80, avenue du Bois de Boulogne

17 .II /10

Madame,

excusez-moi, je viens d’être assez souffrant pour ne pouvoir conduire Ibéria dimanche prochain au Concert Colonne, et dans l’obligation de demander à mon ami Pierné de le faire à ma place.

Pour ne pas fâcheusement vous manquer au dernier moment, il faut mieux que je renonce au plaisir de diriger les trois choeurs chez vous... Je suis loin d’être remis et ne pourrai me pardonner de vous causer un double ennui.

Croyez, Madame, à tous mes regrets de ce manque, qui n’est pas absolument ma faute et daignez accepter l’hommage de mon profond respect

Claude Debussy

 

Bien chère Princesse,

Je vous envoie tous mes meilleurs souhaits de bonne année, et regrette vivement que votre indisposition m’avait empêché de vous voir et de vous le dire de vive voix.

Je me souhaite donc de vous revoir prochainement en bonne santé et vous prie, bien chère Princesse, de trouver ici l’expression de ma grande et toujours fidèle admiration

Votre Igor Stravinsky

Biarritz, «  Les Rochers », 31 déc 22 

36, rue Ballu 9e
Téléph : Trinité 20-17
sans date.

Chère Princesse,

Comme votre affection m'est douce - ces derniers jours ont été si durs, si terribles et me laissent si "fatiguée". Maman a été, comme toujours, oublieuse d'elle-même, à un degré incroyable. Sa seule pensée maintenant est de me persuader que, après elle, rien ne doit changer. Et je me retrouve 17 ans en arrière - Comme jadis ma petite Lili, Maman aujourd'hui n'a qu'un souci, moi, ma paix, et encore moi.

Je ne sais si je mérite de si lumineux privilèges, qui me donnent de la vie un tel respect - et en Dieu, une telle foi - mais... tant de deuils, de tristesses, d'efforts, de renoncements se sont accumulés que mon coeur est à bout de forces. Et il faut pourtant travailler, sourire et tenir. Je crois que j'y réussirai encore - mais comment y parvenir "à l'intérieur". Vous m'aiderez, chère Princesse, j'en suis sûre, aux heures où le courage m'abandonnera - vivre encore avec cette angoisse, c'est une telle terreur !

Maman , encore très faible, est mieux. Vous l'aimeriez plus encore, si tranquille, oublieuse d'elle-même si totalement . Son coeur est moins inquiétant et elle garde un ressort étonnant. Mais cette crise - et cette menace !

Je suis d'un coeur profondément attaché, votre

Nadia

69, boulevard Suchet

Auteuil 41-38 (sans date)

Que pensez-vous de moi, mon cher réconfort ? Et pensez-vous quelque chose de moi ? Je ne suis pas sûre que vous soyez à Venise. Mais une chose est certaine : il faudra beaucoup d'heures pour que je vous raconte ma vie, et la tournée, et le comique désolant des Casinos, et la chaleur, et le ruisseau à écrevisses dans lequel j'ai dû me précipiter, le derrière en premier, pour éviter une insolation grave, sur une route blanche du Lot, par 40 degrés de chaleur. Et tant et tant d'histoires qui veulent, pour être écoutées et contées, un peu de bois, un divan et un verre de vin chaud !

Tout m'arrive, pourtant je ne cherche rien. Le Maurice d'Anna, si j'ose écrire, est un chic garçon qui se bat, dans un complet silence, contre ses em...nuis personnels. Pour une fois, me voilà en bonne compagnie, je vous le dis parce que vous êtes bien capable de vous en inquiéter.

La petite voiture est sans reproche ! Elle m'a menée à Deauville et à Dieppe (représentations) comme un zèbre. Le roman ? il avance.  Je ne m'occupe que de lui, je ne fais pas trois francs de journalisme. Aussi je viens de traverser une de cespetites crises financières... Elle est passée, chantons, chantons, sablons le gorgonzola à pleins verres, et que le veau froid pétille au fond des coupes ! Mais il ne faudrait tout de même pas vous imaginer que je vais vous laisser passer l'hiver à Venise ! Je trouve que je vous ai déjà laissé beaucoup de liberté depuis juillet. Allons-nous en à la Scala de Milan, qui vient d'adopter l'Enfant que me fit Ravel ! Voulez-vous ?

