80, avenue du Bois de Boulogne

17 .II /10

Madame,

excusez-moi, je viens d’être assez souffrant pour ne pouvoir conduire Ibéria dimanche prochain au Concert Colonne, et dans l’obligation de demander à mon ami Pierné de le faire à ma place.

Pour ne pas fâcheusement vous manquer au dernier moment, il faut mieux que je renonce au plaisir de diriger les trois choeurs chez vous... Je suis loin d’être remis et ne pourrai me pardonner de vous causer un double ennui.

Croyez, Madame, à tous mes regrets de ce manque, qui n’est pas absolument ma faute et daignez accepter l’hommage de mon profond respect

Claude Debussy

(sans date)

 

9, rue de Beaujolais

 

Louvre 68-56

Chère Winnie, j'ai une angine et 38,5. Je ne vous verrai donc pas aujourd'hui à Neuilly. Mais si je pouvais vous voir je vous confierais l'embarras et l'espoir où je suis. Mais j'ai plus de courage en écrivant, surtout en profitant de la fièvre.

Voici. Edmond de la Gandara, Lina Cavalieri et moi nous voudrions acheter cette maison que j'habite. Elle coûte 1 200 000 francs. Ce sont deux très braves types, qui me laisseraient habiter le magnifique et soleilleux premier étage. Encore faut-il que je puisse l'acheter. Il me manque une partie de la somme, car je ne pourrais réaliser que cent cinquante mille francs (c'est, hélas la moitié !) je suis extrêmement honnête garçon, je gagne en ce moment, tous les ans, pas mal d'argent, et je pourrais le rendre par annuités, et même vite, et nous avons une option de 15 jours à dater du 1er avril. Lina Cavalieri prend deux étages, le 2ème et le 3ème. Je n'aurais pas cru que j'oserais vous traiter autrement que mon amie la plus chère, c'est-à-dire que j'étais fière de ne vous rien demander. Excusez-moi, et gardez-moi toute votre affection. Cela s'est fait si vite que je perds, vous voyez, ma retenue et mon sang-froid. Il n'y a rien de pareil à cet appartement de trois pièces, qui sent le parquet de chêne et le soleil ! Chère Winnie, je suis tendrement à vous.

Colette

Je puis encore vous proposer ceci : que vous achetez l'étage, et que je vous paie (c'est M. Hériard, le propriétaire actuel, qui me donne les chiffres) dix-huit mille francs de loyer. Il dit que c'est équitable ?

Pardon pour les ratures et surcharges !

                                                                                                              43 Avenue Henri Martin

Monsieur, Je m'excuse de n'avoir pu encore vous remercier de votre lettre, et vous dire mon regret d'avoir été obligée de remettre mon voyage en Espagne. Les nouvelles que vous me donnez de votre ouvrage me font bien grand plaisir, et j'ai hâte de le connaître. Ne devez-vous pas venir à Paris prochainement ? Des amis communs me l'avaient fait espérer. Je ne quitterai Paris qu'au mois d'août, et je serais très heureuse si d'ici là j'avais l'occasion de vous rencontrer.

Croyez je vous prie Monsieur à toute la part que je prends au deuil qui vous a si cruellement frappé, et que j'ai appris avec beaucoup de respect.

J'espère vous voir bientôt à Paris, ou en Espagne plus tard - et je vous envoie en attendant l'expression de mes sentiments très distingués

Pcesse Ed de Polignac

15 mai 19 

(septembre 1891? non daté)

Je vous prie, Chère Princesse, d'excuser le manuscrit que je vous envoie et qui a passé par les mains du graveur. J'en ferai un autre pour vous et je ne vous fais parvenir celui-ci que pour faire plus tôt connaître la dernière mélodie. Vous verrez que comme pour "Clymène" , j'ai essayé une forme qui je crois renouvelle, du moins je n'en connais pas de semblable, et c'est bien le moins que j'essaie de créer du nouveau quand je travaille pour vous qui êtes la personne du monde qui ressemble le moins aux autres !

Après un thème initial qui ne reparaît plus j'introduis pour la 2de strophe un retour de "Green" calmé et radouci ; et pour la 3ème un retour du "en sourdine" exaspéré au contraire, encore plus intense et plus profond, jusqu'à la fin. Cela forme une sorte de conclusion et fait des cinq mélodies une manière de Suite, une histoire, et ç'en est une en réalité ! Malheureusement le dernier chapitre n'est pas vrai ! çà n'est pas ma faute !

J'ai donné "Mandoline" au Figaro avec la dédicace que vous m'aviez indiquée au mois de juillet : "A Madame Winnaretta Singer".

