IPSDEN HOUSE

IPSDEN

OXFORD

TEL

 Friday (non daté, probablement 1937)

Darling, it looks as if a hateful fake will inter ? & prevent my seeing you. Oh, and I was so looking forward to it. My 3 year old Sally suddenly developed earache last night after she'd gone to bed on highest spirits, recovering as I thought from a very slight cold. I was up with her most of the night, I don't feel I can leave her to-day. The Dr is ? satisfied, thinks it will settle down, but warns me it may ?  up again tonight, so you will understand I'd worry if I was away from home. Last night was horrible -one can do so little ; she clung on my lap, a roaring indignant tiger-cat in a bunker (?) of blankets. No pain to-day, & no sign of abcess, she is extremely loving, clinging & exhausted. My dear - c'est un dur métier to any kind of femme. I'm miserable not to see you, & miserable to be alone here instead of looking forward to a feast of music. I hope it will be lovely. I was so longing for it.

Loving Rosamond

 

(traduction)

Vendredi. Non daté (probablement 1937)

Darling,

Il me semble qu'une odieuse malchance s'emploie à m'empêcher de vous voir. Et pourtant je l'espérais tellement. Ma petite Sally qui a trois ans a soudain eu une otite la nuit dernière, juste après s'être couchée d'excellente humeur, en se remettant de ce que croyais être un très léger rhume. J'ai passé avec elle une grande partie de la nuit, et je ne peux pas la laisser aujourd'hui. Le médecin est optimiste, il pense que cela va s'arranger, mais me prévient que cela pourrait recommencer ce soir, aussi comprendrez-vous que je serais soucieuse si j'étais loin de chez moi. La nuit dernière fut horrible - on peut si peu faire ; elle était accrochée à mon cou, avec un épouvantable ronronnement de chat-tigre dans une casemate (?) de couvertures. Plus de douleur aujourd'hui, et aucun signe d'abcès, elle est extrêmement tendre, accrochée à moi et épuisée. Ma chère - "c'est un dur métier" pour toutes les femmes. Je suis désespérée de ne pas vous voir, et désespérée d'être seule ici au lieu de m'apprêter à une fête de musique. J'espère que ce sera merveilleux. Je me faisais un tel bonheur d'y être .

Affectueusement

Rosamond

vendredi 19 décembre 1930

Dearest Winn,

Voici le n° I du Japon Impérial de ce livre dédié à notre Hélène tant aimée.

Je ne veux pas parler de moi, puisque, étant encore vivante, je puis le faire, mais d'Elle, qui eut pour Edmond et pour vous un attachement ébloui, fervent, nécessaire à la vie de son esprit et de son coeur. Avec vous, et le coeur déchiré, je veux évoquer son rire, ce chant ravissant du bonheur franc, altruiste, modeste, dont le timbre est notre adorable musique perdue. Anna.

Luudi 24 oct 98

(Au Prince Edmond de Polignac)

Mon cher ami,

Quel tuyaux Médéiques voulez-vous ? Il n’y en a guère - C’est simple, (peut-être trop simple !... et parfois j’ai quelque honte à vous l’avoir dédié...) et vous comprendrez tout de suite sans vous mettre les tenailles aux méninges.

Cependant, si vous voulez des détails, puis-je vous dire qu’il y a deux thèmes se rapportant à Médée - l’un, plutôt enchanteur (elle l’était, enchanteresse) qui revient à la fin du 1er prélude et à la fin du 3ème acte (trop vite) pour caractériser sa magique montée sous le soleil, l’autre, plutôt sombre et très faux (cette femme étant la fausseté même), que le pauvre Guerra, chef d’orchestre de la Renaisssance, un élève à Mercadante !!! (saluez ! ) n’a point encore pu avaler, çà ne passe pas, il a tenu 1/4 d’heure l’orchestre sur le 1er accord hier, s’épuisant à chercher la faute...il n’y en avait pas - mais ces beaux italiens n’y sont plus, quand on les sort de la "tonante" et de la "dominique " (pardon...rectifiez vous-même ).

