(1895 ? non daté)

mercredi.

Bien chère et bien-aimée Winnie,

J'ai lu les premières pages, les très belles premières pages de votre lettre, au risque de vous paraître ridicule, j'en ai été très ému, et, plein de joie, j'ai baisé le dernier mot qui termine cette partie de votre lettre ainsi : "Je vous écris mes pensées sans les examiner et les refroidir, - je sais que vous les comprendrez et les respecterez".

Merci pour les illustrations de Bob dans les "Gens chic". Je viens de parcourir en hâte les deux premiers chapitres, "Un beau mariage et L'allée des potins", il y a là une baronne en tabac d'Espagne qui attend son amoureux qui est étonnante. Les yeux (?) d'animaux m'amusent beaucoup. Ce livre m'a fait passer ce soir un bien bon moment. Je l'aborderai demain moins hâtivement.

Je continue à supporter assez bien ma cure. J'ai eu hier quelques petites agitations du pouls, difficultés au sommeil. Au reste, je ne dors pas bien, ici. Nous traversons une série de jours d'une chaleur étouffante et on est dévoré par de mauvaises grosses mouches qui m'ont déjà dévoré. Tenez-moi toujours bien au courant de vos changements de projets d'été.

Good bye, ma bien-aimée et chère unique Amie. Je vous embrasse bien tendrement et mets dans mes baisers tout ce que le sort m'a (illis) de joie et tout ce que je trouve de bonheur enfin sur le tard de ma vie.

A vous, Edmond.

Samedi.

Petite Wynn, merci de votre cher mot. Nous disons avec Hélène combien nous vous aimons, et plus la vie est profonde, plus on se sent proche de vous. Nous vous aimons avec une grave et tendre affection. Nous vous attendons à déjeuner demain.

Je vous embrasse

votre Anna.

Montjoye,

Rambouillet

Seine et Oise                                                                              Le 29 juin

 

Ton mot aimable et spirituel a été, par moi, communiqué à la maîtresse de cette maison qui t'y a reconnu. Le mari n'a pas eu le temps d'apprécier le charme de ton esprit tu le lui pardonneras en raison de ses laborieuses préoccupations. Suivi d'un valet de chambre tapissier qu'il a ajouté à son personnel, il parcourt du matin au soir les appartements décrochant et accrochant les rideaux ou les tentures et étudiant avec "anxiété" les plis plus ou moins solennels qui résultent du nouvel accrochage - puis il fait comparaître successivement chacun de ses serviteurs et les interroge sur l'effet produit par son opération. Inutile de te dire qu'ils s'écrient toujours : " Monsieur vous avez raison." La propriété est toute petite. La maison a été reconstruite par les La Tremoïlle - puis habitée par la Baronne de Santos qui l'a vendue à Madame Standish. La maison se compose de grands et petits morceaux, vaste salle à manger- une pièce grande comme les trois grandes qu'elle contient - très confortable - fraîche en été chaude en hiver - au paté qui contient les pièces monumentales est accolé une petite maison avec des chambres suffisantes. J'habite à vingt pas du monument un petit pavillon qui gît aux pieds d'un énorme réservoir. Ce réservoir contient les eaux que lui amène une machine à vapeur construite dans la vallée. Le tout est baroque, fantasque, décousu - très confortable -très soigné dans le détail par Madame Standish - beaucoup de roses partout. Dedans et dehors - placé sur une hauteur, en très bon air, et à petite distance d'Esclimont, de Bonnelles, de Dampierre et de Rambouillet. Standish flanqué de son élève tapissier y joue les Lords à la jubilation des habitants de ce Palais. Seuls, le Prince et la Princesse de Galles manquent à son tableau. Inutile d'ajouter qu'aucun gibier ne fréquente dans le parc ou jardin planté d'arbres.Le père d'Escars venu récemment s'est écrié en arrivant : mais c'est une mosquée !! - Je partirai prochainement pour faire à Marienbad ma saison contre les rhumatismes - Veinard ! tu en es dépourvu - du Lau revient de Londres où il a béni les Aoste.

Sur ce je te la souhaite à tes souhaits

amitiés

Galliffet

(vers 1889 ?sans date)

Princesse,

Le Comité de la Société Nationale de Musique, sachant combien vous vous intéressez aux manifestations élevées de l’Art, se permet d’appeler votre attention sur le but qu’il cherche actuellement à atteindre, tentative pour la réussite de laquelle votre appui serait d’un si grand secours.

