Bien chère Princesse,

Je vous envoie tous mes meilleurs souhaits de bonne année, et regrette vivement que votre indisposition m’avait empêché de vous voir et de vous le dire de vive voix.

Je me souhaite donc de vous revoir prochainement en bonne santé et vous prie, bien chère Princesse, de trouver ici l’expression de ma grande et toujours fidèle admiration

Votre Igor Stravinsky

Biarritz, «  Les Rochers », 31 déc 22 

2 août ou avril ? années de guerre ?

Ma bien chère,

Je vous écris tout en causant avec Monsieur Froteau. Il va répondre à toutes vos questions, je me borne à vous dire que je vous crois plus en sécurité à Londres, nos approvisionnements ici n'étant pas faits à l'heure actuelle, et les victuailles devenant difficiles à se procurer. Bien entendu, si vous veniez, je partage tout avec vous. J'avais envoyé hier Gélin au Ministère de la Guerre pour qu'il demeurât chauffeur attaché à votre automobile au cas où elle serait réquisitionnée ; mais on lui a répondu qu'il lui fallait une autorisation signée de vous. Il est trop tard, il a dû rejoindre son corps ce matin. Vos voitures jusqu'à présent sont chez vous, libres, mais seront probablement réquisitionnées au plus tôt. Voyant aujourd'hui une situation inextricable quant aux voitures, j'ai prié Monsieur Froteau de bien vouloir me laisser pendant quelques heures votre voiture aujourd'hui avec le chauffeur le meilleur de la Comtesse de Béarn qui a la bonté de le mettre à ma disposition pour la journée d'aujourd'hui. Mon amie bien-aimée, réfléchissez avant de revenir, vous pouvez être utile aussi là-bas, mais si vous êtes ici vous savez que je suis pour toujours votre soeur, Anna.

(septembre 1891? non daté)

Je vous prie, Chère Princesse, d'excuser le manuscrit que je vous envoie et qui a passé par les mains du graveur. J'en ferai un autre pour vous et je ne vous fais parvenir celui-ci que pour faire plus tôt connaître la dernière mélodie. Vous verrez que comme pour "Clymène" , j'ai essayé une forme qui je crois renouvelle, du moins je n'en connais pas de semblable, et c'est bien le moins que j'essaie de créer du nouveau quand je travaille pour vous qui êtes la personne du monde qui ressemble le moins aux autres !

Après un thème initial qui ne reparaît plus j'introduis pour la 2de strophe un retour de "Green" calmé et radouci ; et pour la 3ème un retour du "en sourdine" exaspéré au contraire, encore plus intense et plus profond, jusqu'à la fin. Cela forme une sorte de conclusion et fait des cinq mélodies une manière de Suite, une histoire, et ç'en est une en réalité ! Malheureusement le dernier chapitre n'est pas vrai ! çà n'est pas ma faute !

J'ai donné "Mandoline" au Figaro avec la dédicace que vous m'aviez indiquée au mois de juillet : "A Madame Winnaretta Singer".

Si je me suis trompé, vous me le direz, n'est-ce-pas? J'ai huit ou dix jours pour faire les corrections que je voudrais. J'avais quelques scrupules parce que vous signez toujours vos lettres : Scey. Encore une fois rien n'est plus simple que de rectifier si j'ai commis une erreur qui puisse vous être désagréable, ce que je redoute le plus au monde !

Comment se porte ma bonne amie, Mistress Gilbert ? Voulez-vous bien lui dire que je ne l'oublie pas et que je souhaite n'être pas oublié non plus !

Adieu, chère Princesse, toujours absente, toujours envolée, toujours sous d'autres cieux ! Je vous réclame et je vous baise les mains de tout coeur

Gabriel Fauré

Laboratoire de Physique

74, rue de Vaugirard

Madame,

Vous avez dû me trouver bien long dans la construction du petit appareil que je vous avais fait espérer. Une maladie de mon mécanicien a été la cause de ce retard exagéré. Il est enfin terminé. Je me suis proposé de le rendre aussi simple que possible, afin d’en rendre l’emploi aisé. Mais rien ne prouve qu’il n’y aura pas encore lieu de le retoucher.

Mon préparateur ira le faire fonctionner chez vous quand vous aurez fixé le jour et l’heure qui vous conviendront pour le recevoir. Il le placera où vous désirerez qu’il soit disposé. Il est d’ailleurs transportable. Je compte bien que vous ne trouviez aucune difficulté à vous en servir pour la réception de l’heure de la tour Eiffel, en province aussi bien qu’à Paris. Veuillez agréer, Madame, l’expression de mes sentiments respectueux et dévoués.

E. Branly

  1er mai 1913

J'ai attendu quelques jours ; l'appareil ne s'est pas déréglé. Une communication devra être établie chez vous par un fil soit avec une conduite d'eau soit avec une conduite de gaz.

5 mai 1913

 

Kurt Weill

9bis place Ernest Dreux

Louveciennes (S. et O.)

Téléphone (?)                                                                           15 décembre, 1933

 

Princesse,

Je me réjouis beaucoup de pouvoir vous communiquer que je viens d'achever le brouillon de ma première symphonie que j'écris pour vous. J'espère que la partition sera finie à la fin du mois de janvier.

