(juin 1894 ? non daté)

Chère Princesse

Je ne suis malheureusement pas libre vendredi soir pour dîner, mais j'irai vers 10h1/2 chez Mme de Saint-Marceaux et je serai très heureux de vous y rencontrer.

Je viens de reprendre le quintette depuis A avec le ferme désir de ne plus le quitter qu'il ne soit terminé. J'ai composé aussi quatre petits morceaux de musique religieuse, mais, (j'en suis désolé) pas dans l'esprit de la nouvelle Société de Musique Sacrée ! J'y ai mis, si peu importants qu'ils soient, l'expression humaine qu'il m'a plu d'y mettre ! Mais je vous parle de cela comme d'un évènement et ce n'en est, certes, pas un ! J'espère, à bientôt.

Votre bien reconnaissant et bien affectueusement dévoué Gabriel Fauré

Mille souvenirs à mon confrère, le Prince de Polignac

Ecole Marguerite Long                                                   

18, rue de Fourcroy                                                                                                Téléph. Wag.75-68

Dimanche. Non daté.

Chère Madame,

Je suis ravie du succès de votre jeune protégé, et de pouvoir vous en faire part, charmée si j’ai pu vous être agréable.

Veuillez croire à l’assurance de mes sentiments distingués

Marguerite Long de Marliave

Affaires Etrangères                                                                                                       16 janvier 1931

Madame et respectée Amie,

Stanislas m'avait dit que vous ne souhaitiez  qu'une recommandation de moi, et j'en suis fier.

Permettez-moi de vous dire combien j'ai été heureux que mon ami Grinda se soit honoré en signant votre décoration.

La France vous doit beaucoup et la gratitude est un devoir très doux.

Votre respectueux ami et admirateur.
Philippe Berthelot

Chère Princesse,

voudriez-vous me permettre d'amener chez vous, au concert d'aujourd'hui, deux de mes amis : l'admirable violoncelliste Barjansky et le très singulier dessinateur Alastair, qui hier soir a dansé mystiquement la Danse des images gothiques, semblable à une interprétation visible du'ne séquence ou d'un déchant ?

Je vous en rends mille grâces

Votre tout dévoué 

Gabriele D'anunzio

44, avenue Kléber, ce jeudi

(juillet 1891 ? non daté)

Chère Princesse,

J'ai été à Paris ce matin pour y chercher et vous envoyer la mélodie, mais cette fois encore mon copiste est en retard. Je ne sais si c'est lui, ou sa femme, ou son chien qui s'est cassé la patte, toujours est-il qu'il a argué d'un accident pour excuser son inexactitude !!

Ce sera, je l'espère, pour demain. Comme consolation j'ai le plaisir d'envoyer le livre à Bouchor dont j'ai eu quelque peine à trouver l'adresse. L'heureux poète se cache dans la villa Monplaisir, à Pornichet, (Loire-Inférieure) au bout du vaste, vaste océan ! Là où l'ouragan et la pluie même deviennent une manière de jouissance !

Ici les mêmes phénomènes naturels ne sont qu'ennuyeux, précipitant sur les passants des objets dont la véritable carrière est de rester sur les toits, tels que tuiles et ardoises ! Dire que M. Le Comte de V. ou Mme de Saint-Ph...(qui rime avec Parsifal !) ou simplement Clairin1 pourrait recevoir une cheminée sur le crâne et qu'aucun d'eux, sans doute, ne recevra rien du tout !

Me voici loin du divin Boudha et de la mansuétude ! Et pour y revenir il faut que je vous confesse quelques minutes de faiblesse ; comme un retour vers mes fâcheuses tendances passées que l'on disait être excès de défiance de soi-même ! vraiment n'avez-vous pas pour moi de trop ambitieuses visées et avez-vous bien mesuré la hauteur et la grandeur d'un tel sujet ? J'en ai été d'abord troublé, mais tant pis, je me rassure et suis tout prêt à me mesurer corps à corps avec le sublime !! Ce n'est plus seulement de l'ambition, c'est la plus folle des présomptions ! La fable de Phaëton même me paraît une pitié ! car je pense qu'avant d'être précipité des sommets de l'azur, il a dû, en somme, passer un très délicieux moment !

