(septembre 1891? non daté)

Je vous prie, Chère Princesse, d'excuser le manuscrit que je vous envoie et qui a passé par les mains du graveur. J'en ferai un autre pour vous et je ne vous fais parvenir celui-ci que pour faire plus tôt connaître la dernière mélodie. Vous verrez que comme pour "Clymène" , j'ai essayé une forme qui je crois renouvelle, du moins je n'en connais pas de semblable, et c'est bien le moins que j'essaie de créer du nouveau quand je travaille pour vous qui êtes la personne du monde qui ressemble le moins aux autres !

Après un thème initial qui ne reparaît plus j'introduis pour la 2de strophe un retour de "Green" calmé et radouci ; et pour la 3ème un retour du "en sourdine" exaspéré au contraire, encore plus intense et plus profond, jusqu'à la fin. Cela forme une sorte de conclusion et fait des cinq mélodies une manière de Suite, une histoire, et ç'en est une en réalité ! Malheureusement le dernier chapitre n'est pas vrai ! çà n'est pas ma faute !

J'ai donné "Mandoline" au Figaro avec la dédicace que vous m'aviez indiquée au mois de juillet : "A Madame Winnaretta Singer".

Si je me suis trompé, vous me le direz, n'est-ce-pas? J'ai huit ou dix jours pour faire les corrections que je voudrais. J'avais quelques scrupules parce que vous signez toujours vos lettres : Scey. Encore une fois rien n'est plus simple que de rectifier si j'ai commis une erreur qui puisse vous être désagréable, ce que je redoute le plus au monde !

Comment se porte ma bonne amie, Mistress Gilbert ? Voulez-vous bien lui dire que je ne l'oublie pas et que je souhaite n'être pas oublié non plus !

Adieu, chère Princesse, toujours absente, toujours envolée, toujours sous d'autres cieux ! Je vous réclame et je vous baise les mains de tout coeur

Gabriel Fauré

(6 juillet 1898 ?non daté) Samedi.

On étouffe ! 30 degrés à l'ombre ! J'ai néanmoins beaucoup à vous dire, non comme nouvelles ou faits divers, mais comme pensées en moi sur vous, vers vous, autour de vous. D'abord merci de la bonne lettre ! merci pour les nouvelles du dîner gai, sur l'eau, et qui vous a fourni l'occasion d'une jolie impression de paysage. Merci encore de penser à moi par ces effluves de chaleurs forestières qui me sont les plus funestes, et par ce bruit de canon vraiment trop matinal. Aujourd'hui Madeleine vous rejoint. Peut-être pourrez-vous travailler. Je vous sais plus vaillante que moi. Je ne me suis attelé à rien encore, car c'est pour moi un vrai joug que le travail.

Je suis atteint d'une indicible paresse dorsale. J'ai besoin du (illis) le dossier d'un fauteuil et c'est le contraire de l'écriture. Hier et aujourd'hui, je n'ai fait qu'un peu de copie, pour remise au propre.

Je n'ai rien reçu non plus de Melle (?) Il ne faut pas lui en vouloir, c'est sa manière de se souvenir, mais on sait bien que ce n'est pas de l'oubli !

Je serai bien heureux, bien ravi, de me retrouver avec ma chérie chérie Winn mardi. Rien ne vaut la confiance réciproque, la sécurité dans l'affection et l'indestructible certitude qu'on sera toujours l'un à l'autre, c'est la vraie bénédiction de la vie ; et puis mille points de ressemblances qui relient nos pensées chaque jour davantage et tous les sentiments de reconnaissance au détail de souvenirs rapprochés que j'ai pour toi. Dearest, je t'embrasse bien de tout mon coeur. Edmond

43, Avenue Henri Martin (photocopie confiée par la Fondation Manuel de Falla)

 Cher Monsieur,

Puis-je vous demander si vous avez maintenant terminé l'oeuvre que vous aviez entreprise sur ma demande. Je n'en ai plus entendu parler depuis que j'ai eu le plaisir de vous voir. Croyez je vous prie à mes sentiments distingués.