Donc, et de deux, voilà pour Médée, (pour mémoire, son thème solaire est en fa et le thème sombre sans aucun ton).

Quant à Jason, il fornique généralement dans les dièzes - tellement diézés que çà en arrive à être en b (ut # min = ré b majeur) - ce thème bêtement amoureux fait le sujet du prélude du 2ème acte qui ressemble à s’y méprendre à du Cavallerin rusticana, - passons.

Le prélude du 3 est mieux, c’est l’attente de Médée sous les rayons de la lune, sa maman, le thème solaire (vous savez que le soleil, c’est son papa) se refroidit, se bleuit et s’allonge comme il convient à une ombre lunaire, un peu de fièvre d’amour au milieu, et terminaison calme et aussi lunaire que possible.

Entre-temps, au 2ème acte, il y a eu une petite berceuse (de 16 mesures) pour les enfants, assez bien, qui revient au moment du crime où elle les berce dans la mort par des bons trombones PP. -Avant çà, 2 incantations ( ce qui je crois est le meilleur de la partition) l’une très douce à Phoebé avec le thème solo-lunaire, l’autre pleine d’épouvante (à Hécate) avec le thème de fureur (un que j’avais oublié de vous présenter et qui se meut déjà dans le 1er prélude).

Je crois bien que c’est tout... ce qu’il y a de bien : le prélude du 3, les 2 incantations, et peut-être aussi le 1er prélude -voilà-

Et Sarule hier me commande (en même temps qu’un gros rocher au décorateur) 64 mesures pour demain soir, orchestré, tout !... Vous voyez çà d’ici, moi qui mets parfois 8 jours à faire 16 mesures.

Je me suis piqué d’honneur, et çà sera fait à l’heure, copié etc..- çà ne sera peut-être pas le plus mauvais illisible de la partition. La mise en scène est épatante comme mouvement, il n’ y a sur la scène qu’une trentaine de petites femmes toutes plus jolies les unes que les autres qui jouent toutes comme il faudrait que jouent nos 1ers rôles de l’Opéra. - C’est charmant - et puis, elles sont vraiment très gentilles, demandez à Bordes - il en bavait.

Je vous aurai une place pour la première -Et si vous avez le temps de venir jeudi soir à la répétition générale, je pourrai vous voir aussi.

A bientôt et pardon de cette lettre décousue écrite au café, tout en mettant des coups d’archet sur mes 64 mesures Bien à vous

Vincent d’Indy

Important :Je crois que c’est vous qui avez mes notes Wülhuesiennes(?) sur les Symphonies de Beethoven ; si vous ne les avez pas égarées, vous seriez bien gentil de me les renvoyer pour quelques jours, à cause de arcelone où je dirige la 4ème la 6ème et la 8ème - je vous les rendrai si vous y tenez.

Fourques 1935-

Princesse,

Laissez-moi vous dire ma longue et profonde et respectueuse tendresse, faite de souvenirs du coeur, tous précieux et forts.

votre Jean Cocteau

Brimborion Cambo. (Sans date ? septembre ?années de guerre)

Ma bien chère Winn,

Pas un mot de vous, me rassurant sur vous, ma lettre de Bayonne, mon télégramme d'Angoulême ne vous seraient-ils pas parvenus ? L'un fut expédié le 3 septembre, l'autre un peu après. Je vous racontais le départ qui me fut imposé avec ma mère et mon fils, car mon voeu formel était de ne jamais quitter Paris qui est mon cher clocher, et de partager son sort quel qu'il fût - et comment j'ai dû avoir recours à votre auto, les ministres ne pouvant plus rien mettre à ma disposition, et le temps pressant, disaient-ils.

Donc je fis cet acte d'audace et d'amitié de nous faire conduire par votre voiture réquisitionnée. C'est en effet bien aimer que d'être certain de ne point contrarier en un tel cas d'urgence. C'est ce que mon télégramme et ma lettre vous disaient, mais n'ayant jamais eu de vos nouvelles depuis, je me demande si vous les avez reçus.