Fiers de vous compter déjà au nombre de nos sociétaires, nous vous serions extrêmement reconnaissants si vous vouliez bien consentir à prendre sous votre protection spéciale notre Société et à encourager les efforts que nous ne cessons de faire dans un but exclusivement artistique.

Nous venons donc à vous, Princesse, avec une entière confiance, espérant que vous voudrez bien nous pardonner notre importunité et accueillir favorablement la requête que nous nous permettons de vous adresser au nom de la musique française.

Vincent d’Indy, César Franck, Emmanuel Chabrier, Gabriel Fauré, Camille Benoît, Pierre Onfroy de Breville.

69, boulevard Suchet

Auteuil 41-38 (sans date)

Que pensez-vous de moi, mon cher réconfort ? Et pensez-vous quelque chose de moi ? Je ne suis pas sûre que vous soyez à Venise. Mais une chose est certaine : il faudra beaucoup d'heures pour que je vous raconte ma vie, et la tournée, et le comique désolant des Casinos, et la chaleur, et le ruisseau à écrevisses dans lequel j'ai dû me précipiter, le derrière en premier, pour éviter une insolation grave, sur une route blanche du Lot, par 40 degrés de chaleur. Et tant et tant d'histoires qui veulent, pour être écoutées et contées, un peu de bois, un divan et un verre de vin chaud !

Tout m'arrive, pourtant je ne cherche rien. Le Maurice d'Anna, si j'ose écrire, est un chic garçon qui se bat, dans un complet silence, contre ses em...nuis personnels. Pour une fois, me voilà en bonne compagnie, je vous le dis parce que vous êtes bien capable de vous en inquiéter.

La petite voiture est sans reproche ! Elle m'a menée à Deauville et à Dieppe (représentations) comme un zèbre. Le roman ? il avance.  Je ne m'occupe que de lui, je ne fais pas trois francs de journalisme. Aussi je viens de traverser une de cespetites crises financières... Elle est passée, chantons, chantons, sablons le gorgonzola à pleins verres, et que le veau froid pétille au fond des coupes ! Mais il ne faudrait tout de même pas vous imaginer que je vais vous laisser passer l'hiver à Venise ! Je trouve que je vous ai déjà laissé beaucoup de liberté depuis juillet. Allons-nous en à la Scala de Milan, qui vient d'adopter l'Enfant que me fit Ravel ! Voulez-vous ?

Et puis je vais avoir besoin de vous pour Hélène Picard, qui ne va pas assez mieux. Voilà : je ne lui trouve pas d'éditeur pour son prochain volume de vers qui est beau, et s'intitule "Pour un mauvais garçon". Alors nous voulons, Carco, moi, Léo Marchand, Maurice Goudeket et Germain Patat, peut-être un ou deux autres, nous voulons faire imprimer son volume à nos frais, çà coûte, brochage compris, (dit Ferencsi) une douzaine de mille pour faire un tirage honorable, et si je vous l'écris, c'est que je sais que vous serez fâchée si nous le faisons sans vous. Donc, donnez-nous, s'il vous plaît, ma très chère Winnie, une petite part. Et demain soir, je dîne chez Louis Louis-Dreyfus, je vais le taper pour Hélène,- çà sera dur, mais il ne connaît pas, - pas encore ! - ma vénalité.

Je m'ennuie de vous, prenez-en votre parti. C'est long, plusieurs mois sans vous voir pour quelqu'un qui vous a, depuis peu, retrouvée.

Du 6 au 16 octobre, je vais à Bruxelles pour jouer, parbleu, Chéri. Ce n'est pa svotre chemin pour revenir ? Je vous embrasse.

Anna de Noailles a employé tout septembre à taper sur le ventre de Painlevé, qui passe pour très amoureux d'elle. Je vous embrasse. Il fait juste le temps immobile, faiblement doré, traversé de guêpes et de fil de la Vierge, juste le temps qui désole les gens de Paris. Je vous embrasse. Et je suis votre Colette.

 

Madame,

Dans le cas où notre causerie de l’autre jour vous reviendrait en mémoire et vous tiendrait quelque peu à coeur, j’aimerais en effet, ainsi que vous en aviez exprimé le désir, vous en voir entretenir Madame la Ctesse G. dont l’intelligent intérêt vous est connu. A partager moi-même avec ce confident lucide et discret la délicate responsabilité de ces idées émises, je désire, pour mon compte cette fois, vous entretenir de certain précieux projet en d’autres matières, et qui si vous y trouviez de la gloire pourrait bien requérir de vous, pour une fois, une aide brillante et rapide. Je vous salue, Madame, avec l’assurance de toute ma haute sympathie pour les rares et nobles qualités et vélléïtés généreuses simplement révélées au cours de notre entretien. Puisse l’avenir vous donner de les réaliser en des entreprises sérieuses et sereines dont l’accomplissement serait un juste prix de vos hautes aspirations.