Et puis, qui ne risque rien n'a rien et , enfin, il faut que l'histoire des Médicis serve à quelque chose !! ne fût-ce qu'à m'entraîner à bavarder avec vous plus que vous ne le voudriez ? Vous devez cependant avoir quelques loisirs et je voudrais un instant vous distraire de vos préoccupations.

J'espère que tout va bien, que je recevrai bientôt de bonnes nouvelles de vous et je vous prie, chère Princesse, de croire toujours à ma profonde et bien affectueuse reconnaissance                                                           Gabriel Fauré

(La page 1 manque)

... lorsque je me suis présenté chez vous, tout ceci n'aurait pas existé devant deux minutes d'entretien.
Si vous voulez bien, Madame, ne pas me faire un grief de ce malentendu qui me peine infiniment, je me permettrai de me rendre chez vous lundi à 1h 1/2 sauf contrordre de votre part.
Veuillez, Madame, agréer l'expression de mon respect et de mon regret

Alfred Cortot.

Luudi 24 oct 98

(Au Prince Edmond de Polignac)

Mon cher ami,

Quel tuyaux Médéiques voulez-vous ? Il n’y en a guère - C’est simple, (peut-être trop simple !... et parfois j’ai quelque honte à vous l’avoir dédié...) et vous comprendrez tout de suite sans vous mettre les tenailles aux méninges.

Cependant, si vous voulez des détails, puis-je vous dire qu’il y a deux thèmes se rapportant à Médée - l’un, plutôt enchanteur (elle l’était, enchanteresse) qui revient à la fin du 1er prélude et à la fin du 3ème acte (trop vite) pour caractériser sa magique montée sous le soleil, l’autre, plutôt sombre et très faux (cette femme étant la fausseté même), que le pauvre Guerra, chef d’orchestre de la Renaisssance, un élève à Mercadante !!! (saluez ! ) n’a point encore pu avaler, çà ne passe pas, il a tenu 1/4 d’heure l’orchestre sur le 1er accord hier, s’épuisant à chercher la faute...il n’y en avait pas - mais ces beaux italiens n’y sont plus, quand on les sort de la "tonante" et de la "dominique " (pardon...rectifiez vous-même ).

Donc, et de deux, voilà pour Médée, (pour mémoire, son thème solaire est en fa et le thème sombre sans aucun ton).

Quant à Jason, il fornique généralement dans les dièzes - tellement diézés que çà en arrive à être en b (ut # min = ré b majeur) - ce thème bêtement amoureux fait le sujet du prélude du 2ème acte qui ressemble à s’y méprendre à du Cavallerin rusticana, - passons.

Le prélude du 3 est mieux, c’est l’attente de Médée sous les rayons de la lune, sa maman, le thème solaire (vous savez que le soleil, c’est son papa) se refroidit, se bleuit et s’allonge comme il convient à une ombre lunaire, un peu de fièvre d’amour au milieu, et terminaison calme et aussi lunaire que possible.

Entre-temps, au 2ème acte, il y a eu une petite berceuse (de 16 mesures) pour les enfants, assez bien, qui revient au moment du crime où elle les berce dans la mort par des bons trombones PP. -Avant çà, 2 incantations ( ce qui je crois est le meilleur de la partition) l’une très douce à Phoebé avec le thème solo-lunaire, l’autre pleine d’épouvante (à Hécate) avec le thème de fureur (un que j’avais oublié de vous présenter et qui se meut déjà dans le 1er prélude).

Je crois bien que c’est tout... ce qu’il y a de bien : le prélude du 3, les 2 incantations, et peut-être aussi le 1er prélude -voilà-

Et Sarule hier me commande (en même temps qu’un gros rocher au décorateur) 64 mesures pour demain soir, orchestré, tout !... Vous voyez çà d’ici, moi qui mets parfois 8 jours à faire 16 mesures.