Ma correspondance de tous côtés s'est perdue d'une façon effroyable qui m'isole de tous mes amis et augmente la tristesse de ces longs mois d'épreuve. Après avoir été chassés des hôtels de ville en ville, par l'armée des illis militaires au service desquels Dieu merci on met toutes les places disponibles, nous sommes venus camper ici, dans une cabane vide et exigüe, perdue au fond d'un vallon. Je suis là avec maman, mon fils, les Ginet, Hélène étant à Royan avec Mme Bulteau, Anne-Jules, Marc.

Je ne l'ai pas vue depuis Poitiers et Angoulême, où, par hasard, je les rencontrais brièvement de passage dans une auberge.

Que serais-je devenue sans le brave Rostand que je rencontre chaque jour à l'ambulance militaire des environs, où les blessés donnent un sublime spectacle de vaillance incomparable de gaîté, de spontané et noble esprit. De quoi se plaindrait-on soi-même et qu'oserait-on regretter quand de tels êtres en masse, simplement sacrifient tout. Je voudrais de vos nouvelles, ma chère Winn. Je pense constamment à vous, vous le savez bien. Je vous embrasse. Anna.

La Maison du Sage 72, cours du Parc Dijon

Princesse,

Il n'y a point de ma faute dans mon retard à vous donner satisfaction. Le lendemain du jour où j'ai eu le grand plaisir d'être reçu par vous, j'ai été pris par une grippe violente qui se termine à peine après un mois de réclusion et de maladie fort désagréable. Du coup, j'ai été privé d'aller entendre Bach chez vous - ce qui me fut cruel- et dans l'impossibilité d'atteindre M. Guillet. D'autre part, ces jours-ci il mariait son fils fêtait un centenaire de son Ecole : il ne m'a pas paru que ce fussent des circonstances propices pour lui faire par écrit une communication en somme assez délicate. Je compte toutefois, ce vent de fêtes ayant passé, lui écrire cette semaine. C'est vous dire que j'espère bien aussi que vous aurez satisfaction prochainement.

J'espère que plus heureuse que nous, vous aurez commencé l'année sans ennuis de santé. Ma femme et moi vous envoyons nos voeux et je vous demande encore de croire à mes dévoués et très sympathiques sentiments.

E. Estaunié

Paris, 14 nov. 1928

Princesse,

Je vous dois encore cette belle et suggestive pensée de Pascal. Cet homme a deviné l’âme humaine.

Et en nous apprenant à voir plus clair en nous-même, il nous donne la paix.

L’angoisse, en toutes choses, n’est qu’une forme ou un effet de l’ignorance.

Je viendrai demain entendre votre orgue, et je m’en réjouis. La musique aussi est un calmant. L’Eglise a bien compris cela.

Veuillez agréer, Princesse, l’expression de votre humble et particulièrement dévoué

  a. Mugnier

Villa Bassaraba, Amphion, Haute-Savoie, (1897 ou 98 ? sans date)

Dimanche.

Dearest, deux mots en quittant la villa et dont je vous envoie quelques feuilles du jardin. Nous avons un soleil et des journées superbes ici. Fidèle à mon itinéraire, je couche ce soir à Bâle et serai demain soir à Bayreuth pour retrouver enfin le célébre et rare auteur du fameux :

portée de musique

mais mon Win très aimée et chérie que j’embrasse longtemps Edmond.

Amsterdam, mercredi  matin 4 juillet 1900

Dearest Winn

deux mots avant de sortir ; enfin ce matin un temps charmant, l'atmosphère baignée de la lumière limpide, légère, particulière à ce "doux pays". Je vous adresse une carte-souvenir qui vous montrera mieux que tout ce que je pourrais dire dans les millions d'impressions où je suis.