Pcesse Ed de Polignac

18 fév 22

(vers le 29 janvier 1891 non daté)

Chère Princesse

Je suis très peiné de vous savoir encore souffrante et je vous supplie d’avoir la patience de bien vous soigner.

Malheureusement les fêtes pour le mariage de votre frère vont vous occasionner des fatigues et, peut-être, vous faire faire des imprudences dont il faudrait pourtant bien vous garder.

Ayez de la sagesse et pensez un peu à tous ceux qui pensent beaucoup à vous !

Ici nous sommes encore sous la bien pénible impression de l’événement que vous savez, si imprévu, si triste. Notre pauvre Mme Baugnies a été courageuse et énergique comme peuvent l’être les femmes dans certaines circonstances. Mais la fatigue morale et physique l’emportent maintenant. Sa petite figure si tirée, si maigre fait peine à voir ! Les qualités dont vous me parliez un jour et que vous avez si bien comprises, son intelligence, sa bravoure, et son esprit si ordonné à côté de son imagination, vont lui être maintenant bien utiles !

Heureusement ses fils sont-ils également bien doués et peut-on espérer que les difficultés ne lui viendront pas de ce côté.

Mille choses m’ont empêché de vous écrire depuis huit jours. Dans notre petit chez nous le souci d’Emmanuel est un peu moindre depuis lundi ou mardi : la fin de la dernière semaine nous avait apporté quelques nouveaux ennuis : mais tout semble bien mieux marcher de ce côté.

Donc je l’ai vu, ce Verlaine ! et je l’ai vu deux fois, car je suis retourné à son triste hôpital St Antoine, hier. Quel singulier, étrange, incompréhensible personnage ! Comment une créature humaine, si merveilleusement douée, peut-elle se complaire dans ce perpétuel aller et retour entre la brasserie et l’hospice ! où trouve t-il la philosophie d’accepter, de trouver tout naturel de vivre dans cette fade odeur de maladies et de remèdes, lit à lit avec des quelconques qui doivent lui être de faible ressource pour causer, dans la malpropreté écoeurante de ses draps et de son linge, sous le pénible règlement qui ne lui permet de recevoir d’amicales visites que deux fois par semaine, qui lui interdit la lampe ou la bougie et le tient dans le tremblotement d’une veilleuse depuis le crépuscule jusqu’au jour ! Quelles longues nuits !

Au physique la laideur même avec, cependant, beaucoup de douceur et de rare lumière dans de petits yeux bridés, chinois, enfoncés; une physionomie d’enfant sur une vieille figure.

Pour vous divertir, comme malade, j’ai fait pour vous deux portraits de lui que je vous envoie. Ce sont les premiers, à peu près, que je fais ! Peut être trouverez vous que lui ai donné surtout l’air canaille !!

J’espère que cela vous fera rire une demie-seconde et c’est tout ce que je désire ! Pour ce qui nous intéresse, et moi si vivement, il m’avait promis à ma première visite de travailler immédiatement : mais hier il n’avait encore rien fait ni rien décidé de ce qu’il ferait. Je lui ai apporté 100 frs espérant que ça le mettrait en train ! Il a paru fort content et m’a demandé de lui envoyer quelques livres de Dickens, en anglais, ce que je vais faire. En somme, mes visites ne paraissaient pas lui déplaire et j’espère bien que nous en tirerons le chef-d’oeuvre rêvé, s’il est encore susceptible de chef-d’oeuvre ! Dans tous les cas il m’a bien assuré, hier-encore, que le projet le charmait, qu’il y prenait un réel intérêt et qu’il vous était très reconnaissant de vouloir bien lui laisser toute latitude pour le sujet et la manière de le traiter.

J’ai vu un instant lundi Mme de Monteynard rue des Bassins : nous avons bien parlé de vous, mais, sans vous la Ligue ne parvient pas à se réunir !