Si je me suis trompé, vous me le direz, n'est-ce-pas? J'ai huit ou dix jours pour faire les corrections que je voudrais. J'avais quelques scrupules parce que vous signez toujours vos lettres : Scey. Encore une fois rien n'est plus simple que de rectifier si j'ai commis une erreur qui puisse vous être désagréable, ce que je redoute le plus au monde !

Comment se porte ma bonne amie, Mistress Gilbert ? Voulez-vous bien lui dire que je ne l'oublie pas et que je souhaite n'être pas oublié non plus !

Adieu, chère Princesse, toujours absente, toujours envolée, toujours sous d'autres cieux ! Je vous réclame et je vous baise les mains de tout coeur

Gabriel Fauré

24 janvier 1934

Princesse,

Merci mile fois pour votre lettre et le programme de votre soirée que j’ai infiniment aimé pour la perfection de son choix, et ceci d’autant plus que la musique manque beaucoup ici. Cependant Bruno Walter a donné un fort beau concert à Lausanne et lundi prochain on jouera les Noces, ce qui me semble une chance bien rare. A part cela un chef d’orchestre nommé Ansermet a donné à la radio de Genève une exécution si traître de notre Partita que j’en ai pleuré devant l’appareil - inutilement bon car il n’y pouvait rien - que l’on m’avait prêté pour cette occasion. Triste soirée causée par la nullité d’Ansermet car je me réjouissais beaucoup, mais j’ai été récompensé par deux articles de presse arrivés par hasard ensemble le lendemain ; le premier commentait un concert de Barcelone où Partita a, dit-on, eu un succès sans précédent, le second, du critique de la feuille de Vevey relatant le concert d’Ansermet et disant qu’il n’avait jamais entendu quelque chose d’aussi horrible et d’inutilement bolcheviste, textuel ! Vous me dites que l’on vous a annoncé la première de Psaume pour le 6 février et cela m’étonne beaucoup car Madame de Casa Fuerte a parlé du 27 du même mois. Naturellement je serais désolé que vous n’assistiez pas à cette première et je ne l’envisage même pas. Aussi vous serais-je reconnaissant de me dire (au cas où il y ait malentendu au sujet du 6) si le 27 vous trouverait à Paris ; et si cela ne vous convenait pas non plus, à quel moment vous me conseilleriez de fixer cette première ; je crois que Madame de Casa Fuerte n’a rien décidé encore au sujet de ce concert, et qu’elle sera enchantée de tout conseil qui puisse la fixer. Le mois de février me semblait propice d’autant plus que je serai à Rome en mars (le Psaume s’y joue le 8) ; maintenant il est possible aussi de remettre carrément la première du Psaume à Paris à plus tard.

Marie-Laure est ici pour quelque temps et vous remercie beaucoup pour vos messages. Nous sommes tous gais, nous lisons et travaillons beaucoup et nous nous disputons comme des enragés sur Milton, qu’elle se refuse d’aimer à mon désespoir, avec un esprit de contradiction passionné et peut-être aussi un peu taquin.

Chère Princesse, je vous serais donc reconnaissant de me fixer pour ce condert du Psaume, car vraiment je serais trop triste que vous n’y soyez pas ; et je vous prie de croire à mon toujours respectueux dévouement.

Igor Markevitch.

Mardi (23 juin 1891 ? non daté)

Chère Princesse,

Je me suis enfin décidé à faire ma rentrée à la Madeleine ce matin et vous savez ce qu'on m'y a dit ? Que j'avais eu bien tort de rentrer si tôt ! C'est désolant ! On me croyait à Rome ! Et vous savez si formidablement combien je voudrais y être allé !

A la Madeleine aussi j'ai trouvé cette lettre de Verlaine, datée du 2 juin et que le concierge de l'Eglise n'a pas songé à envoyer chez moi d'où on me l'eût adressée à Venise.

Je l'aurais reçue près de vous et nous eussions pu tout de suite demander des éclaircissements nécessaires sur ce titre inquiétant "L'hôpital Watteau" ! Dès que j'aurai votre réponse, j'irai ou je n'irai pas voir Verlaine suivant ce que vous m'aurez dit. Peut-être vaudrait-il la peine d'aller voir de près cet étrange projet ! Ne sera-t-il pas toujours temps, s'il ne me paraît pas en harmonie avec vos aspirations et les miennes, (permettez-moi de rêver que nous sommes d'accord !) de lui dire que vous n'avez jamais songé à une fantaisie comique et que vous ne la désirez pas ! Bouchor avec qui j'ai rendez-vous demain, comprendrait avec son extrême délicatesse que nous laissions en suspens, jusqu'à nouvel ordre, nos agréables projets de collaboration.