Comte Robert de Montesquiou

5 juin 92 

IPSDEN HOUSE

IPSDEN

OXFORD

TEL

 Friday (non daté, probablement 1937)

Darling, it looks as if a hateful fake will inter ? & prevent my seeing you. Oh, and I was so looking forward to it. My 3 year old Sally suddenly developed earache last night after she'd gone to bed on highest spirits, recovering as I thought from a very slight cold. I was up with her most of the night, I don't feel I can leave her to-day. The Dr is ? satisfied, thinks it will settle down, but warns me it may ?  up again tonight, so you will understand I'd worry if I was away from home. Last night was horrible -one can do so little ; she clung on my lap, a roaring indignant tiger-cat in a bunker (?) of blankets. No pain to-day, & no sign of abcess, she is extremely loving, clinging & exhausted. My dear - c'est un dur métier to any kind of femme. I'm miserable not to see you, & miserable to be alone here instead of looking forward to a feast of music. I hope it will be lovely. I was so longing for it.

Loving Rosamond

 

(traduction)

Vendredi. Non daté (probablement 1937)

Darling,

Il me semble qu'une odieuse malchance s'emploie à m'empêcher de vous voir. Et pourtant je l'espérais tellement. Ma petite Sally qui a trois ans a soudain eu une otite la nuit dernière, juste après s'être couchée d'excellente humeur, en se remettant de ce que croyais être un très léger rhume. J'ai passé avec elle une grande partie de la nuit, et je ne peux pas la laisser aujourd'hui. Le médecin est optimiste, il pense que cela va s'arranger, mais me prévient que cela pourrait recommencer ce soir, aussi comprendrez-vous que je serais soucieuse si j'étais loin de chez moi. La nuit dernière fut horrible - on peut si peu faire ; elle était accrochée à mon cou, avec un épouvantable ronronnement de chat-tigre dans une casemate (?) de couvertures. Plus de douleur aujourd'hui, et aucun signe d'abcès, elle est extrêmement tendre, accrochée à moi et épuisée. Ma chère - "c'est un dur métier" pour toutes les femmes. Je suis désespérée de ne pas vous voir, et désespérée d'être seule ici au lieu de m'apprêter à une fête de musique. J'espère que ce sera merveilleux. Je me faisais un tel bonheur d'y être .

Affectueusement

Rosamond

(11 avril 1912)

Mercredi

Dearest Winn, la belle lettre, pleine d'esprit, et mettant au courant du tour de valse que vous accomplissez en ce moment dans des conditions de confort répugnantes, m'a ravie et attristée. mais je pense avec joie que cette solitude et cette discipline vous font du bien, et que votre santé , à laquelle nous pensons di tendrement, se ressent favorablement de ce morne séjour. Vu Ethel hier, toujours magnifique et forcenée, et étant à elle seule toute l'orchestration. Je vous envie votre sublime compagnie des grecs, l'ordre, la sagesse et la vraie poésie sont réfugiées en eux. Je suis de plus en plus dégoûtée de la vie, de la maladie et des êtres. Et je pense à vous avec d'autant plus de profonde et tendre affection,

Anna

                                                                                                              43 Avenue Henri Martin

Monsieur, Je m'excuse de n'avoir pu encore vous remercier de votre lettre, et vous dire mon regret d'avoir été obligée de remettre mon voyage en Espagne. Les nouvelles que vous me donnez de votre ouvrage me font bien grand plaisir, et j'ai hâte de le connaître. Ne devez-vous pas venir à Paris prochainement ? Des amis communs me l'avaient fait espérer. Je ne quitterai Paris qu'au mois d'août, et je serais très heureuse si d'ici là j'avais l'occasion de vous rencontrer.

Croyez je vous prie Monsieur à toute la part que je prends au deuil qui vous a si cruellement frappé, et que j'ai appris avec beaucoup de respect.

J'espère vous voir bientôt à Paris, ou en Espagne plus tard - et je vous envoie en attendant l'expression de mes sentiments très distingués

Pcesse Ed de Polignac

15 mai 19