Laboratoire de Physique

74, rue de Vaugirard

Madame,

Votre notaire m’a prévenu que vous mettiez à ma disposition chaque année chez lui pendant sept années consécutives, en deux versements, le 15 juillet et le 15 décembre, une somme de quatre mille francs. En attendant que j’aie l’honneur de vous être présenté lundi, je vous adresse mes vifs remerciements. Je suis heureux d’être délivré des soucis matériels pour mes achats d’appareils.

Veuillez agréer, Madame, l’expression de ma respectueuse reconnaissance.

E. Branly

23 mai 1912 

Littré 05 34                                                                                                     3, impasse Valmy

 16 janvier 1931                                                                                                46, rue du Bac

 

 Chère Princesse,

C'est une grande joie pour nous tous qui avons pour vous une admiration sincère et une affection profonde que vous ayiez été décorée. Et nous en sommes reconnaissants à notre gouvernement. Vous avez tant fait pour la France, et pour sa musique et pour ses sciences que l'on vous devait bien ça ! Mais il fallait le reconnaître ; il est bien heureux que ce soit fait. J'ai eu le plaisir de dîner à côté de vous le soir du jour où vous aviez fait une donation pour notre hellénisme ; je n'ai jamais oublié votre joie, votre enthousiasme, la manière dont vous parliez de la Grèce ; ce soir, j'ai commencé d'avoir pour vous ces sentiments de respect ému qui me rendent aujourd'hui si content pour vous. Donc servir la France et l'art comme vous l'avez fait, avec tant d'amour, c'est s'assurer une place dans la mémoire des êtres et notre reconnaissance se matérialise aujourd'hui.

Chère Princesse, je vous écris tout cela parce que je sais bien que je ne vous le dirai jamais de vive voix.

Ma femme se joint à moi pour vous adresser nos félicitations et vous assurer de nos sentiments bien dévoués

Edmond Jaloux.

29 décembre 1920 (photocopie confiée par la Fondation Manuel de Falla)

Cher Monsieur,

Je suis tout à fait attristée de savoir que vous avez été si souffrant. J'ai été malade moi-même tout l'été. Je ne puis malheureusement vous fixer aucune date pour la représentation. Prenez tout le temps que vous voudrez pour finir l'oeuvre.

Je suis trop souffrante encore pour faire un projet d'ici longtemps. Tous mes meilleurs souvenirs.

Pcesse Ed de Polignac.

(non daté)

109 avenue Henri Martin

Pauvre chère amie, je suis accablée par votre lettre, si je n'étais pas couchée et pas bien , j'accourrais, je suis malheureuse de votre douleur plus que je ne peux dire, je veux parler avec vous, je sens que quand même je pourrai vous faire un peu de bien. Ayez de l'héroïsme, cela aussi est enivrant. Pour ce soir, prenez quelque chose pour dormir et ne pensez pas lisez, tournez-vous vers autre chose. En somme depuis un an que vous vivez seule un grand chemin est fait sans que vous vous en doutiez, vous enterrez un mort, voilà tout, croyez-moi c'était déjà mort en vous. Je me le disais souvent, il y avait là-bas trop d'indignité mais vous aurez votre vengeance, laissez les vivre, vous verrez dans quel enfer chacun tombera bientôt ; et vous vous êtes sauvée Dieu merci. Je pense à vous sans m'arrêter. A.

Montjoye,

Rambouillet

Seine et Oise                                                                              Le 29 juin

 

