2 janvier

Pardon de ce papier, mais nous sommes en guerre !

Ma chère Princesse, Votre lettre charmante (et trop flatteuse) m’a causé un double plaisir : celui de l’amitié satisfaite, et celui de l’intelligence ravie. J’ai trouvé excellente votre expression : lutte avec certaines oeuvres. Lutte qui pourrait faire pendant à celle de Jacob avec l’Ange - mais avec un ange qui se servirait de gaz asphyxiants !

Je suis très heureux que vous me mettiez en opposition avec ces gens-là. Vous savez quel soin j’ai toujours apporté à pas m’inféoder à leurs odieuses associations. Ma musique est ce qu’elle est, mais elle ne sera jamais celle qu’ils aiment, et j’en suis bien heureux ! Le mot du Prince est très juste, comme tout ce qu’il disait et pensait. Le goût véritable n’indique pas, certes, qu’on ait du coeur ; mais il signale, dans le coeur, un petit coin secret et privilégié ; malheureusement, ce petit coin-là est très sensible, très douloureux, et ceux qui le cultivent connaissent rarement le « parfait bonheur » !

Au revoir. J’ignore si Lady Ripon1 est vivante ou morte ; ce dernier état pourrait seul justifier son silence après certaine lettre que je lui écrivis il y a un an ! Never mind ! Elle perd un ami qui l’aimait beaucoup. -

Votre respectueux et affectionné Reynaldo Hahn.

(mi-avril ? 1891non daté)

Chère Princesse

J’ai reçu votre bien aimable lettre et le chèque qu’elle contenait. Je vous en remercie de tout coeur ! Mais combien je suis fâché de vous avoir contristée au sujet de Verlaine ! Mais ne vous devais-je pas la vérité ? Je ne veux pas cependant jeter le manche après la cognée et, tant que nous n’aurons pas trouvé mieux, je continuerai résolument le siège du terrible poète !

J’ai lu, ces derniers jours, un livre de vers qui m’a beaucoup frappé Le règne du Silence de Rodenbach ! Je vous le fais envoyer et je vous serai reconnaissant de le lire et de me dire ce que vous en pensez. Il m’a paru que l’auteur est très digne d’une attention particulière, disant des choses bien nouvelles et si justes en même temps !

Je voulais déjà vous écrire hier mais au moment où je prenais la plume ma femme venait d’apprendre que nos amis Roger Jourdain étaient tourmentés de la santé de Pierre : on parlait d’une angine ! J’ai voulu laisser passer vingt-quatre heures pour pouvoir vous donner des renseignements précis et je me félicite de l’avoir fait car les nouvelles sont bien meilleures ce matin, et tout état grave est écarté ! Mais vous pensez si cette alerte a alarmé nos pauvres amis !

Je me suis promis le régal de deux agréables visites pour la semaine prochaine : lundi chez Mme de Monteynard que je n’ai pas vue depuis son retour, et mercredi chez Mme la Duchesse de Camposelice qui m’a écrit un très aimable billet pour me remercier de mes mélodies que je l’avais priée d’accepter. J’espère que chez l’une et chez l’autre on me parlera beaucoup de vous et je m’en réjouis bien vivement !

Je vous raconterai cela.

Je vais me rendre, de ce pas, chez le préfet de la Seine, où je fais parti du jury pour le Concours de la Ville de Paris avec d’Indy et Chabrier. Jusqu’ici je ne puis pas vous annoncer qu’une grande oeuvre ni un grand auteur nous sont nés ! Tout ce que nous avons vu est fort misérable !

Chère Princesse, je vous écrirai bientôt. Je vous recommande le Rodenbach et je serai bien heureux de savoir ce que vous en pensez. Votre bien reconnaissant et bien sincèrement affectionné et dévoué ! Gabriel Fauré

Nous ne laisserons pas de paix aux Duez pour les décider à partir le 18 ! Savez-vous que c’est bientôt !

Laboratoire de Physique

74, rue de Vaugirard

Madame,

Vous avez dû me trouver bien long dans la construction du petit appareil que je vous avais fait espérer. Une maladie de mon mécanicien a été la cause de ce retard exagéré. Il est enfin terminé. Je me suis proposé de le rendre aussi simple que possible, afin d’en rendre l’emploi aisé. Mais rien ne prouve qu’il n’y aura pas encore lieu de le retoucher.

Mon préparateur ira le faire fonctionner chez vous quand vous aurez fixé le jour et l’heure qui vous conviendront pour le recevoir. Il le placera où vous désirerez qu’il soit disposé. Il est d’ailleurs transportable. Je compte bien que vous ne trouviez aucune difficulté à vous en servir pour la réception de l’heure de la tour Eiffel, en province aussi bien qu’à Paris. Veuillez agréer, Madame, l’expression de mes sentiments respectueux et dévoués.

E. Branly

  1er mai 1913

J'ai attendu quelques jours ; l'appareil ne s'est pas déréglé. Une communication devra être établie chez vous par un fil soit avec une conduite d'eau soit avec une conduite de gaz.

5 mai 1913

 

Kurt Weill

9bis place Ernest Dreux

Louveciennes (S. et O.)