Voici des nouvelles d'ici : Duez est douloureusement mais non gravement souffrant depuis 24 heures. Il a l'estomac malade et comme tous les géants, rarement entamés par le mal, il geint beaucoup ! Henriette est fort occupée de son départ pour Croissy, de sa mère malade, de mille choses. Il paraît qu'elle vous a envoyé hier une dépêche que vous n'avez pas comprise ; je n'en suis pas surpris et je ne l'aurais pas comprise davantage ! Mais je sais que son intention était bonne et qu'en vous envoyant le nom du morceau que Roger chantait tout le temps à Venise, elle voulait simplement vous égayer !

Est-ce-que je ne vous ennuie pas avec tant de lettres, de dépêches ! Il semble que je frappe constamment à votre porte tandis que vous voudriez la paix et la tranquillité ? Si vous saviez comme il me tarde, comme il me tarde ! Votre mille fois reconnaissant Gabriel Fauré

.Paris, 11 rue Soufflot 8 Xbre 1926

Monsieur l'ambassadeur,

 Voici quelques renseignements que je suis heureux de vous communiquer. 

1°) L'Histoire du Collège de France depuis ses origines jusqu'à la fin du premier Empire, par Abel Lefranc (1 vol 8° de XIV-332 pagzes, Paris, Hachette, 1893) est un ouvrage excellent.

2°) M. Abel Lefranc vient d'en récrire le premier chapitre : les commencements du Collège de France (1529-1544) (mémoire publié dans les Mélanges d'Histoire offerts à Henri Pirenne, 1926, p. 291-306)

3°) Je ne saurais trop recommander à votre ami de lire le bel article où notre administrateur actuel, M. Maurice Croiset, expose au grand public ce qu'est le Collège. Cet article a paru cette année même dans la Revue des Deux-Mondes (1er mai 1926).

4°) Je regrette de n'avoir pas un exemplaire de cet article  à vous adresser. Mais je mettrai à la Poste en même temps que la présente lettre un exemplaire de l'Annuaire du Collège de France que vous pourrez offrir à votre ami et qu'il sera inutile de me retourner : c'est l'annuaire de l'année dernière. Il y trouvera bien des renseignements sur l'activité du Collège et en tête une Notice sommaire, rédigée par M. Maurice Croiset, et qui dit l'essentiel sur notre statut.

5°) Je joins à cet envoi un exemplaire (il sera pareillement inutile de me le retourner) du Règlement du  Collège de France. Renan disait qu'il n'existe en France que deux institutions dont aucun évènement politique (guerre, révolution, etc) n'ait entravé, fût-ce un seul jour, le fonctionnement et dont le règlement s'est maintenu, à peu près le même,  depuis les origines : les Halles et le Collège. A vrai dire, notre règlement a été modifié en 1911, mais selon l'esprit du règlement primitif et pour en renforcer les dispositions libérales.

6°) Le Collège a la "personnalité civile", c'est-à-dire qu'il peut recevoir des legs ; mais il n'a pas encore "l'autonomie financière" ; il espère l'obtenir très prochainement.

Je me réjouis de l'intérêt qu'un étranger veut bien porter à notre maison : il n'en est guère dont notre pays doive tirer plus de juste fierté. Je connais assez bien les Universités étrangères : les vieilles Universtés anglaises, Oxford et Cambridge mises à part, le Collège de France est à peu près le seul établissement d'enseignement du monde où les professeurs ne soient pas "exploités", où ils puissent faire librement leur tâche de savants.

Je vous suis reconnaissant, Monsieur l'Ambassadeur, de l'honneur que vous m'avez fait en m'interrogeant, je reste à votre dispositions et à celle de votre ami pour tout supplément d'information et je vous prie de vouloir bien agréer l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

Joseph Bédier

 

Giverny, par Vernon Eure

Madame,

Je vous remercie infiniment de votre si généreuse participation à la souscription Manet. J'espère que nous arriverons à notre but et qu'enfin Manet sera placé comme il le mérite. Je suis très touché des éloges que vous voulez bien m'adresser pour mon exposition, et suis heureux de vous savoir en possession d'un nouveau tableau de moi. Recevez, Madame, avec mes respectueux hommages, l'assurance de mes sentiments distingués,

Claude Monet

  31 juillet 89 

(juillet 1891 ? non daté)

Chère Princesse,

J'ai été à Paris ce matin pour y chercher et vous envoyer la mélodie, mais cette fois encore mon copiste est en retard. Je ne sais si c'est lui, ou sa femme, ou son chien qui s'est cassé la patte, toujours est-il qu'il a argué d'un accident pour excuser son inexactitude !!