Ton mot aimable et spirituel a été, par moi, communiqué à la maîtresse de cette maison qui t'y a reconnu. Le mari n'a pas eu le temps d'apprécier le charme de ton esprit tu le lui pardonneras en raison de ses laborieuses préoccupations. Suivi d'un valet de chambre tapissier qu'il a ajouté à son personnel, il parcourt du matin au soir les appartements décrochant et accrochant les rideaux ou les tentures et étudiant avec "anxiété" les plis plus ou moins solennels qui résultent du nouvel accrochage - puis il fait comparaître successivement chacun de ses serviteurs et les interroge sur l'effet produit par son opération. Inutile de te dire qu'ils s'écrient toujours : " Monsieur vous avez raison." La propriété est toute petite. La maison a été reconstruite par les La Tremoïlle - puis habitée par la Baronne de Santos qui l'a vendue à Madame Standish. La maison se compose de grands et petits morceaux, vaste salle à manger- une pièce grande comme les trois grandes qu'elle contient - très confortable - fraîche en été chaude en hiver - au paté qui contient les pièces monumentales est accolé une petite maison avec des chambres suffisantes. J'habite à vingt pas du monument un petit pavillon qui gît aux pieds d'un énorme réservoir. Ce réservoir contient les eaux que lui amène une machine à vapeur construite dans la vallée. Le tout est baroque, fantasque, décousu - très confortable -très soigné dans le détail par Madame Standish - beaucoup de roses partout. Dedans et dehors - placé sur une hauteur, en très bon air, et à petite distance d'Esclimont, de Bonnelles, de Dampierre et de Rambouillet. Standish flanqué de son élève tapissier y joue les Lords à la jubilation des habitants de ce Palais. Seuls, le Prince et la Princesse de Galles manquent à son tableau. Inutile d'ajouter qu'aucun gibier ne fréquente dans le parc ou jardin planté d'arbres.Le père d'Escars venu récemment s'est écrié en arrivant : mais c'est une mosquée !! - Je partirai prochainement pour faire à Marienbad ma saison contre les rhumatismes - Veinard ! tu en es dépourvu - du Lau revient de Londres où il a béni les Aoste.

Sur ce je te la souhaite à tes souhaits

amitiés

Galliffet

Paris, Dimanche (21 juin 1891? non daté)

Chère Princesse

Je suis désolé qu’une dépêche de vous ait été perdue à l’hôtel de France ! Nos amis n’ont pa permis que nous nous y arrêtions, le lieu leur paraissant insuffisant pour votre suite ! C’est donc à l’hôtel Isotta que nous sommes descendus. Du reste, toute cette fin de voyage à eu l’incohérence que je prévoyais. Votre commandement faisant défaut l’anarchie a régné sans frein et notre court séjour à Gênes s’est passé à perdre notre temps. La ville nous a fort déplu : belle de loin, nous l’avons trouvée en réalité, triste, laide, sale, avec une insuportable odeur de poisson malade ! Il est vrai que nous étions si prédisposés à trouver tout odieux depuis la séparation de Florence !

Quelques heures du soir, passées au bord de la mer, avec l’admirable lune, m’ont plus attristé que réjoui : le même spectacle peut paraître joyeux ou profondément mélancolique suivant les circonstances, comme le pourrait dire Mr de La Palisse, mais tout ce que disait Mr de La Palisse n’était pas si bête, étant l’éternelle vérité ! Croyez-vous que dans les inoubliables inpressions qui me tiennent toujours à Venise et à Florence, Venise et Florence soient même pour la moitié ??

La journée d’hier depuis l’arrivée à Paris s’est passée à reprendre contact ! Cependant, dans l’après-midi, la fatigue a été la plus forte, j’ai dormi et je n’ai pas pu vous écrire assez tôt ! Naturellement des ennuis me guettaient ici : cela n’est pas long de passer de la lumière radieuse aux teintes grises ! Et puis le temps nous donne le même spectacle : noir et froid après l’étincelante Italie !

Votre dépêche et votre lettre m’ont délicieusement ému ! alors vous avez pensé que je pensais, sans y manquer une minute, à tant d’heures si délicieuses, si in-retrouvables, c’est à-dire à vous, à vous, à vous ? Et votre amitié si indulgente à voulu m’apporter un lointain secours ! Je vous en suis mille fois reconnaissant et je ne puis vous dire combien j’en suis touché !

J’ai vu Mme Baugnies quelques instants à peine : elle est, notre pauvre amie, plongée dans les soucis d’affaires les plus désagréables, ventes de maisons, de propriétés ! Elle désire bien vivement vous voir. Plus que moi-même ? Vous ne le croiriez pas j’espère ! Comme je voudrais encore revivre les quelques minutes qui ont précédé votre départ ! Si vous vous souvenez de ce que je vous disais à la portière de votre wagon, pensez que c’est l’expression très affaiblie par le langage humain de toutes mes pensées !! Ecrivez-moi ! Revenez ! mais revenez vite ! et dites tous mes souvenirs à tous les coins du Palazzo ! Votre mille fois dévoué Gabriel Fauré.