Et puis je vais avoir besoin de vous pour Hélène Picard, qui ne va pas assez mieux. Voilà : je ne lui trouve pas d'éditeur pour son prochain volume de vers qui est beau, et s'intitule "Pour un mauvais garçon". Alors nous voulons, Carco, moi, Léo Marchand, Maurice Goudeket et Germain Patat, peut-être un ou deux autres, nous voulons faire imprimer son volume à nos frais, çà coûte, brochage compris, (dit Ferencsi) une douzaine de mille pour faire un tirage honorable, et si je vous l'écris, c'est que je sais que vous serez fâchée si nous le faisons sans vous. Donc, donnez-nous, s'il vous plaît, ma très chère Winnie, une petite part. Et demain soir, je dîne chez Louis Louis-Dreyfus, je vais le taper pour Hélène,- çà sera dur, mais il ne connaît pas, - pas encore ! - ma vénalité.

Je m'ennuie de vous, prenez-en votre parti. C'est long, plusieurs mois sans vous voir pour quelqu'un qui vous a, depuis peu, retrouvée.

Du 6 au 16 octobre, je vais à Bruxelles pour jouer, parbleu, Chéri. Ce n'est pa svotre chemin pour revenir ? Je vous embrasse.

Anna de Noailles a employé tout septembre à taper sur le ventre de Painlevé, qui passe pour très amoureux d'elle. Je vous embrasse. Il fait juste le temps immobile, faiblement doré, traversé de guêpes et de fil de la Vierge, juste le temps qui désole les gens de Paris. Je vous embrasse. Et je suis votre Colette.

Madame

Le projet que l'illustre coryphée-fée propose et que nous disposons (auquel Dieu peut bien prêter vie comme à chose notable et noble) n'eût-il rencontré que votre chaleureux accueil et remporté que votre adhésion sympathiquement enthousiaste, c'est de quoi le saluer déjà. Mais il n'aura point fait ce pas pour reculer, j'espère. Les parties étant d'accord, le mystère requis, les silences acquis, des dates s'imposent à mesure des circonstances mûries, des situations envisagées, des impedimenta surmontés.

De retour, ou tout au moins de passage vers le milieu de septembre, avec des éclaircissements plus précis, j'aurai hâte de vous les porter précieusement ainsi que mes remerciements pour votre gracieux zèle en lequel je vous salue, Madame, d'affectueux gré, et de délicate assurance.

R. de M.

sept. 92

Winnie chère, croyez-moi, Beauvallon n'est pas possible ! J'ai à Seawood Lodge (à 500 mètres de chez moi, villa isolée, propriétaire charmant, table excellente, c'est tout nouveau, jardins, fleurs, bord de mer très élevé) une chambre qui ne peut pas ne pas vous plaire ! Je reviens, je vais conduire Maurice Goudeket à un train inéluctable de 6h à St Raphaël, le povre ! Mais ne restez pas à Beauvallon, vous prendriez tout le pays en grippe ! A tout à l'heure, dînons ensemble, ou chez moi (frugalité) ou à Seawood (bon dîner et vin un peu là !) Naturellement, votre dépêche m'a été remise ce matin à 8 heures. Je vous dirai qui j'ai fait déménager pour vous, à Seawod. Votre Colette.

24 Jan (1923 ? non daté) photocopieconfiée par la fondation Manuel de Falla

43, Avenue Henri-Martin, XVIe

Cher Monsieur-

Je m'excuse d'avoir tant tardé à répondre à votre lettre du 10 Jan. mais j'ai été assez souffrante de la grippe.

