(non daté)

109 avenue Henri Martin

Pauvre chère amie, je suis accablée par votre lettre, si je n'étais pas couchée et pas bien , j'accourrais, je suis malheureuse de votre douleur plus que je ne peux dire, je veux parler avec vous, je sens que quand même je pourrai vous faire un peu de bien. Ayez de l'héroïsme, cela aussi est enivrant. Pour ce soir, prenez quelque chose pour dormir et ne pensez pas lisez, tournez-vous vers autre chose. En somme depuis un an que vous vivez seule un grand chemin est fait sans que vous vous en doutiez, vous enterrez un mort, voilà tout, croyez-moi c'était déjà mort en vous. Je me le disais souvent, il y avait là-bas trop d'indignité mais vous aurez votre vengeance, laissez les vivre, vous verrez dans quel enfer chacun tombera bientôt ; et vous vous êtes sauvée Dieu merci. Je pense à vous sans m'arrêter. A.

16 novembre 1918    (Photocopie confiée par la Fondation Manuel de Falla)

Monsieur,

J'ai, depuis longtemps, une grande admiration pour vos oeuvres musicales, pour les avoir jouées moi-même, et pour les avoir souvent entendues par notre ami Monsieur Richardo Vines, dont vous appréciez comme moi le grand talent. J'avais le projet d'aller en Espagne au mois d'octobre, mais je suis maintenant obligée de retourner à Paris, où je resterai tout l'hiver, et ce n'est qu'au mois de mars que je puis espérer me rendre à Madrid. Si d'ici là vous venez à Paris, j'espère que vous me ferez le plaisir de venir me voir, "43, avenue Henri-Martin", mais, en attendant, je veux vous mettre au courant d'un projet qui pourra peut-être vous intéresser.

Depuis un certain nombre d'années, j'ai eu le désir de former un répertoire de pièces courtes écrites pour un orchestre de 16 musiciens. Dès le début de la guerre je me suis adressée à Monsieur Stravinsky qui a écrit pour moi un ouvrage, sorte d'opéra humoristique à 4 ou 5 personnages, et petit orchestre de 16 (dont je pourrai vous envoyer la composition dès ma rentrée à Paris). Le sujet choisi par Monsieur Stravinsky est un "conte russe". J'ai ensuite demandé une oeuvre dans les mêmes conditions à Monsieur Erik Satie, qui a pris pour sujet "La pie de Socrate". Ces pièces durent environ 25 minutes.

J'ai également demandé un ouvrage à Madame Armande de Polignac, et j'ai le projet de m'adresser également à Monsieur Ravel.

Ce que je veux vous proposer est de bien vouloir écrire une oeuvre pour ce répertoire d'ouvrages d'orchestre réduit et à peu de personnages. Le sujet serait à votre choix, mais devra avoir nécessairement mon approbation. Je dois ajouter que les grandes lignes de la convention sont les suivantes : l'ouvrage doit être terminé dans le courant du mois de juillet prochain ; la partition d'orchestre autographe m'appartient, ainsi qu'une réduction piano et chant, et je garde pendant 4 ans la propriété absolue de l'oeuvre au point de vue représentations.

Après la 1ère représentation, vous auriez toute liberté de faire jouer l'oeuvre en concert. D'autre part, je vous remettrai une somme de 4 000 Francs, dont

1 000F lorsque l'oeuvre sera commencée,

1 000F au mois d'avril prochain, et

2 000F lorsque vous me remettrez la partition et la réduction.

Je n'ai pas besoin de vous dire combien je serais heureuse que vous acceptiez d'écrire un ouvrage, et je viens vous demander de me répondre dès que cela vous sera possible à mon adresse à Paris.

Croyez, je vous prie, Monsieur, à tous mes sentiments les plus distingués.

Princesse Edmond de Polignac.

Bien chère Princesse,

e vous remercie bien sincèrement de vos si bonnes lignes. En même temps que votre lettre, je reçois un mot de Jean Cocteau, me disant que Melle Chanel, absente depuis quelque temps, rentre à Paris dans une semaine. Comme il préfère lui exposer la besogne verbalement, cela a dû traîner un peu. Il ajoute qu’il a bon espoir et que les choses s’arrangeront selon ses désirs.

Ce qui presse surtout en ce moment, c’est de retenir les solistes et le choeur, chose qui peut être faite heureusement dès maintenant, grâce à votre garantie généreuse. L’avocat André Aron dont je vous avais parlé dernièrement nous donnera un coup de main pour toutes les questions d’organisation. Je vous serai donc très reconnaissant, chère Princesse, de mettre entre ses mains la somme de 20 mille francs que vous avez eu la grande bonté de nous offrir. Son adresse est : 68 quai des Orfèvres.