Téléphone (?)                                                                           15 décembre, 1933

 

Princesse,

Je me réjouis beaucoup de pouvoir vous communiquer que je viens d'achever le brouillon de ma première symphonie que j'écris pour vous. J'espère que la partition sera finie à la fin du mois de janvier.

J'écrirai maintenant à R...(illis) pour lui proposer le projet dont je vous ai parlé.

Sincèrement le vôtre,

Kurt Weill 

(sans date)

Très chère Winnie,

J'étais juste allée à l'appartement nouveau, quand vous êtes venue ! Si j'avais été ici, vous auriez, en prenant la peine de monter, vu le plus navrant spectacle. Ce lieu est devenu, même extérieurement, inhabitable. Outre les travaux de jour et de nuit, la "Ville" depuis ce matin, fait dépiquer l'avenue. Vous connaissez ce bruit des fraiseuses mordant l’asphalte ? Un bruit de dentiste grossi vingt mille fois.

Mais oui, le 16, avec joie et appétit ! Ayez la bonne grâce de me dire un peu avant le nombre des convives. Avez-vous été sans moi aux Arts ménagers ?

Je commence à croire que le petit appartement sera plaisant - grâce au divan ! Sur le tard, je consens à des facilités étranges : on m’a donné (« on », c’est lady Westmacott, cloîtrée au Vendôme Hôtel avec une toute petite perruche en liberté) une table qui roule, pour le thé, - traduisez vin chaud. Ne dois-je pas rougir de mon emménagement coopératif ? Je vous écris appuyée sur une hypothèse, sur l’aile d’une chimère, sur une synecdoque ; j’avais peu de meubles et on me les enlève.

Avant le 16, vous viendrez bien jeter un oeil critique sur ma « tranche » de building ? L’adresse la plus pratique est je crois « Building Marignan, 29 Champs-Elysées » et le téléph : Elysées 00 34. Si on m’avait dit que j’habiterais un « building  !...

Je n’en finis pas de vous écrire, c’est pour me consoler de ma situation. Je vous embrasse, très chère Winnie, et je suis votre

Colette.

 

 

Paris le 2 juin 1891 

 

Mon cher Monsieur Fauré,

J'ai le plaisir de vous annoncer que j'ai trouvé l'idée de notre p!èce. Ce serait dans l'ordre comique et intitulé L'hopital Watteau. J'espère avoir l'avantage de vous voir bientôt et de vous soumettre les premiers morceaux de cette opérette qui conservera tout le respect dû à nos deux talents et à la bonne société qui, souhaitons-le, nous applaudira.

Tout à vous,

P. Verlaine

 

18 rue Descartes.

Paris, 11 rue Soufflot,

2 juin 1929.

Princesse,

Le jour où j'ai eu l'honneur de vous être présenté, vous m'avez dit qu'il vous serait agréable d'être renseignée avec quelque précision sur l'appareil dont les biologistes du Collège de France souhaitent si vivement être pourvus. En conséquence, deux d'entre eux, M. André Mayer, directeur du laboratoire d'Histoire naturelle des corps organisés, et M. Henri Piéron, directeur du laboratoire de Physiologie des sensations, se sont mis en devoir de composer une notice sur l'oscillographe cathodique et son emploi en biologie. 

La rédaction en a été entravée par diverses corconstances accidentelles ; mais il n'y avait pas péril en la demeure, car le Ministre des Finances et le Ministre de l'Intérieur n'ont pris que la semaine dernière les dispositions requises par les articles 17 et suivants du Décret : en sorte qu'il nous a été impossible jusqu'ici d'informer officiellement l'Administrateur du Collège de France de la décision prise par le Conseil et de la communiquer au public.

Enfin, toutes les formalités administratives sont aujourd'hui remplies, et j'ai reçu, tirée à une trentaine d'exemplaires, la notice désirée. J'en adresse un exemplaire à chacun des membres du Conseil d'Administration, et vous en recevrez une dizaine en même temps que la présente lettre. Je garde les autres à l'intention des chroniqueurs scientifiques qui auront prochainement l'occasion de parler de la Fondation Singer-Polignac dans les revues ou les journaux.

Je souhaite, Princesse, que cette notice vous satisfasse et qu'elle vous donne le juste sentiment du grand bienfait dont la science française vous sera redevable. Ce que je puis en tous cas attester, c'est la joie qu'ont ressentie mes collègues quand ils ont appris la belle nouvelle. Le Collège de France doit célébrer dans un an, au mois de juin prochain, le 4ème centenaire de sa fondation par le roi François 1er, et des savants venus des quatre coins du monde participeront à ces fêtes. Nous serons fiers de montrer à nos hôtes étrangers, comme un rare joyau, le bel appareil, tout nouvellement installé, dont la Princesse Edmond de Polignac aura doté notre vieille maison.

Veuillez agréer, Princesse, l'hommage de mon très profond respect.

Joseph Bédier

A samedi

Chère et encore plus chère Winnie, je reçois le gros panier printanier et je vous remercie mille fois. Prenons toutes les décisions que commande la situation ! Madame de Noailles m'a téléphoné d'une manière ravissante. La semaine prochaine, êtes-vous un peu libre ? Je vous embrasse et vous aime . Colette.