagante.

Hier une aimable surprise : Daisy Fellowes pousse ma grille et entre, venue à pied, légère, pareille à une jeune fille ! Vous pensez bien que nous l'avons reconduite à son parfait yacht, confortable merveille qui recélait, entre autres trésors, deux jeunes filles Fellowes inconnues de moi. La plus noire est superbe. Peut-être aurons-nous la bonne fortune de passer deux jours sur le "Sister Ann".

Très chère Winnie, j'espère votre arrivée, j'espère votre séjour en Provence. Les deux me sont bien nécessaires, car j'ai pris au cours de longues années deux habitudes qui ne sont contradictoires qu'à première vue: celle de me passer de vous et celle de compter sur vous ! Je vous embrasse et je ne cesse de penser que vous serez tout à fait, cette année, victorieuse de tout et de vous-même. Maurice Goudeket est respectueusement à vos pieds.

Colette.