Ce soir je dînerai rue Flachat et sans vous aussi, hélas ! A bientôt, chère Princesse, je voudrais bien vite savoir que vous allez mieux. Permettez-moi de vous assurer encore de toute ma reconnaissance et de mon dévouement très affectueux Gabriel Fauré

Vous avez dû, n’est-ce-pas, trouver 2 lettres de moi en arrivant à Paington ? A moins qu’une soit égarée, ce qui n’est pas important.

(juin 1894 ? non daté)

Chère Princesse

Je ne suis malheureusement pas libre vendredi soir pour dîner, mais j'irai vers 10h1/2 chez Mme de Saint-Marceaux et je serai très heureux de vous y rencontrer.

Je viens de reprendre le quintette depuis A avec le ferme désir de ne plus le quitter qu'il ne soit terminé. J'ai composé aussi quatre petits morceaux de musique religieuse, mais, (j'en suis désolé) pas dans l'esprit de la nouvelle Société de Musique Sacrée ! J'y ai mis, si peu importants qu'ils soient, l'expression humaine qu'il m'a plu d'y mettre ! Mais je vous parle de cela comme d'un évènement et ce n'en est, certes, pas un ! J'espère, à bientôt.

Votre bien reconnaissant et bien affectueusement dévoué Gabriel Fauré

Mille souvenirs à mon confrère, le Prince de Polignac

Laboratoire de Physique

74, rue de Vaugirard

Madame,

Votre notaire m’a prévenu que vous mettiez à ma disposition chaque année chez lui pendant sept années consécutives, en deux versements, le 15 juillet et le 15 décembre, une somme de quatre mille francs. En attendant que j’aie l’honneur de vous être présenté lundi, je vous adresse mes vifs remerciements. Je suis heureux d’être délivré des soucis matériels pour mes achats d’appareils.

Veuillez agréer, Madame, l’expression de ma respectueuse reconnaissance.

E. Branly

23 mai 1912 

Affaires Etrangères  16 janvier 1931

Madame et respectée Amie,

Stanislas m'avait dit que ne souhaitiez qu'une recommandation de moi, et j'en suis fier. Permettez-moi de vous dire combien j'ai été heureux que mon ami Grinda se soit honoré en signant votre décoration.

La France vous doit beaucoup et la gratitude est un devoir très doux

Votre respectueux ami et admirateur

Philippe Berthelot

Madame,

Pour tous les écrivains à leur début, la difficulté est la même. A mon avis. Le meilleur moyen c'est d'écrire quelques pages qui fassent dire aux connaisseurs : "c'est remarquable". Si  madame Isvolsky dispose d'une revue, qu'elle se préoccupe d'y donner une collaboration saisissante, et des propositions lui arriveront. Son nom est une force. Son nom lui donne une espèce d'autorité et de compétence supplémentaires. "Moi qui ai vu le déluge", voilà ce que dit une telle signature, et c'est une indication sur ce qu'on attend au dessus d'une telle déclaration. Nous avons eu d'innombrables détails matériels, extérieurs sur les personnages des diverses classes russes, mais nous avons eu peu d'intérieurs d'âmes. On s'intéresse beaucoup aujourd'hui aux émigrés de 1793, à ces Français qui couraient l'Europe (je viens de voir le récit des français émigrés à Moscou). Est-il trop tôt pourt nous donner des notes sur l'émigration russe ? Peut-être, autre question : qui étaient les jeunes filles russes ? Mais j'ai tort de m'engager dans ces apparentes précisions qui pourraient mettre madame Isvolsky sur une voie qui n'est pas la sienne. Je n'ai qu'une idée claire : le succès est décidé uniquement par des travaux, voire par un seul travail, par quelques pages qui intéressent les connaisseurs, et tout alors va tout seul.

Je me rappelle comment, le jour du retour de Poincaré, dans le cabinet de Viviani, j'ai rencontré l'ambassadeur de Russie. Je serai heureux d'être agréable à madame Isvolsky . Veuillez agréer, Madame et amie, l'expression de mon vieil et respectueux attachement, Barrès.

Charmes 14 septembre 1922

Je vous retourne une lettre dont la belle écriture claire et bien ordonnée dégage de la sympathie et signifie, ce me semble, le calme, le courage.