Je suis enchantée que la Sté Philarmonique de Séville ait l'intention de faire entendre le "Retablo" au mois de mars, et je vous prie de m'indiquer la date de l'audition quand elle sera fixée. J'accepte bien volontiers votre aimable proposition de me dédier le "Retablo". Je trouve l'idée d'une représentation par des marionnettes excellente. Peut-être pourrait-elle avoir lieu chez moi au mois de mai (fin) ou de juin.

J'étais, je l'avoue, surprise du long retard, (bien involontaire, j'en suis sûre,) que vous aviez apporté à l'exécution de nos petites conventions. Vous me remettrez sans doute plus tard la partition autographe ainsi qu'il était convenu, et j'espère que j'aurai la joie d'entendre votre délicieux ouvrage chez moi vers la fin du printemps. Avec tous mes voeux de nouvel an croyez je vous prie cher Monsieur à mes sentiments d'admiration et de sympathie

La Pcesse Ed de Polignac.

(1918 ? non daté)

102 bd Haussmann

Princesse,

Quel ennui - je ne dis pas que, moi qui n'y vois pas clair, je vous aie longuement écrit - mais que vous qui souffrez du bras (je n'en savais rien, j'en suis navré), vous m'ayiez répondu - pour un résultat nul. En effet (et cela tient probablement 1°- à ma mauvaise écriture, 2°- à la longueur exagérée de ma lettre, longueur qui a dû vous rebuter dès la seconde page) je vous disais exactement le contraire de ce que vous avez compris. Je vous disais : "Je vois des inconvénients, peut-être imaginaires, à dédier au Prince les 3 derniers volumes de mon livre. Mais je n'en vois aucun à lui dédier le prochain (le 2ème) "A l'Ombre des jeunes filles en fleurs". Vous me répondez : "Du moment que vous voyez des inconvénients à dédier au Prince le 2e volume". Or, (puisque sans cela vous aimeriez que je lui dédiasse, et que cela n'existe pas puisque je vous ai écrit le contraire), dans le doute, pressé par le temps, croyant m'inspirer du sentiment de votre lettre, j'envoie exprès quelqu'un à Étampes demander à l'imprimeur d'ajouter la dédicace. Je n'ai plus le temps de la faire longue (Chaque jour j'attendais heure par heure votre réponse!). J'ai mis simplement ceci : A la mémoire chère et vénérée du Prince Edmond de Polignac. Hommage de celui à qui il témoigna tant de bonté et qui admire encore, dans le recueillement du souvenir, la singularité d'un art et d'un esprit délicieux. J'espère qu'il sera temps encore et que cela pourra être imprimé. Maintenant, si pour une raison quelconque, (ce que je trouverais tout naturel) vous préfériez, malgré tout, pas de dédicace, ayez la bonté de me faire télégraphier. Dans le cas contraire, ne prenez pas la peine de me répondre et la dédicace sera imprimée, sauf impossibilité matérielle de la Semeuse (l'imprimerie d'Étampes). Ce qui m'a décidé à envoyer la dédicace, c'est naturellement surtout le fait que la raison que vous donnez contre elle, et avec regret semble-t-il, est une raison que je ne vous ai nullement donnée comme vous paraissez le croire puisqu'au contraire je trouvais les objections possibles pour les autres volumes non fondées pour celui-là. Mais c'est aussi parce que j'ai vu Morand (avant de recevoir votre lettre), que je lui ai dit mon impatiente attente (sans lui parler naturellement des raisons que je vous avais soumises, des objections possibles, ni des ennemis jaloux) et qu'il m'a parlé avec force du plaisir que cela vous ferait qu'il me conseillait de ne pas anéantir en attendant une permission qui viendrait peut-être trop tard. Or Princesse je désire beaucoup vous faire plaisir. Ma lettre de l'autre jour - de ces lettres gauches où l'on écrit dans l'indécision de ce qu'on pense, avec l'imprécision de la vérité - n'a pas pu vous faire plaisir. Peut-être maintenant la dédicace vous en fera-t-elle et un malentendu de vingt ans sera-t-il dissipé. De cela je jouirai matériellement peu, puisque je ne sors jamais, mais il me sera doux, même à distance, de nous sentir "bien ensemble", de ne plus avoir dans les lettres de "Cher Monsieur" etc.