Hier, visite au Plantazoo, retrouvé les ours blancs d'un si beau blanc, et plusieurs autres bêtes amies. Une petite fleur, une pensée, a été cueillie en mon souvenir de vous. J'y ai fait connaissance d'un Paon de Java, superbe, de grande taille, avec des ailes en saphir et une énorme queue aux plumes d'or éblouissant. Vu aussi deux étonnantes chouettes à robe blanc d'ivoire mouchetée de sépia clair, très suggestives personnes avec de grands yeux ronds fascinants.

Je suis retourné au musée . Revu la "Ronde de nuit" et l'admirable "Syndic des drapiers" - Aussi la charmante "Liseuse" de Vermeer avec les bleus délicats de la robe et des deux sièges. J'y ai retrouvé et fait plus ample connaissanceavec Hendrick Avercamp (surnommé le muet) par deux tableaux de patineurs, les deux seuls du musée, d'une exquise délicatesse de couleur ; paysage de neige aux horizons perdus dans les brumes roses - avec juxtaposition de toits de maisons plus chauds de ton, et de murailles et clochers d'églises gris-bleu clair, toute la (?) du tableau d'un blanc lumineux, avec ciel roux abricot clair, en bas la foule des bourgeois et paysans patineurs aux plaisants costumes de l'époque. (petit dessin)

Je serai de retour à Paris vendredi à 6h du soir comme je vous l'ai télégraphié hier. Peut-être vous y trouverai-je encore. J'y ferai rapidement mes préparatifs de départ pour St- Gervais.

Good bye bien chère Winn. Pensez un peu à moi qui pense à vous à chaque heure du jour. Je t'embrasse tendrement

Edmond.

(1895 ? non daté)

Ce lundi, St-Gervais Hôtel du Mt Blanc, Hte-Savoie.

Je n'ai pas pu vous écrire hier, ahuri par l'arrivée dans un pays où je dois séjourner quelque temps et préoccupé des installations assez compliquées en cette station balnéaire mal aménagée. J'apprends que les lettres ne partent qu'à 11h du matin, celle-ci ne partira donc que demain.

A mon arrivée, consultation Wisard. Il paraît que je suis une machine qui pèche par combustion imparfaite. ( Comme : mauvaise assimilation et élimination.) Outre bains et boissons, il recommande surtout l'exercice à pied, comme à Bismarck le Dr Schudeminger. C'est, paraît-il, ce qu'on appelle "la cure de terrain". De mon temps, cela s'appelait tout bonnement faire de l'exercice.

Il proscrit le café, liqueurs, poissons, fruits rouges crus, surtout salaisons et fromages, il tolère ou permet salade, fruits cuits, compotes et confitures, même de framboises... oh ma tête (petit dessin amusant), si j'avais su çà en face du joli compotier Cortambert en cristal.

Comme vous le voyez, il n'y a pas qu'à Paris que la Faculté compte de bonnes blagues ; du reste, je me sens mieux dans ce bon air. J'ai pris mon premier bain ce matin, installation très propre, neuve, assez confortable, mon fidèle Hippolyte m'assiste utilement. J'ai beaucoup marché cette après-midi, je me sens plus solide à la marche, il fait un temps superbe et une forte chaleur. Dear Winn, on m'apporte une lettre de vous, bleue allongée. Je vais l'ouvrir pour la savourer.

Phénomène : quand je vous perds de vue et suis sans nouvelles écrites, j'ai l'impression et l'appréhension que je compte moins, ou même point pour vous.

J'ai lu votre lettre. J'espère que votre départ pour Londres ne vous fatiguera pas malgré ce retard prudent. Quelle ennuyeuse déveine que d'avoir manqué à vos projets. Vos embarras de nez n'ont pas obstrué votre cerveau, je vous retrouve avec votre entrain d'esprit habituel dans votre lettre.

Dearest Winn, je vous embrasse bien tendrement, c'est-à-dire de quoi vous faire un trou dans la joue en poussant beaucoup de petits cris convenus . Donnez-moi bientôt de tout à fait bonnes nouvelles de votre santé. Votre Edmond.