Je me suis piqué d’honneur, et çà sera fait à l’heure, copié etc..- çà ne sera peut-être pas le plus mauvais illisible de la partition. La mise en scène est épatante comme mouvement, il n’ y a sur la scène qu’une trentaine de petites femmes toutes plus jolies les unes que les autres qui jouent toutes comme il faudrait que jouent nos 1ers rôles de l’Opéra. - C’est charmant - et puis, elles sont vraiment très gentilles, demandez à Bordes - il en bavait.

Je vous aurai une place pour la première -Et si vous avez le temps de venir jeudi soir à la répétition générale, je pourrai vous voir aussi.

A bientôt et pardon de cette lettre décousue écrite au café, tout en mettant des coups d’archet sur mes 64 mesures Bien à vous

Vincent d’Indy

Important :Je crois que c’est vous qui avez mes notes Wülhuesiennes(?) sur les Symphonies de Beethoven ; si vous ne les avez pas égarées, vous seriez bien gentil de me les renvoyer pour quelques jours, à cause de arcelone où je dirige la 4ème la 6ème et la 8ème - je vous les rendrai si vous y tenez.

1 rue de la Baume (VIIIe)

1er juin 1927

Princesse,

Je suis encore tout pénétré de l’oeuvre magnifique dont vous nous avez offert l’audition. Un critique allemand - je ne sais plus lequel, - a professé jadis que les tragédies d’Eschyle étaient en quelque sorte des cantates.

Le drame de Sophocle, interprété par Strawinsky, m’a semblé ainsi remonter aux formes simples et grandioses, puissantes et condensées, du lyrisme eschylien.

Et maintenant que va faire votre illustre ami ? A quel sujet va-t'il se consacrer ?... Pourquoi ne puiserait-il pas son inspiration dans un de ces beaux mythes, où l’humanité grecque a inclus, sous des formes si poétiques, tant de symboles et de rêves, tant d’espérances et d’effrois, tant de spiritualisme et de sensualité, par exemple : le mythe d’Adonis ?

J’ai été heureux d’apprendre par vous, l’autre jour, que vous inclinez à réaliser la combinaison dont nous avons parlé, il y a quelques mois. Ce serait une si belle oeuvre, à la fois si intelligente, si noble, et d’une si longue portée !

Soyez toujours persuadée, Princesse, de mon respectueux dévouement.

Paléologue

(11 avril 1912)

Mercredi

Dearest Winn, la belle lettre, pleine d'esprit, et mettant au courant du tour de valse que vous accomplissez en ce moment dans des conditions de confort répugnantes, m'a ravie et attristée. mais je pense avec joie que cette solitude et cette discipline vous font du bien, et que votre santé , à laquelle nous pensons di tendrement, se ressent favorablement de ce morne séjour. Vu Ethel hier, toujours magnifique et forcenée, et étant à elle seule toute l'orchestration. Je vous envie votre sublime compagnie des grecs, l'ordre, la sagesse et la vraie poésie sont réfugiées en eux. Je suis de plus en plus dégoûtée de la vie, de la maladie et des êtres. Et je pense à vous avec d'autant plus de profonde et tendre affection,

Anna

102 bd Haussmann

Madame,

Vous voir, ainsi que Monsieur Dupré, est une des très rares choses qui aurait pu me faire plaisir. Malheureusement j'ai eu votre télégramme quand votre matinée était finie. De ce retard je n'ai pas trop de regrets parce que je viens d'être si malade que je n'aurais sans doute pas pu venir. Il me reste le grand plaisir que vous ayiez bien voulu penser à moi. En effet je n'ai plus le téléphone. Je ne sais même pas si j'ai encore un logis car on me dit que le propriétaire de la maison où j'habite l'a vendue à une banque !

Tout de même, si vous aviez la bonté de songer à moi (pour un soir de préférence) (vers 9 h 1/2 ou 10 1/2) c'est encore 102 bd Haussmann qu'il vaudrait le mieux m'écrire. Mais d'abord vous n'aurez aucune envie de me "faire signe", comme on dit, et c'est mieux ainsi car je suis si mal partout en ce moment que j'aurais de grandes chances (mauvaises) de ne pouvoir aller chez vous.Et ce serait un nouveau regret. Veuillez Madame redire à Monsieur Dupré toute ma vive sympathie pour lui et accepter mes respectueux hommages. Marcel Proust