Daignez agréer, Princesse, mes hommages respectueux,

Marcel Proust

Paris, 11 rue Soufflot,

2 juin 1929.

Princesse,

Le jour où j'ai eu l'honneur de vous être présenté, vous m'avez dit qu'il vous serait agréable d'être renseignée avec quelque précision sur l'appareil dont les biologistes du Collège de France souhaitent si vivement être pourvus. En conséquence, deux d'entre eux, M. André Mayer, directeur du laboratoire d'Histoire naturelle des corps organisés, et M. Henri Piéron, directeur du laboratoire de Physiologie des sensations, se sont mis en devoir de composer une notice sur l'oscillographe cathodique et son emploi en biologie. 

La rédaction en a été entravée par diverses corconstances accidentelles ; mais il n'y avait pas péril en la demeure, car le Ministre des Finances et le Ministre de l'Intérieur n'ont pris que la semaine dernière les dispositions requises par les articles 17 et suivants du Décret : en sorte qu'il nous a été impossible jusqu'ici d'informer officiellement l'Administrateur du Collège de France de la décision prise par le Conseil et de la communiquer au public.

Enfin, toutes les formalités administratives sont aujourd'hui remplies, et j'ai reçu, tirée à une trentaine d'exemplaires, la notice désirée. J'en adresse un exemplaire à chacun des membres du Conseil d'Administration, et vous en recevrez une dizaine en même temps que la présente lettre. Je garde les autres à l'intention des chroniqueurs scientifiques qui auront prochainement l'occasion de parler de la Fondation Singer-Polignac dans les revues ou les journaux.

Je souhaite, Princesse, que cette notice vous satisfasse et qu'elle vous donne le juste sentiment du grand bienfait dont la science française vous sera redevable. Ce que je puis en tous cas attester, c'est la joie qu'ont ressentie mes collègues quand ils ont appris la belle nouvelle. Le Collège de France doit célébrer dans un an, au mois de juin prochain, le 4ème centenaire de sa fondation par le roi François 1er, et des savants venus des quatre coins du monde participeront à ces fêtes. Nous serons fiers de montrer à nos hôtes étrangers, comme un rare joyau, le bel appareil, tout nouvellement installé, dont la Princesse Edmond de Polignac aura doté notre vieille maison.

Veuillez agréer, Princesse, l'hommage de mon très profond respect.

Joseph Bédier

 

Vendredi . (sans date)

Mes excuses au Royaume-Uni pour ce papier beurre-frais, nous ne sommes pas encore en deuil de Loubet de ce côté-ci de l’eau.

Dearest Winn,

j’espère que votre traversée aura été bonne en dépit des pronostics du New-York Herald.

Je ne vous ai pas écrit, étant encore ravagé par mon fléau dentaire ; aujourd’hui, ma vieille mâchoire s’est un peu améliorée. Je n’ai guère d’aliment à donner à ma correspondance en fait de nouvelles. Je ne vois personne et poursuis patiemment mon petit labeur quotidien par habitude et par conscience. J’espère que vous aurez l’occasion de voir le Défilé Funèbre de samedi. Avez-vous eu, en fin de compte, votre flirt épileptiforme pour vous aider à l’installation du bord ; la désarticulation doit être incessante et inquiétante dans les cahots de la traversée.

Bien chère Winn, ma tendresse et mon vieux souvenir vous suivront à Paignton, pensez-y un peu à moi qui vous aime si profondément et chaque jour davantage. Tendresses à Paris, à tous les siens et les vôtres.

Je t’embrasse de tout mon coeur. Edmond.