Tous mes souvenirs les plus amicaux à Mistress Gilbert.

(juillet 1891 ? non daté)

Chère Princesse,

J'ai été à Paris ce matin pour y chercher et vous envoyer la mélodie, mais cette fois encore mon copiste est en retard. Je ne sais si c'est lui, ou sa femme, ou son chien qui s'est cassé la patte, toujours est-il qu'il a argué d'un accident pour excuser son inexactitude !!

Ce sera, je l'espère, pour demain. Comme consolation j'ai le plaisir d'envoyer le livre à Bouchor dont j'ai eu quelque peine à trouver l'adresse. L'heureux poète se cache dans la villa Monplaisir, à Pornichet, (Loire-Inférieure) au bout du vaste, vaste océan ! Là où l'ouragan et la pluie même deviennent une manière de jouissance !

Ici les mêmes phénomènes naturels ne sont qu'ennuyeux, précipitant sur les passants des objets dont la véritable carrière est de rester sur les toits, tels que tuiles et ardoises ! Dire que M. Le Comte de V. ou Mme de Saint-Ph...(qui rime avec Parsifal !) ou simplement Clairin1 pourrait recevoir une cheminée sur le crâne et qu'aucun d'eux, sans doute, ne recevra rien du tout !

Me voici loin du divin Boudha et de la mansuétude ! Et pour y revenir il faut que je vous confesse quelques minutes de faiblesse ; comme un retour vers mes fâcheuses tendances passées que l'on disait être excès de défiance de soi-même ! vraiment n'avez-vous pas pour moi de trop ambitieuses visées et avez-vous bien mesuré la hauteur et la grandeur d'un tel sujet ? J'en ai été d'abord troublé, mais tant pis, je me rassure et suis tout prêt à me mesurer corps à corps avec le sublime !! Ce n'est plus seulement de l'ambition, c'est la plus folle des présomptions ! La fable de Phaëton même me paraît une pitié ! car je pense qu'avant d'être précipité des sommets de l'azur, il a dû, en somme, passer un très délicieux moment !

Et puis, qui ne risque rien n'a rien et , enfin, il faut que l'histoire des Médicis serve à quelque chose !! ne fût-ce qu'à m'entraîner à bavarder avec vous plus que vous ne le voudriez ? Vous devez cependant avoir quelques loisirs et je voudrais un instant vous distraire de vos préoccupations.

J'espère que tout va bien, que je recevrai bientôt de bonnes nouvelles de vous et je vous prie, chère Princesse, de croire toujours à ma profonde et bien affectueuse reconnaissance                                                           Gabriel Fauré

Madame,

Je vous remercie bien de votre envoi. Je viendrai avec tant de plaisir travailler dans votre magnifique atelier et je compte vous faire poser ainsi que vos amies.

Recevez, Madame, mes hommages respectueux.

Bien reconnaissant

Helleu

Fourques 1935-

Princesse,

Laissez-moi vous dire ma longue et profonde et respectueuse tendresse, faite de souvenirs du coeur, tous précieux et forts.

votre Jean Cocteau

Giverny par Vernon Eure

Madame,

Je viens vous remercier de l'envoi des cinq mille francs que Sargent m’a transmis de votre part et vous dire en même temps combien je suis heureux et flatté que mon tableau vous plaise. Sargent m'a fait part de votre désir de participer à la souscription que nous faisons entre amis et admirateurs de Manet pour acheter son Olympia, et l'offrir au Louvre. C'est très aimable à vous, Madame, et je vous en remercie au nom des organisateurs de la souscription et au mien. Vous priant de me faire savoir le plus tôt possible pour quelle somme je dois vous inscrire, agréez, Madame, l'expression de mes sentiments distingués

Claude Monet

22 juillet 89. 

PS. Je vous enverrai la liste des premiers souscripteurs.