Ce sera, je l'espère, pour demain. Comme consolation j'ai le plaisir d'envoyer le livre à Bouchor dont j'ai eu quelque peine à trouver l'adresse. L'heureux poète se cache dans la villa Monplaisir, à Pornichet, (Loire-Inférieure) au bout du vaste, vaste océan ! Là où l'ouragan et la pluie même deviennent une manière de jouissance !

Ici les mêmes phénomènes naturels ne sont qu'ennuyeux, précipitant sur les passants des objets dont la véritable carrière est de rester sur les toits, tels que tuiles et ardoises ! Dire que M. Le Comte de V. ou Mme de Saint-Ph...(qui rime avec Parsifal !) ou simplement Clairin1 pourrait recevoir une cheminée sur le crâne et qu'aucun d'eux, sans doute, ne recevra rien du tout !

Me voici loin du divin Boudha et de la mansuétude ! Et pour y revenir il faut que je vous confesse quelques minutes de faiblesse ; comme un retour vers mes fâcheuses tendances passées que l'on disait être excès de défiance de soi-même ! vraiment n'avez-vous pas pour moi de trop ambitieuses visées et avez-vous bien mesuré la hauteur et la grandeur d'un tel sujet ? J'en ai été d'abord troublé, mais tant pis, je me rassure et suis tout prêt à me mesurer corps à corps avec le sublime !! Ce n'est plus seulement de l'ambition, c'est la plus folle des présomptions ! La fable de Phaëton même me paraît une pitié ! car je pense qu'avant d'être précipité des sommets de l'azur, il a dû, en somme, passer un très délicieux moment !

Et puis, qui ne risque rien n'a rien et , enfin, il faut que l'histoire des Médicis serve à quelque chose !! ne fût-ce qu'à m'entraîner à bavarder avec vous plus que vous ne le voudriez ? Vous devez cependant avoir quelques loisirs et je voudrais un instant vous distraire de vos préoccupations.

J'espère que tout va bien, que je recevrai bientôt de bonnes nouvelles de vous et je vous prie, chère Princesse, de croire toujours à ma profonde et bien affectueuse reconnaissance                                                           Gabriel Fauré

14 avril 1896

Chère Madame,

J'ai vu Bordes hier et je viens en son nom et au mien vous remercier de votre générosité pour notre petite "Schola" naissante.

Nous avons examiné les voies et moyens pour mener à bien notre entreprise de "Johannès Passion", et nous avons constaté que, tout bien considéré, ce concert coûtera environ 3, 000 francs (car je n'avais pas compté dans mon devis les frais de publicité). Si, (étant donné que vous voulez bien nous faire largesse d'un billet de mille francs), vous croyez pouvoir nous répondre qu'il vous sera possible de placer sûrement mille autres francs de billets, dans ce cas, nous pouvons marcher, car, avec la recette de la porte nous couvrirons au moins les mille francs de frais restants et il faut espérer que la recette même dépassera ces mille francs, quoique à cette époque tardive de l'année, bien des gens ne se soucient plus guère d'aller au concert.

Je vous serais donc extrêmement reconnaissant de nous faire savoir si outre les mille francs que vous donnez généreusement, vous croyez pouvoir nous assurer d'un placement de billets pour la somme de 1 000 francs, car ce n'est que dans cette hypothèse que nous pouvons nous permettre d'engager les musiciens, choristes, etc.. et, sans cela, nous risquerions d'endetter notre malheureuse "Schola", qui est déjà assez misérable comme cela !

Encore une prière : dans le cas où nous pouvons marcher en avant pour ce concert, vous m'avez dit que d'Harcourt nous donnerait une salle, mais il serait bon qu'il vous en donnât l'assurance par écrit, car avec lui il faut prendre ses précautions, et nous vous serions extrêmement reconnaissants de lui demander sa salle avec l'orgue pour le vendredi soir 28 mai, pour deux répétitions à fixer postérieurement.

Mille pardons, chère Madame, de vous importuner ainsi, mais notre "Schola" nous passionne tellement et votre bonté pour la vraie musique nous a été si souvent prouvée que nous n'hésitons pas à abuser, espérant que vous absoudrez notre importunité en faveur du double but très élevé à atteindre.

Veuillez agréer, chère Madame, l’expression de mes plus sympathiques hommages,

Vincent d’Indy

PS : Il est bien entendu que nous chanterons entre les deux parties de la Passion, Marthe et Marie, qui fera un très bon intermède au milieu des hautes sévérités de Bach.