J'écrirai maintenant à R...(illis) pour lui proposer le projet dont je vous ai parlé.

Sincèrement le vôtre,

Kurt Weill 

A samedi

Chère et encore plus chère Winnie, je reçois le gros panier printanier et je vous remercie mille fois. Prenons toutes les décisions que commande la situation ! Madame de Noailles m'a téléphoné d'une manière ravissante. La semaine prochaine, êtes-vous un peu libre ? Je vous embrasse et vous aime . Colette.

Non daté                                                                                                      9, rue Alfred de Vigny

Votre charmante lettre m’a été au coeur, chère Princesse, comme tout mot affectueux qui me vient de vous. Ce que vous me dites de mon style musical me rend très fier et répond à ce que je voudrais qu’il fût ! Merci. Votre affectionné et respectueux

Reynaldo

Paris, Dimanche (21 juin 1891? non daté)

Chère Princesse

Je suis désolé qu’une dépêche de vous ait été perdue à l’hôtel de France ! Nos amis n’ont pa permis que nous nous y arrêtions, le lieu leur paraissant insuffisant pour votre suite ! C’est donc à l’hôtel Isotta que nous sommes descendus. Du reste, toute cette fin de voyage à eu l’incohérence que je prévoyais. Votre commandement faisant défaut l’anarchie a régné sans frein et notre court séjour à Gênes s’est passé à perdre notre temps. La ville nous a fort déplu : belle de loin, nous l’avons trouvée en réalité, triste, laide, sale, avec une insuportable odeur de poisson malade ! Il est vrai que nous étions si prédisposés à trouver tout odieux depuis la séparation de Florence !

Quelques heures du soir, passées au bord de la mer, avec l’admirable lune, m’ont plus attristé que réjoui : le même spectacle peut paraître joyeux ou profondément mélancolique suivant les circonstances, comme le pourrait dire Mr de La Palisse, mais tout ce que disait Mr de La Palisse n’était pas si bête, étant l’éternelle vérité ! Croyez-vous que dans les inoubliables inpressions qui me tiennent toujours à Venise et à Florence, Venise et Florence soient même pour la moitié ??

La journée d’hier depuis l’arrivée à Paris s’est passée à reprendre contact ! Cependant, dans l’après-midi, la fatigue a été la plus forte, j’ai dormi et je n’ai pas pu vous écrire assez tôt ! Naturellement des ennuis me guettaient ici : cela n’est pas long de passer de la lumière radieuse aux teintes grises ! Et puis le temps nous donne le même spectacle : noir et froid après l’étincelante Italie !

Votre dépêche et votre lettre m’ont délicieusement ému ! alors vous avez pensé que je pensais, sans y manquer une minute, à tant d’heures si délicieuses, si in-retrouvables, c’est à-dire à vous, à vous, à vous ? Et votre amitié si indulgente à voulu m’apporter un lointain secours ! Je vous en suis mille fois reconnaissant et je ne puis vous dire combien j’en suis touché !

J’ai vu Mme Baugnies quelques instants à peine : elle est, notre pauvre amie, plongée dans les soucis d’affaires les plus désagréables, ventes de maisons, de propriétés ! Elle désire bien vivement vous voir. Plus que moi-même ? Vous ne le croiriez pas j’espère ! Comme je voudrais encore revivre les quelques minutes qui ont précédé votre départ ! Si vous vous souvenez de ce que je vous disais à la portière de votre wagon, pensez que c’est l’expression très affaiblie par le langage humain de toutes mes pensées !! Ecrivez-moi ! Revenez ! mais revenez vite ! et dites tous mes souvenirs à tous les coins du Palazzo ! Votre mille fois dévoué Gabriel Fauré.

Tous mes souvenirs les plus amicaux à Mistress Gilbert.

Madrid, le 9 Debré 1918

Madame,

Je ne réponds qu'aujourd'hui à votre lettre du 16 novembre parce que je voulais pouvoir vous donner le projet de sujet pour la pièce. Je l'ai, enfin, trouvé réunissant à toute ma satisfaction les conditions que je crois nécesaires pour votre théâtre et pour mon travail.

Ce sujet, vous le trouverez en lisant le chapitre XXVI de la 2ème partie de Don Quijote : El Retablo de Maese Pedro (Le Tréteau de maître Pierre). Je suivrai le texte de Cervantès du commencement de la représentation - faite par des marionnettes sur un petit théâtre placé sur la scène. On supposera que les spectateurs cités dans le texte se trouvent devant le tréteau. On les entendra mais on ne les verra pas. C'est seulement à la fin que Don Quijote monte violemment sur la scène pour punir ceux qui vont à la poursuite de Melisendra et Don Gayferos, et la représentation finirait sur les paroles qu'il prononce (Don Quijote) à la gloire de la chevalerie. Je serai content de savoir que ce sujet vous plaît, comme je l'espère, et en attendant votre réponse - ainsi que celle que vous avez bien voulu m'annoncer au sujet des représentations en spectacle public - je vous prie, Madame, d'agréer mes hommages et de croire à mes sentiments bien respectueusement dévoués. Manuel de Falla.

Lagasca 119