C’est avec la plus grande joie que me mettrai au piano pour exécuter Oedipe, avec les solistes et le choeur, en avant-première chez vous. Je compte être à Paris les premiers jours de mai, et nous allons fêter avec vous le jour qui vous conviendra le mieux.

Encore et encore mille mercis chère grande Amie, croyez-moi votre très fidèle

Igor Stravinsky

Nice, le 23 mars/27 

Paris le 2 juin 1891 

 

Mon cher Monsieur Fauré,

J'ai le plaisir de vous annoncer que j'ai trouvé l'idée de notre p!èce. Ce serait dans l'ordre comique et intitulé L'hopital Watteau. J'espère avoir l'avantage de vous voir bientôt et de vous soumettre les premiers morceaux de cette opérette qui conservera tout le respect dû à nos deux talents et à la bonne société qui, souhaitons-le, nous applaudira.

Tout à vous,

P. Verlaine

 

18 rue Descartes.

Arcueil. Cachan, le 10 oct. 1918

 

Chère & Bonne Princesse ---- Je viens vous demander un grand service. Lors de ma condamnation, vous m'avez remis très amicalement une somme de onze cents francs. Sur cette somme, j'ai payé 211F, 26. Il reste donc 888F, 74.

C'est ici que je m'adresse à vous - -

A la suite des malheurs & des originalités de la présente guerre, je me trouve dépourvu de sous, ducats & autres objets de ce genre. Le manque de ces bibelots fait que je ne suis pas très à mon aise. Oui, - --  & La Nécessité* (*un bien drôle d'animal) me fait, Chère Madame, me tourner vers vous, & m'incite à vous prier de m'autoriser à me servir des 888F, 74 dont il est question plus haut.

Vous savez, Princesse, que je n'ai nullement l'intention de donner un sou au noble critique cause de mes maux judiciaires. Cent francs me suffiront pour le mener en référé & pour parer ses mauvais coups, & lui tenir tête, s'il m'attaque.

Puis-je disposer de ce reliquat ?

Comme avance ?

------ Comment allez-vous ? j'ai eu de vos nouvelles par Madame Cocteau. Picasso m'a dit vous avoir vue. Quand aurai-je ce plaisir ?

Je ne compte pas vous envoyer "Socrate" avant de vous l'avoir soumis (lire : de vous l'avoir soumis à l'audition). Je remets l'orchestre au net. L'ouvrage reste ainsi que nous en avions parlé tous deux, Chère & Bonne Princesse.

Nous aurons un joli spectacle avec le Renard, car l'oeuvre de Stravinsky est bien, très bien. Revenez vite, Madame ; portez-vous bien; & croyez-moi votre respectueux et dévoué,

Erik Satie.

mercredi (1897 ou 98 ? non daté)

Dear Winn

Merci des détails écrits en du gaulois (?) qui m’a donné un aperçu très complet de la Fête. Un des plus jolis numéros pour moi eût été de voir votre tête entre celles de vos deux dîneurs.

J’ai trouvé ici Le Figaro, merci d’avoir pensé à me l’envoyer. Je suis heureux que le dîner à Puteaux fut réussi. J’ai envoyé le prix de ma cotisation que ce carotteur de secrétaire ne manque jamais de m’adresser, moi qui n’y mets jamais les pieds, mais je tiens à en être puisque cela facilite à Madame Bibi quantité de faux en mon nom.

Vous devez être dans le coup de feu du départ. Je crains bien en effet que les détails du confort de la vie ne soient très sommaires à Bayreuth. Ce qui doit être à redouter surtout, cela doit être la mauvaise qualité des lits.

Je ne suis pas bien content de ma cure quant à l’eczéma ; je n’ai pas retrouvé la vertu sédative de l’année dernière, il faut dire que ma maladie à Paris avait totalement supprimé l’eczéma qui naturellement a reparu avec violence dès mon retour à la santé, je suis donc venu ici en moins bon état que l’année dernière, mais je vais très bien quant au reste. L’état général est meilleur, j’ai un très solide appétit.

En réponse à votre question, je ne pourrai pas être à Bayreuth avant le 26, c’est-à-dire pour la deuxième série, vous pourrez donc rendre à M. ? mes quatre premières places, à moins que vousn’en disposiez pour un amateur, ce qui me fera rentrer dans les premiers frais, de quatre vingt francs.

Je suis retardé par une suspension de cure forcée de deux jours. Je prendrai vingt-deux bains. Je resterai un jour à Genève et peut-être, si la Princesse est à Amphion irai-je lui faire une visite de deux jours ; de là je m’élancerai  par Bâle, Wurzbourg,Nuremberg,  vers le Palais de Fantaisie.

Merci bien-aimée chérie Winn, de tes tendresses, vous êtes tout pour moi et je suis bien fier d’être pour un peu dans votre vie. Je t’aime bien tendrement et t’embrasse comme je t’aime. ton Edmond.